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Décision

PS.2005.0004

TA - PS.2005.0004 - 2005-12-29 - X. c/Caisse de chômage de la CVCI, Office régional de placement de Lausanne

29 décembre 2005Français42 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

A.________, né le 10 janvier 1972, a déposé une demande

d’indemnité de chômage le 31 août 2004 auprès de la Caisse de chômage de la

CVCI (ci-après : la caisse de chômage). Il a revendiqué le versement de

l’indemnité journalière dès le 24 août 2004 en indiquant avoir séjourné en

Chine à Shanghai du mois de janvier 2000 au mois d’août 2004 aux fins de

formation et de perfectionnement. Il a obtenu un diplôme en droit économique (master ;

selon la terminologie de Bologne) délivré par l’Université financière et

économique de Shanghai le 26 mars 2004, sans avoir suivi au préalable une

formation de premier cycle (bachelor ; toujours selon la

terminologie de Bologne). En d’autres termes, sa formation universitaire n’est

pas complète, puisqu’elle a été amputée de six semestres. Il n’a en effet suivi

que quatre semestres entre septembre 2001 et janvier 2004.

B.

Le 12 novembre 2004, A.________ a formé opposition contre

le décompte de paiement de la caisse de chômage du 9 novembre 2004 qui faisait

état d’un gain assuré déterminé à 2'213 fr. Il estimait en substance avoir

suivi une formation complète au sein d’une haute école et bénéficier ainsi d¿n

gain assuré fixé à 153 fr. par jour.

C.

Par décision du 2 décembre 2004, la caisse de chômage a

rejeté l’opposition, car la Conférence des Recteurs des Universités Suisses

(CRUS) n’avait pas reconnu l’équivalence du diplôme chinois de A.________, au

motif que ce dernier ne bénéficiait pas d’une formation de premier cycle au

niveau universitaire.

D.

a) A.________ a recouru auprès du Tribunal administratif

le 10 janvier 2005 ; même si son diplôme avait été obtenu à l’issue d’une

formation de deuxième cycle, il demeurait un titre universitaire délivré par

une université reconnue.

b) L’Office régional de placement de Lausanne s’en

est remis à justice le 18 janvier 2005. La caisse de chômage s’est déterminée

sur le recours le 10 février 2005 en concluant à son rejet.

E.

a) Le 31 août 2005, le juge instructeur a ordonné une

expertise sur le niveau du diplôme obtenu par A.________ auprès de l’Université

de Shanghai. Le rapport d’expertise a été délivré le 15 novembre 2005 par

Maître Marc-Antoine Aubert; il convient de citer les passages suivants :

«[…]

A. - La scolarité en Chine

En principe obligatoire, la scolarité des

Chinois commence à l’âge de sept ans et commence par une école primaire (xiâoxué, 小学, littéralement petite école) qui dure cinq

ans. Elle se poursuit normalement par l’école secondaire (zhöngxué, 中学, littéralement

école intermédiaire), qui dure 6 ans

et qui se déroule en deux phases successives, soit un premier cycle (chüjízhöngxué, 初级中学, communément abrégé chüzhöng, 初中) qui dure trois ans (de 12 à 15 ans) et un second cycle (gäojízhöngxué, 高级中学, communément abrégé gäozhöng,

高中) qui dure également trois ans (de 15 à 18 ans).

L’école secondaire du second cycle (gäozhöng, 高中) du système chinois ne correspond pas aux

écoles secondaires européennes qui débouchent sur une maturité ou sur un

baccalauréat, comme par exemple le lycée français, le collège valaisan ou le

gymnase vaudois. Elle procure aux écoliers une instruction générale, assez comparable

à celle de la high school américaine.

Les élèves ne sont pas répartis en sections spécialisées. Ils peuvent toutefois

choisir certains cours en fonction de leur future orientation, littéraire ou

scientifique. Au terme de ce second cycle, ils reçoivent un certificat de fin

d’études (bìyèzhèngshü, 毕业证书) qui marque la fin de leur scolarité.

A ce stade, les étudiants peuvent se présenter

au concours d’entrée dans les hautes écoles, ou s’orienter vers des écoles

professionnelles (zhuänyè

xuéxiào, 专业学校, littéralement écoles spécialisées), ou encore rejoindre le marché du travail.

B. - Les conditions

d’entrée dans les hautes écoles

Contrairement à ce qui se passe sous nos

latitudes, l’entrée aux hautes écoles chinoises se fait exclusivement sur

concours. En juillet de chaque année (familièrement surnommé juillet noir), les gradués de l’école secondaire

du second cycle (gäozhöng,

高中) se présentent à un

gigantesque et crucial examen qui déterminera leur avenir académique.

Organisé au niveau national, l’examen est

identique pour tout le pays. Il est subi par des dizaines de milliers de

candidats dans plusieurs centaines de lieux différents.

A ce stade, les candidats doivent

obligatoirement choisir entre deux orientations principales. Ils peuvent

se présenter soit au concours d’entrée en lettres (wénkë, 文科)

s’ils visent une licence, puis une maîtrise en lettres (Bachelor of Arts ou Master

of Arts), soit au concours d’entrée en sciences (lîkë,

理科) s’ils

aspirent à une licence, puis une maîtrise en sciences (Bachelor of Science ou Master

of Science). Le cumul est interdit. Le score obtenu permettra

d’accéder à des universités plus ou moins réputées, en fonction de leurs

critères d’admission.

En s’inscrivant, les candidats doivent

indiquer, par ordre de préférence, les universités qui les intéressent. La

concurrence est féroce. Les problèmes de maintien du secret des épreuves, de

surveillance des examens et de dépouillement des réponses sont colossaux. Les

périodiques de l’empire du Milieu relatent régulièrement des épisodes de fraude

ou de tricherie. Cependant, le candidat insatisfait de son score peut se

représenter l’année suivante. Les écoles préparatoires, cours d’appoint et

autres leçons privées foisonnent. Le succès commercial de ces entreprises

dépend naturellement du taux de réussite de leurs élèves. A l’ère de l’enfant

unique, les parents chinois ne rechignent guère à la dépense.

C. - Le cursus

universitaire

Une fois admis à l’université, l’étudiant

consacrera ses quatre premières années à suivre un premier cycle appelé

programme de base (bênkë,

本科). Il

sera alors appelé bênkëshëng (本科生) ou bênkëxuéshëng (本科学生),

terme généralement traduit en anglais par undergraduate et en français par étudiant

en licence. Au terme de ce premier cycle, il recevra le titre universitaire de xuéshì (学士), lequel correspond au « bachelor » du système de Bologne (en anglais bachelor’s

degree, abrégé B.A. ou B.S. selon l’orientation – lettres ou sciences –

choisie). Les documents traduits en français emploient cependant souvent le

terme de licence.

A la différence du college américain, où l’étudiant du

premier cycle (undergraduate studies) peut encore acquérir une formation assez

variée, les étudiants chinois suivent, dès leur entrée à l’université, une

instruction spécialisée dans la discipline choisie. C’est ainsi que, par

exemple, les étudiants qui se destinent aux études juridiques suivent presque

exclusivement, et cela dès le premier semestre, des cours de droit.

Par exemple, les étudiants en droit du premier cycle de

l’Université financière et économique de Shanghai (上海财经大学),

soit l’école qui nous intéresse, suivent durant leurs quatre

années de programme de base (bênkë

本科) les

cours suivants : droit commercial, droit économique, droit

économique international, droit du travail, histoire de la législation

chinoise, droit international, droit comparé, droit de Hongkong et de Taiwan,

droit civil et commercial étranger, histoire des législations étrangères,

histoire de la pensée juridique occidentale, droit des contrats, droit de la

protection et des intérêts des consommateurs, droit de la concurrence, droit de

l’arbitrage, droit de la protection de l’environnement, de la nature et des

ressources naturelles, droit constitutionnel étranger, droit commercial

anglo-américain, droit de la famille et des successions, et pratique de

l’avocat.

Nanti d’un diplôme de « bachelor » (bachelor’s

degree, xuéshì xuéweì, 学士学位), le lauréat pourra immédiatement rejoindre le marché du travail.

S’il désire continuer ses études, l’étudiant

chinois doit suivre un programme de deux ans et demi qui conduit au

titre universitaire de shuòshì

(硕士), titre

souvent traduit en français comme maîtrise et en anglais par master’s degree.

Pendant ce second cycle d’études, il sera alors appelé yánjiüshëng (研究生, littéralement étudiant

chercheur). Au terme de cette phase, soit après six ans et demi d’études au

total, il obtiendra un diplôme de « master » (master’s degree, shuòshì xuéweì, 硕士学位), qui marquera en principe la fin de ses études, à moins qu’il se lance

dans la rédaction d’une thèse pour obtenir un doctorat (bóshì xuéweì, 博士学位).

Les hautes écoles chinoises appliquent donc

depuis plusieurs années un système assez proche de celui postulé par la

déclaration de Bologne du 19 juin 1999, qui prévoit une formation en deux

cursus, soit une première phase d’études pré-graduées (undergraduate

studies) d'au moins trois ans aboutissant à baccalauréat

universitaire ou « bachelor » (bachelor’s degree) suivie d’études post-graduées d’un an et demi à deux ans (postgraduate studies) couronnées par une maîtrise

universitaire ou « master » (master’s degree).

De nombreux étudiants cessent leur éducation

avec l’obtention du diplôme de « bachelor » (xuéshì xuéweì, 学士学位).

Selon les statistiques officielles nationales de 2004, 11% des

« bachelors » et 9,8 % des « masters » poursuivent leurs

études. L’Université financière et économique de Shanghai (上海财经大学)

annonce que parmi les étudiants initialement admis, un sur cinq (soit 20 %)

obtient finalement un diplôme de « master » (shuòshì xuéweì, 硕士学位).

A l’heure actuelle, et selon les statistiques officielles

tout au moins, le taux d’emploi des étudiants chinois est élevé. En 2004, parmi

tous les gradués universitaires, 95,9% auraient trouvé un emploi. Ce taux

serait de 98,7 % parmi les bénéficiaires d’un doctorat, de 87,5 % parmi les

« masters » et de 79,7 % parmi les « bachelors ».

3.- L’UNIVERSITE FINANCIERE ET ECONOMIQUE DE

SHANGHAI

A. - Selon sa

propre publicité, l’histoire de l’Université financière et économique de

Shanghai (Shanghai University of Finance & Economics, 上海财经大学)

a démarré en automne 1917, lorsque fut créé le département du commerce de

l’école normale supérieure de Nankin. En 1921, cette entité fut transférée à

Shanghai sous le nom d’université du commerce de Shanghai (上海商科大学).

Après plusieurs avatars, son nom actuel a été fixé en 1985. Placée à l’origine

sous l’autorité du ministère des Finances (财政部), l’école dépend depuis février 2002 du

ministère de l’Education (教育部).

Elle maintient des liens étroits avec les autorités locales et avec le parti

communiste.

L’université emploie actuellement 700 enseignants spécialisés

ainsi que 300 professeurs et assistants. Elle compte plus de 20'000 étudiants,

dont quelque 800 étrangers. Elle s’enorgueillit d’avoir été aiguillonnée par le

secrétaire général du parti communiste chinois, M. Jiang Zemin, qui a ordonné,

dans une inscription du 18 juillet 1997 dont elle a fait sa devise, d’ériger l’Université financière et économique de Shanghai en une université

socialiste du niveau de première classe orientée vers le nouveau siècle (面向21世纪,把上海财经大学建设成为具有一流水平的社会主义大学).

Elle dispose d’un site Internet assez vaste, à l’adresse www.shufe.edu.cn,

mais exclusivement en chinois dès lors que le bouton English Version a résisté

à tous les assauts de la souris de l’expert.

Comme son nom l’indique, l’Université

financière et économique de Shanghai est spécialisée dans le domaine des

sciences économiques et des finances. En 2004, elle a été classée parmi les 100

écoles les plus influentes de Chine, à la 76ème place. Un

emplacement géographique favorable au sein de la mégalopole éponyme et l’essor

de l’économie chinoise devrait lui assurer – ainsi qu’à ses gradués – un avenir

radieux.

B. - Depuis la parution du

classique confucéen Erya (爾雅),

lexique datant du 3ème siècle av. J.-C. qui peut être considéré

comme le plus ancien dictionnaire chinois qui nous soit parvenu, les Chinois

sont friands de catégorisations. Il n’était donc pas étonnant que fleurissent

des classifications des écoles de l’empire du Milieu.

La plus renommée est l’œuvre d’un groupe d’experts dirigés

par M. Wu Shulian (武书连), qui se consacre à

l’évaluation des universités chinoises et qui fut le premier à ouvrir au public

son classement, la très respectée Evaluation des universités chinoises (中国大学评价). Les écoles y reçoivent des notes selon le

système américain (dans lequel A est le meilleur résultat) dans plusieurs

catégories, en particulier par principaux domaines d’enseignement. L’Université

financière et économique de Shanghai y figure très honorablement puisqu’elle y

obtient notamment les résultats suivants :

a) Dans le domaine des sciences

économiques (economics, 经济学), l’Université

financière et économique de Shanghai s’est classée parmi les dix meilleures du

pays en 2004 (3ème rang) et en 2005 (6ème rang), selon le

classement et les notes suivantes :

En 2004 :

1) Université du peuple, à Pékin ( 中国人民大学) :

A++

2) Université Fudan, à Shanghai (复旦大学) : A++

3) Université financière et économique de

Shanghai : A++

4) Université de Pékin (北京大学) :

A++

5) Université de Xiamen (厦门大学) : A+

6) Université de Nankai, à Tianjin (南开大学) : A+

7) Université du Zhejiang, à Ningbo (浙江大学) A+

8) Université de Nankin (南京大学) : A

9) Univ. financière et écon. Zhongnan (中南财经政府大学) :

A

10) Université des communications de Xian (西安交通大学) : A

En 2005 :

1) Université du peuple, à Pékin (中国人民大学) :

A++

2) Université de Pékin (北京大学) :

A++

3) Université Fudan, à Shanghai (负担大学) : A++

4) Université de Xiamen (厦门大学) : A++

5) Université de Nankai, à Tianjin (南开大学) : A+

6) Université financière et économique de

Shanghai : A+

7) Université du Zhejiang, à Ningbo (浙江大学) A+

8) Université de Nankin (南京大学) : A

9) Université de Wuhan (武汉大学) : A

10) Univ. financière et écon. Zhongnan (中南财经政府大学) :

A

b) Dans le domaine des études

de gestion (management studies, 管理学), l’Université financière et

économique de Shanghai figure parmi les dix meilleures de 2004 (mais pas de

2005), au dixième rang. Le classement exact :

1) Université des communications de Xian (西安交通大学) : A++

2) Université du Zhejiang, à Ningbo (浙江大学) : A++

3) Université Qinghua, à Pékin (清华大学) : A++

4) Université de Pékin (北京大学) :

A++

5) Université de Wuhan (武汉大学) : A++

6) Université de Nankin (南京大学) : A++

7) Université du peuple, à Pékin ( 中国人民大学) :

A+

8) Université des communications de Shanghai (上海交通大学) : A+

9) Université Fudan, à Shanghai (复旦大学) : A+

10) Université financière et économique de

Shanghai : A+

c) Au classement général de

2004 pour les sciences sociales (根据社会学排名),

lesquelles comprennent la philosophie, l’économie, le droit, l’éducation, les

lettres, l’histoire et la gestion d’entreprise, l’Université financière et

économique de Shanghai termine en seizième position. Le classement des seize

premiers :

1) Université de Pékin (北京大学) :

A++

2) Université du peuple, à Pékin ( 中国人民大学) :

A++

3) Université Fudan, à Shanghai (复旦大学) : A++

4) Université de Nankin (南京大学) : A++

5) Université de Wuhan (武汉大学) : A++

6) Université normale de Pékin (北京师范大学) :

A++

7) Université du Zhejiang, à Ningbo (浙江大学) : A+

8) Université de Xiamen (厦门大学) : A+

9) Université Qinghua, à Pékin (清华大学) A+

10) Université de Nankai, à Tianjin (南开大学) : A+

11) Université normale de Huadong, à Shanghai (华东师范大学) : A+

12) Université Sun-Yat-Sen, à Canton (中山大学) : A

13) Université du Sichuan, à Chengdu (四川大学) : A

14) Université du Jilin, à Dalian (吉林大学) : A

15) Université des communications de Xian (西安交通大学) : A

16) Université financière et économique de

Shanghai : A

C. - Un autre indicateur utile

est donné par les critères d’admission posés par l’Université financière et

économique de Shanghai.

Il faut préciser qu’en Chine, les étudiants qui sortent du

concours d’entrée sont divisés en deux groupes, et que l’Université financière

et économique de Shanghai n’immatricule que des étudiants du premier groupe

(soit les meilleurs). Depuis trois ans, seuls les candidats qui ont

expressément mentionné comme premier choix l’Université financière et

économique de Shanghai lors du concours d’entrée peuvent être admis dans cette

école. On peut donc dire que l’Université financière et économique de Shanghai est

une haute école dans laquelle il est relativement difficile d’être admis.

Le tableau ci-dessous indique les exigences de l’Université financière

et économique de Shanghai en matière d’admission des étudiants, par rapport à

quelques célèbres écoles de Chine. Les deux colonnes de droite contiennent les

scores minimums (最低录取分数) qui donnent accès aux écoles

listées dans la colonne de gauche dans les deux orientations principales, soit

les lettres (文科)

et les sciences (理科).

Ecole

Lettres Sciences

Université de Pékin (北京大学) 581 628

Université du peuple, Pékin (中国人民大学) 552 596

Université normale de Pékin (北京师范大学) 546 589

Université Fudan, Shanghai (复旦大学) 514 517

Université Tongji, Shanghai (同济大学) 478 499

Université des communications, Shanghai (上海交通大学) 477 514

Université financière et économique de Shanghai

489 491

On voit donc que, dans le domaine des lettres, dont font

partie les matières économiques et financières, les exigences posées par

l’Université financière et économique de Shanghai sont élevées, sans atteindre

cependant le niveau des grosses pointures du pays.

D. - Les données comparatives

ci-dessus ne s’entendent qu’au niveau national. Il est intéressant de comparer

les grandes universités chinoises avec leurs rivales étrangères et, surtout,

avec les universités qui nous sont connues.

Pour ce faire, on peut se référer aux divers classements

publiés, notamment, sur l’Internet.

a) La presse helvétique a

naguère rapporté le classement opéré par le Times of London dans un cahier

spécial paru en novembre 2004, intitulé le Times Higher Education Supplement,

qui liste les 200 meilleures universités de la planète.

Un résumé est disponible sur le site www.timeonline.co.uk.

De façon non surprenante, les établissements des Etats-Unis et de Grande-Bretagne

trustent les premières places. L’EPFZ, au 20ème rang, est la

première école européenne qui ne soit pas britannique. L’université de Tokyo

pointe à la 12ème place, et l’université de Pékin (北京大学) en 17ème

position. L’Australie réalise un score remarquable, emmenée par l’Université

nationale qui termine 16ème. La France est relativement à la traîne

avec l’Ecole polytechnique en 27ème place et l’Ecole normale

supérieure en 30ème place. L’université de Heidelberg sauve

l’honneur allemand en pointant en 47ème position. Aucun

établissement italien, espagnol ou portugais ne figure dans les 50 meilleurs

européens.

b) A cette vision très

anglo-saxonne, il faut peut-être préférer l’intéressant classement annuel des

500 meilleures universités mondiales qu’établit depuis 2003 l’institut

d’éducation supérieure de l’université des communications de Shanghai (Shanghai

Jiao Tong University, 上海交通大学),

déjà mentionnée plus haut parmi les grandes écoles chinoises.

Ce classement, intitulé Academic Ranking of World Universities,

est disponible sur le site www.ed.sjtu.edu.cn. Les

douze premières places sont occupées par ces célèbres institutions

américano-britanniques que sont Harvard, Cambridge, Stanford, Berkeley, le MIT,

le CIT, Columbia, Princeton, Chicago, Oxford, Yale et Cornell. L’université de

Tokyo pointe en 20ème position, l’EPFZ en 27ème,

l’université de Paris 06 en 46ème, celle de Zürich en 57ème

et celle de Bâle en 87ème. Sur les cent meilleures écoles, 53 sont

américaines.

La suite du classement s’opère par tranches de 50, puis de

100 établissements. L’université de Genève figure dans le groupe 101 à 152. Il

faut attendre la série 153-200 pour trouver l’université Qinghua (清华大学), première entrée chinoise, en compagnie de

l’université nationale de Taiwan, de l’EPFL et de l’université de Berne. Dans

la catégorie 201-300, on recense l’université de Pékin (北京大学) et les

trois premières de Hongkong. Les 301-400 recèlent, outre l’université de

Lausanne, cinq établissements chinois, soit les universités de Nankin (南京大学)

et du Zhejiang (浙江大学),

celle de Fudan (复旦大学),

l’université des communications de Shanghai (上海交通大学), auteur

du classement, et l’université des sciences et techniques de Chine (University

of Science and Technology of China, 中国科学技术大学), à Hefei. Un huitième établissement

chinois, l’université du Jilin (吉林大学),

figure dans la catégorie 401-500, en compagnie de l’université de Fribourg.

Sur les 500 écoles classées, on en trouve 168 aux Etats-Unis,

40 en Allemagne et en Grande-Bretagne, 34 au Japon, 23 au Canada et en Italie,

21 en France, 8 en Suisse et le même nombre en Chine. L’Université financière

et économique de Shanghai n’y figure cependant pas.

c) A l’intérieur de l’Asie,

un classement des écoles pluridisciplinaires pour l’année 2000 a été publié par

le magazine Asiaweek. Disponible sur le site www.asiaweek.com, la liste

des 77 meilleurs établissements du continent contient quatre écoles de Chine

continentale. Il s’agit de l’université Tongji (同济大学), à Shanghai

(42ème), de l’université de Tianjin (天津大学, 46ème),

de l’université des communications de Xian (西安交通大学, 54ème)

et de l’université du Sud-ouest (东南大学), à

Nankin (60ème). Par comparaison, Taiwan place neuf écoles dans cette

même liste, aux 12ème, 16ème, 20ème, 24ème,

28ème, 44ème, 65ème et 70ème rangs.

Le Japon occupe neuf des 29 premières positions, dont les numéros un et deux.

d) Une autre comparaison

entre les meilleures universités chinoises et les stars mondiales peut

s’effectuer sur la base de leurs publications dans ces deux revues phares que

sont la britannique Nature et l’américaine Science. Les données ci-dessous

concernent toutes les publications sous forme d’articles (Article), de lettres

(Letter) ou d’études (Review), et ne distinguent pas les ouvrages individuels

des ouvrages collectifs.

Pour les années 2000 à 2003, Harvard est à l’origine de 431

publications, soit 221 dans Nature et 210 dans Science. Cambridge a publié 179

fois (113 dans Nature et 57 dans Science) et l’université de Tokyo 132 fois (72

dans Nature et 60 dans Science).

En comparaison, les meilleures écoles chinoises font plutôt

pâle figure dès lors que l’université de Pékin (北京大学), la

mieux lotie, n’a publié que 9 fois (1 fois dans Nature et 8 fois dans Science).

Les universités de Qinghua (清华大学) et de Fudan (复旦大学)

viennent ensuite avec 6 et 5 publications respectivement.

4.- LE PARCOURS DE M. A.________

A. - M. A.________ est né le

10 janvier 1972. Au terme de sa scolarité obligatoire, il est entré aux PTT le

11 janvier 1988 pour un apprentissage d’un an suivi d’une formation

complémentaire qui lui a donné le titre de fonctionnaire d'exploitation en

janvier 1991. Puis il a travaillé à la Poste Suisse jusqu'en mai 1999. Selon

une attestation du 6 mai 1999 figurant au dossier, il est devenu un spécialiste

des services d’expédition et du service ambulant, effectuant essentiellement

des horaires irréguliers. Il a en outre été amené à assumer des fonctions

exigeant compétence et sens de la responsabilité, notamment comme chef de la

place de réexpédition.

B. - En

parallèle à son travail au service de la Poste Suisse, M. A.________ a suivi

des cours prodigués par MPM marketing personnel management S.A., à Lausanne,

société qui a pour but la formation du personnel dans le domaine de la vente et

du marketing (annexe 1) et qui offre notamment une formation couronnée par un

brevet fédéral d’agent technico-commercial (annexe 2).

Selon les indications fournies par l’intéressé,

cette formation a représenté, pendant deux ans, un à deux soirs par semaine

ainsi que le samedi. Le site Internet de la société, à l’adresse www.mpm-formation.ch,

se réfère à une formation qui commence en octobre de chaque année et qui

s’étend sur 82 samedis (annexe 2). Le dossier contient un « diplôme

MPM » d’agent technico-commercial daté du 19 août 1999 ainsi qu’une

décision du 4 mai 1999 de la commissions des examens, à Kradorf, qui a refusé

d’admettre M. A.________ aux examens de l’année en cours. Le prénommé explique

à cet égard qu’il n’a pas fait l'examen fédéral en raison d'un changement de

règlement.

C. - C'est

également à cette époque que M. A.________ a travaillé, de façon accessoire, au

service de l’entreprise X.________, pour accompagner des visiteurs chinois.

Toujours en parallèle avec son travail à la

Poste Suisse, M. A.________ a en effet étudié, en autodidacte, la langue

coréenne (en 1988) qu'il dit avoir assez rapidement abandonnée au profit du

chinois (1990 à 1992).

D. - A la fin de

1999, période correspondant à son divorce, il a vendu ses biens et encaissé son

deuxième pilier, ce qui lui a permis de partir en Chine en janvier 2000. Arrivé

à Shanghai, il a suivi, de février à juin 2000, un cours de langue à

l'université de Fudan (复旦大学). Après les vacances d'été, il a pu suivre, comme auditeur, des cours

de droit auprès de cette même école. Selon ses dires, l'écolage perçu par

l'université de Fudan s'est élevé à USD 2200 pour une année.

Il a d'abord logé sur le campus, puis dans un

appartement à l'extérieur. Il a financé ce séjour au moyen de ses propres

deniers.

E. - Au début

2001, M. A.________ dit avoir recherché une structure d'enseignement plus

petite et moins impersonnelle que la prestigieuse, mais énorme, université de

Fudan, qui est l'une des plus célèbres de Chine avec quelque 36'000 étudiants

et un campus de 140 hectares.

Par ses connaissances, il s'est approché de

l'Université financière et économique de Shanghai, dans laquelle il se

souvient qu’il n'y avait que 26 étudiants étrangers à l'époque

(contre plus de 800 aujourd'hui). Il

y a suivi des cours de droit, en qualité d'auditeur, de février à juin 2001. Il

dit avoir payé pour cela USD 1100 pour un semestre. Il a apprécié le contact

plus étroit avec le corps professoral et, de façon plus générale, les

dimensions plus humaines de l'établissement. Durant l'été 2001, il a informé au

département compétent de l'Université financière et économique de Shanghai son

intérêt pour suivre une formation régulière auprès de cette haute école. Selon

ses dires, il envisageait alors de s'inscrire au cursus de base (bênkë, 本科) donnant droit au diplôme de

« bachelor » (xuéshì

xuéweì, 学士学位). Ses interlocuteurs lui auraient cependant déclaré qu'avec son

curriculum vitæ, il pouvait accéder directement au second cycle (shuòshì, 硕士), qui aboutit

à la maîtrise ou « master » (shuòshì xuéweì, 硕士学位). Il se rappelle avoir rempli un formulaire dont il n'a pas conservé de

copie, avoir eu un examen oral avec M. B.________(丁邦开),

doyen de la faculté de droit (qui sera plus tard son directeur de thèse), et

avoir subi un examen écrit sous la forme de la rédaction d'un texte sur un

sujet libre. Il n'a pas vu de lettre de recommandation, mais présume que des

discussions ont eu lieu à son sujet. Il se rappelle avoir reçu une attestation

de son inscription au cours de « master » (shuòshì xuéweì, 硕士学位), dont il ne possède pas de copie, mais qu'il a produite avec une

demande de bourse vaudoise qui lui a été octroyée à concurrence de 16'800

francs.

F. - Une fois

inscrit, M. A.________ a suivi le programme de « master » (shuòshì xuéweì, 硕士学位) pendant deux ans et demi, soit de septembre 2001 à janvier 2004.

Il a donc suivi quatre semestres de cours

(septembre 2001-janvier 2002, février 2002-juin 2002, septembre 2002-janvier

2003 et février 2003-juin 2003). Un cinquième semestre, de septembre 2003 à

janvier 2004, a été consacré à la rédaction d'un mémoire de diplôme de 59 pages

(qui compte 57'000 caractères, selon l'intéressé), qu'il a rendu le 18 décembre

2003 et soutenu dix jours plus tard. Selon ses dires, la soutenance a duré

vingt minutes, devant un jury de trois professeurs auxquels s'est ajouté son

directeur de thèse. Le titre de son mémoire se traduit par Etude comparative du régime juridique du contrat d'assurance en Chine

et en Suisse (中瑞保险合同法律制度之比较研究).

M. A.________ a remis à l'expert un tirage dactylographié de ce

document, en expliquant qu'il l'a d'abord écrit lui-même à la main et qu'il

avait commencé de le rédiger avant même le semestre prévu à cet effet.

L’introduction et la première page du mémoire, soit six pages en tout, sont jointes

en copie au présent rapport (annexe 3).

Une fois sa soutenance passée, l'intéressé a

reçu le diplôme daté du 5 mars 2004 versé au dossier. Pour obtenir le titre,

reconnu au niveau national, de maîtrise en droit (cf. le document daté du 27

février 2004 également versé au dossier), il déclare avoir dû publier un

article. Ce qu'il a fait dans la revue éditée par l'école professionnelle de

Nantong (南通), une ville de la province du Jiangsu. L'expert a pu examiner une copie

de cette revue (南通职业大学学报), fondée en 1987 et parue en mars 2004 (il s'agissait de la 54ème

édition). Aux pages 38 à 40 figure effectivement un article dont l'auteur est

M. A.________ et qui est intitulé 析<瑞士债法典>中有关收益和风险转让的相关规定 en chinois et Stipulation about Transfer

of Earnings and Risk in « The Swiss Federal Code of Obligation » en anglais, soit en français Règles applicables au

transfert des profits et des risques à la lumière du code suisse des

obligations. Il présente et explicite certaines règles du

droit suisse des obligations, en particulier les articles 119, 185, 210 et 216

CO. Une copie de celui-ci est jointe au présent rapport (annexe 4).

Selon les dires de M. A.________, ses frais

d’écolage se sont élevés à USD 2200 à 2400 par année. Aucune pièce comptable

n’a été fournie à l’expert.

G. - Après son

retour en Suisse, M. A.________ a fait contrôler son chômage. Il a tenté de

faire valoir son titre universitaire chinois dans le cadre de ses recherches

d'emplois, mais ses employeurs potentiels ont préféré des candidats de langue maternelle

chinoise pour leurs activités en relation avec la Chine. Il précise qu'on lui a

offert des emplois en Chine pour des salaires mensuels oscillant entre 1500 et

2000 fr., ce qui lui a paru insuffisant dans la perspective d'un retour en

Suisse à moyen terme. Dans le cadre de son chômage, il suit actuellement une

formation en gestion d'entreprise prodiguée par l'école privée ISCAM (Institut

suisse pour la formation des chefs d'entreprises), à Lausanne. Il déclare

également suivre des cours pour devenir agent fiduciaire.

M. A.________ ne m'a pas caché sa déception,

pour ne pas dire sa frustration, à l'idée que son titre universitaire chinois

ne lui ouvre pas davantage de portes en Suisse et qu'il est même minimisé,

sinon remis en cause, par ses différents interlocuteurs. Exhibant son

volumineux mémoire de diplôme, il s'exclame : cela

signifie que j'ai écrit tout cela pour rien !

5.- DISCUSSION

Pour répondre aux questions du Tribunal

administratif, l’expert traitera d'abord de l'Université financière et

économique de Shanghai (A), puis de la formation suivie par M. A.________ (B),

ensuite des conditions d’admission à l’Université financière et économique de

Shanghai (C) et enfin d’une hypothèse avancée par l’expert pour expliquer

pourquoi M. A.________ a néanmoins pu y graduer (D).

A. - L'Université

financière et économique de Shanghai est une école spécialisée en sciences

humaines, qui se situe dans la bonne moyenne du pays. Certes, elle n'atteint

pas le prestige ou la reconnaissance internationale des grandes institutions

que sont l'université de Pékin (北京大学), l'université

Qinghua (清华大学) ou la grande université Fudan (复旦大学) de la même ville de Shanghai. Cependant, les statistiques disponibles

la placent, dans ses spécialités, à un rang tout à fait respectable à l'échelon

national. Son emplacement dans la ville de Shanghai lui assure notoriété et

succès auprès des étudiants. On ne peut lui reprocher qu'une certaine

orientation politique, d'ailleurs non dissimulée, et – pour les juristes – le

fait que sa vocation est plutôt économique que juridique. En d'autres termes,

les Chinois ne vont pas à l'université financière et économique de Shanghai

pour étudier le droit. Ce qui les attire dans cette école, c'est sa renommée en

matière financière et économique.

Pour le surplus, les diplômes délivrés par

l'Université financière et économique de Shanghai sont certainement de nature à

assurer à leurs titulaires un certain prestige et de bonnes perspectives

d'emplois en Chine. En d'autres termes, l'expert n'a rien à redire au sujet de

l'école choisie.

B. - Concernant

la valeur académique du diplôme obtenu par M. A.________, il faut tout d'abord

voir que le prénommé a en fait suivi la moitié du cursus universitaire, dans la

mesure où il n'a pas reçu de formation du premier cycle. En d'autres termes, il

a obtenu une maîtrise universitaire ou « master » selon la

terminologie de Bologne (master's degree) sans avoir fait au préalable un baccalauréat universitaire ou

« bachelor » (bachelor's degree). Cela signifie que, par rapport à un étudiant chinois, il n'a suivi

que quatre semestres de cours sur dix. On peut donc dire que sa formation

universitaire n'est pas complète.

1.- Les cours

suivis par M. A.________ dans le cadre de sa formation sont listés dans un

document versé au dossier en original et dans une traduction française réalisée

par l’intéressé.

Durant l’année académique 2001-2002, il s’est

agi, au premier semestre, de cinq cours obligatoires, soit connaissance du

marxisme orientée vers le droit (马克思主义知识方法律), théorie de l’économie socialiste (社会主义经济理论), sujet particulier de droit

civil (民法专题), théorie de base du droit économique (经济法基础理论) et sujet particulier de

droit économique concernant les étrangers (涉外经济法专题). Au second semestre, il s’est agi de trois cours

obligatoires, soit sujet particulier de droit économique

international (国际经济法专题),

sujet particulier de droit de l’économie socialiste de marché (社会主义市场经济法律专题)

et sujet particulier de droit commercial (商法专题), plus deux options, soit

évaluation de célèbres codes civils étrangers (世界著名民法典评价)

et droit américain (美国法律). M. A.________ précise que ce dernier cours a été donné en anglais,

par un professeur venu des Etats-Unis.

Durant l’année académique 2002-2003, il s’est

agi, au premier semestre, de trois

cours obligatoires, soit macroéconomie (宏观经济), sujet particulier

de droit privé international (国际私法专题),

sujet particulier de procédure civile et d’arbitrage économique (民事诉讼与经济仲裁专题).

Au second semestre, il s’est agi de trois cours à options, soit

sujet particulier de droit international (国际法专题),

sujet particulier de droit financier (金融法专题)

et droit de la concurrence (竞争法),

plus l’examen institutionnel de langue chinoise (汉语水平考试).

2.- Les cours

que M. A.________ n’a pas suivis sont tous ceux du cursus de base (bênkë, 本科) donnant droit au diplôme de

« bachelor » (xuéshì

xuéweì, 学士学位). Ces cours, déjà mentionnés plus haut (cf. supra, n° 2, let. C), sont

pour mémoire les suivants : droit commercial (商法学), droit économique (经济法学), droit économique international (国际经济法), droit du travail (劳动法学), histoire de la législation chinoise (中国法制史), droit international (国际法学), droit comparé (比较法学), droit de Hongkong et de Taiwan (港台法), droit civil et commercial étranger (外国民商法), histoire des législations étrangères (外国法制史), histoire de la pensée juridique occidentale (西方法律思想史), droit des contrats (合同法学), droit de la protection et des intérêts des

consommateurs (消费者权益保护法), droit de la concurrence (竞争法), droit de l’arbitrage (仲裁法), droit de la protection de l’environnement, de la nature et des ressources naturelles (环境与自然资源保护法), droit constitutionnel étranger (外国宪法), droit commercial anglo-américain (英美商法), droit de la famille et des successions (婚姻家庭法与继承法) et pratique de l’avocat (律师实物).

3.- M. A.________

a donc suivi un enseignement amputé d’une grande partie des cours de base. Il

plaide à cet égard que cette lacune est compensée par les deux semestres durant

lesquels il a suivi des cours comme auditeur à l’université de Fudan et à

l’université financière et économique de Shanghai. Cet élément, qui relève de

l'appréciation du Tribunal administratif, n'appelle pas de commentaire

particulier de l'expert, si ce n'est que la position de l'auditeur dans les

universités chinoises ne diffère pas essentiellement de celle de l'auditeur en

Suisse.

C) Il faut

également voir que M. A.________ a obtenu son inscription au programme de

maîtrise universitaire (master's degree, 硕士学位) ainsi que son titre dans des circonstances bien précises.

A l’Université financière et économique de

Shanghai, un étudiant étranger peut en principe accéder directement

au programme de maîtrise universitaire ou « master » (master's degree, 硕士学位) à certaines conditions que M. A.________ ne remplissait apparemment

pas lors de son inscription. Plus en détail :

1.- L'Université financière et

économique de Shanghai exige soit un diplôme de premier cycle (licence,

baccalauréat universitaire, bachelor's degree ou 学士学位) d'une université, soit la preuve du même niveau d’instruction (同等学历证明).

M. A.________ n'a manifestement pas de titre universitaire, de

sorte qu'il faut en déduire que les autorités de l'Université financière et

économique de Shanghai ont estimé qu'il bénéficiait d'une formation

équivalente.

2.- L'Université financière et

économique de Shanghai exige deux lettres de recommandation d'experts du niveau

de professeur associé ou de niveau supérieur (两名副教授上专家的推荐信).

De telles lettres n'ont apparemment jamais été écrites, et

auraient tout au plus été remplacées par des recommandations verbales.

3.- Le niveau de chinois doit être 7

sur 10 (汉语水平考试 7 级). Selon ses propres dires, M. A.________

en était à 6 sur 10 au moment de son inscription, et ce n’est qu’au dernier

semestre de ses études qu’il a obtenu la note de 9 sur 10.

4.- L’Université financière et

économique de Shanghai exige enfin un examen qui porte sur la discipline

principale envisagée et qui se compose d'une interview ainsi que d'un test

écrit (专业课考试 [面试, 笔试]). A cet égard, M. A.________ expose qu'il s'est

entretenu avec le doyen de la faculté et qu'il a rédigé une composition sur un

sujet libre ; il en découle que cette condition – la seule – a été

remplie.

Il semble donc bien que dans le cas de M. A.________,

les exigences d’admission directe au programme de « master » (master's degree, 硕士学位) aient été interprétées de manière assez souple par les responsables de

l'université financière et économique de Shanghai. Plusieurs hypothèses entrent

en ligne de compte pour expliquer cette mansuétude. On peut penser que les

autorités académiques ont été favorablement impressionnées par les excellentes

connaissances géographiques, culturelles et linguistiques de M. A.________, qui

se trouvait en Chine depuis un an et demi et qui faisait peut-être étalage

d’une motivation sans faille. On peut aussi imaginer que l'Université

financière et économique de Shanghai, relativement petite et à la recherche

d'une reconnaissance internationale, ait délibérément suivi une politique

d'ouverture aux étudiants étrangers, ce qui expliquerait qu'elle a passé de 26

étudiants à près de 800 en quelques années seulement (hypothèse que M. A.________

a trouvé réductrice). On peut enfin penser que le prénommé a fait jouer ses

relations, dans la plus pure tradition chinoise qui consiste à passer par la porte de derrière (zôuhòumén, 走后门) pour

obtenir ce que l'on veut (hypothèse non abordée avec l’intéressé).

D. - Un élément

explicatif supplémentaire provient peut-être du formulaire de demande du grade

de maîtrise universitaire (master's degree, 硕士学位) que M. A.________ a remis à l'expert et dont l'une des pages est

annexée au présent rapport (annexe 4).

Intitulé situation de base du candidat à

la maîtrise (硕士学位申请人基本情况), ce document consiste en un formulaire

préimprimé qui a été rempli de façon manuscrite par l'intéressé. Il détaille

ses données personnelles ainsi que ses qualifications. L’expert s’est interrogé

sur les réponses suivantes.

1.- A la cinquième ligne, le

formulaire demande la dernière formation avant l'entrée à l'université (入学前最后学历). M. A.________ a répondu qu'il avait gradué en

août 1999 de MPM Institut, qu’il a

traduit en chinois comme un Institut de gestion

d'entreprise de marché (市场营销管理学院), en précisant que sa spécialité était la gestion d’entreprise (管理). Les caractères employés par M. A.________ pour désigner cette école (xúeyuàn 学院) signifient en

chinois institut ou encore faculté et se rapportent en général à un

établissement d'enseignement supérieur.

2.- A la sixième ligne, dans la

colonne de gauche, le candidat est invité à indiquer le dernier titre obtenu avant

son entrée à l'université (入学前最后学位). M. A.________ a inscrit les deux caractères 大专

(dàzhüan),

qui sont une abréviation de 大专院校 (dàzhuänyuànxiào), ce qui signifie établissement d’enseignement supérieur. En Chine,

ce terme désigne une école supérieure, mais qui n’atteint pas le niveau

universitaire. Pour un Chinois, la réponse de M. A.________ peut donner

l’impression que l'intéressé a obtenu un diplôme d'une haute école technique

comparable à nos anciennes ETS ou à nos actuelles HES. Entre parenthèses,

l'intéressé a écrit la durée de cette prétendue formation, soit au total trois ans (共 3 年).

Ces indications ne reflètent pas exactement

le parcours professionnel de M. A.________, qui a présenté de façon bien

dithyrambique le diplôme technico-commercial obtenu dans le cadre d'une

formation en cours d'emploi donnée le samedi par cette école privée qu’est MPM

marketing personnel management S.A.

3.- A la même sixième ligne, mais dans

la partie de droite, l'intéressé est invité à décrire la date d'obtention de

son diplôme et l'institution qui l'a délivré (授予学位时间, 单位). M. A.________ a répondu août

1999 (1999 年 8 月) et de nouveau indiqué institut de gestion d'entreprise de marché (市场营销管理学院), ce qui paraît bien flatteur pour MPM marketing

personnel management S.A.

4.- Dans la même veine, on remarque

encore que l'intéressé a fait état de ses études au collège du Valentin, de

1985 à 1988, soit entre 13 et 16 ans. En chinois, cela devient l’ école secondaire de deuxième cycle (ou le gymnase) de la ville de

Lausanne (洛桑市高中学校).

L’emploi des caractères 高中

(gäozhöng), qui se

réfèrent à l’enseignement secondaire supérieur (cf. n° 2 let. A ci-dessus) est

de nature à donner l'impression que l'intéressé a suivi un gymnase jusqu’à

l’âge de 18 ans.

5.- Toujours de la même manière, l’apprentissage indiqué à la ligne suivante par M. A.________

pour la période de 1988 à 1990 devient, en chinois, une école

professionnelle spécialisée (职业专业学校),

ce qui peut très bien passer aux yeux d'un lecteur chinois comme

une ETS de l’époque ou une actuelle HES.

6.- Pour la période de 1990 à 1991, M.

A.________ a inséré une ligne Formation Fonctionnaire

d'exploitation service ambulant, 10e classe, qui

devient en chinois : En dernière année de l'école

professionnelle spécialisée, études visant à gérer un petit groupe/une petite

classe, employé du service public en dixième classe (职业专业学校最后年级学习方向管理小组/小课,公务员.10级). Ces indications sont autrement plus valorisantes

en chinois que dans leur version franco-helvétique.

7.- A la ligne suivante, où il est

mentionné MPM, Marketing Personnel Management, 1997-1999, M. A.________ a derechef traduit cette école comme un Institut de gestion d'entreprise

de marché (市场营销管理学院), ce que l’expert a déjà critiqué au ch. 1

ci-dessus. Il a en outre repris et souligné les deux caractères 大专 (dàzhüan), également critiqués au ch. 2 ci-dessus.

Sur la base de ces indications, on peut

imaginer que les responsables académiques de l’Université financière et

économique de Shanghai, peu au courant des réalités helvétiques et totalement

ignorants de la langue française, se soient mépris sur les qualifications et la

formation préliminaire de M. A.________ et l'aient considéré à tort comme au

bénéfice d'une scolarité secondaire jusqu'à 18 ans et d'un diplôme délivré par

une école technique. Dans cette logique, il a pu leur apparaître qu'il

possédait une formation équivalente à leur licence ou « bachelor » (bachelor's degree, 学士学位), de sorte qu'il pouvait accéder directement au programme de maîtrise

universitaire ou « master » (master's degree, 硕士学位).

VI.- CONCLUSIONS

En résumé, nous pouvons consigner et résumer

nos constations de la façon suivante :

1.- Le diplôme

obtenu par M. A.________ correspond à une maîtrise universitaire ou

« master » (master's degree,

硕士学位)

du système de Bologne. Du point de vue académique, il est

pleinement valable. Du point de vue de la formation, il est incomplet en ce

sens qu'il n'a pas été précédé d'un baccalauréat universitaire ou

« bachelor » (bachelor's degree, 本科学位). Si l'on se souvient qu'en Chine, les étudiants du premier cycle

d’études, qui aboutit au baccalauréat universitaire ou « bachelor » (bachelor's degree, 本科学位 ou encore

parfois licence) suivent dès ce stade une formation exclusivement

juridique, cela signifie qu'il manque à M. A.________ six semestres de cours de

droit pour bénéficier d'une formation complète.

La liste des cours manquants est rappelée

ci-dessus. Elle comprend notamment des cours aussi importants que le droit des

contrats et le droit commercial, le droit international, le droit comparé,

divers cours d’histoire, le droit de la concurrence, le droit de l’arbitrage,

le droit constitutionnel étranger ainsi que le droit de la famille et des

successions.

2.- Sur le

papier, M. A.________ n'aurait pas pu, au bénéfice de la formation qui était la

sienne, s'inscrire directement au programme de maîtrise universitaire ou

« master » (master's degree,

硕士学位). Il semble avoir bénéficié d'un accueil particulièrement favorable de

l'Université financière et économique de Shanghai, peut-être dû à la manière

dont il a présenté en chinois son curriculum vitæ.

3.- L'Université

financière et économique de Shanghai est bien un établissement de niveau

universitaire spécialisé dans les branches économiques et financières, qui

jouit en Chine d'une bonne réputation dans ses spécialités et dont les diplômes

assurent à leurs titulaires de bonnes perspectives d’emploi.

4.- En fin de

compte, M. A.________ pâtit de trois phénomènes.

Premièrement, il est au bénéfice d'un diplôme

étranger, ce qui le place dans la même situation que les Chinois qui ont peine

à faire valoir leurs qualifications sur le marché du travail helvétique.

Ensuite, et en dépit de son long séjour et de ses études à Shanghai, il n'est

pas de langue maternelle chinoise, ce qui le fait passer après les candidats

chinois lorsqu'il s'agit de trouver un emploi au service d’une entreprise

suisse active en Chine. Enfin, du point de vue académique, il est défavorisé,

dans un monde où les titres et diplômes demeurent malgré tout importants, par

son absence de baccalauréat, de maturité fédérale ou de titre d'une école

supérieure suisse. Nous l'avons encouragé à utiliser ses grandes et précieuses

connaissances de la langue et de la culture chinoises non pas dans une approche

professionnelle ou administrative immédiate, mais comme un capital de savoir

utilisable en parallèle avec d'autres qualifications ».

b) La possibilité a été donnée aux parties de se

déterminer sur le rapport d’expertise.

Considérants

1.

a) Aux termes de l’art. 23 al. 2 de la loi fédérale du 25

juin 1982 sur l’assurance-chômage obligatoire et l’indemnité en cas

d’insolvabilité (ci-après : LACI), pour les assurés qui, au terme d’un

apprentissage, touchent des indemnités de chômage, ainsi que pour les personnes

qui sont libérées des conditions relatives à la période de cotisation, le

Conseil fédéral fixe des montants forfaitaires comme gain assuré. Il tient

compte en particulier de l’âge, du niveau de formation ainsi que des

circonstances qui ont amené à la libération des conditions relatives à la

période de cotisation (art. 14 LACI). Faisant usage de cette délégation de

compétence, le Conseil fédéral a édicté l’art. 41 de l’ordonnance du 31 août

1983.

sur l’assurance-chômage obligatoire et l’indemnité en cas d’insolvabilité

(ci-après : OACI), dont l’alinéa premier a la teneur suivante :

« 1 Le gain assuré des

personnes qui sont libérées des conditions relatives à la période de cotisation

ou qui sont au terme d’un apprentissage est fixé aux montants forfaitaires

suivants:

a.

153.

francs par jour pour les personnes qui ont suivi une

formation complète au sein d’une haute école ou qui disposent d’une formation

professionnelle supérieure ou d’une formation équivalente;

b.

127.

francs par jour pour les personnes qui ont terminé leur

apprentissage;

c.

102.

francs par jour pour toutes les autres personnes si elles

ont plus de 20 ans et 40 francs par jour si elles ont moins de 20 ans ».

b) La circulaire du SECO relative à l’indemnité de

chômage (janvier 2003) prévoit que la formation doit être d’au moins six

semestres pour pouvoir être qualifiée de complète. Dès lors, une formation inférieure

à cette durée dans une école technique ou une formation professionnelle

supérieure, prolongeant un apprentissage, sanctionnée par un diplôme (par ex.

maîtrise) ou un brevet fédéral n’entre pas dans cette catégorie. Le gain assuré

des personnes titulaires de ce genre de diplômes est basé sur le forfait moyen

(circulaire SECO, C27).

c) En l’espèce, le master en droit économique obtenu

par le recourant à l’Université de Shanghai ne sanctionne pas une formation complète

au sens de l’art. 41 al. 1 let. a OACI, puisque le programme suivi n’a pas

atteint la durée de six semestres, même s’il témoigne d’un parcours qui suscite

l’admiration. En effet, la formation suivie a été amputée d’une grande partie

des cours de base, puisque le recourant ne bénéficie pas du diplôme de

« bachelor » qui aurait dû être obtenu au préalable. Ainsi, les cours

suivis et les connaissances acquises par le recourant ne constituent pas une

formation complète au sein d'une haute école, comme une formation universitaire

ou jugée équivalente. En effet, le recourant n'a pas suivi de cursus

universitaire complet et le titre qui lui a été délivré en Chine n'est pas

considéré dans notre pays comme un diplôme universitaire. Ce titre ne consacre

pas non plus une formation achevée dans une école professionnelle supérieure,

car il ne peut être mis directement en valeur sur le marché du travail en

Suisse. Le gain assuré ne peut ainsi être fixé au montant forfaitaire de 153

fr. par jour.

2.

Il résulte des considérants qui précèdent que le recours

doit être rejeté et la décision attaquée maintenue. Le présent arrêt est rendu

sans frais (art. 61 let. a LPGA). Pour le surplus, il n’est pas alloué de

dépens. Il faut régler le sort des frais d’expertise selon l’art. 61 let. a

LPGA. Comme le recourant n’a pas agi de manière téméraire ou avec légèreté, il

faut laisser les frais d’expertise à la charge de l’Etat.

Dispositif

Par ces motifs

le Tribunal administratif

arrête:

I.

Le recours est rejeté.

II.

La décision sur opposition de la Caisse de chômage de la

CVCI du 2 décembre 2004 est maintenue.

III.

Les frais d’expertise arrêtés à 2'905.20 (deux mille neuf

cent cinq vingt) francs sont laissés à la charge de l’Etat.

IV.

Il n’est pas alloué de dépens.

Lausanne, le 29 décembre 2005

Le président: La

greffière:

Le présent arrêt est

communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

La présente décision peut

faire l'objet, dans les trente jours suivant sa communication, d'un recours au

Tribunal fédéral des assurances, Schweizerhofquai 6, 6004 Lucerne. Le recours

s'exerce par acte écrit, déposé en trois exemplaires, indiquant :

a) quelle

décision le recourant désire obtenir en lieu et place de la présente décision;

b) pour

quels motifs le recourant s'estime en droit d'obtenir cette autre décision;

c) quels moyens de preuve le

recourant invoque à l'appui de ses motifs.

La présente décision et l'enveloppe dans laquelle elle a

été expédiée, ainsi que les pièces invoquées comme moyens de preuve,

lorsqu'elles se trouvent en mains du recourant, seront jointes au recours.