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Décision

PS.2016.0066

CDAP - PS.2016.0066 - 2016-12-05 - A.________/Service de prévoyance et d'aide sociales, CENTRE SOCIAL REGIONAL

5 décembre 2016Français11 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants

A.

De mars 2010 à février 2014, A.________ et B.________

ont bénéficié des prestations du revenu d'insertion. Ils ont été suivis durant

cette période par le Centre social régional de Nyon-Rolle (ci-après: le CSR).

De juin 2010 à août 2011, A.________ a travaillé comme chauffeur de taxi

indépendant. Il a déclaré au CSR les revenus de cette activité accessoire dans le

cadre des questionnaires mensuels ad hoc. Il joignait à chaque fois la

quittance de paiement du garage qu'il louait pour garer son taxi, soit 150 fr.

qu'il portait en déduction de ses recettes.

B.

En janvier 2011, suspectant que les époux A.________

et B.________ ne déclaraient pas tous leurs revenus, le CSR a ordonné une

enquête administrative. Le contrôle a porté sur toute la période d'aide.

L'enquêtrice a rendu son rapport d'enquête le 7 novembre 2011. Elle a relevé

avoir constaté que B.________ avait effectué plusieurs heures de ménage entre

mars 2010 et juillet 2011 et qu'elle n'avait déclaré qu'une petite partie du

revenu tiré de cette activité, soit 326 fr. sur 8'113 fr. 25. Elle n'a en

revanche pas pu établir que A.________ ne déclarait pas toutes ses courses de

taxi comme suspecté. Le loyer qu'il annonçait pour le garage était toutefois

erroné. Selon C.________, propriétaire du local, celui-ci s'élevait en effet à

100 francs.

C.

Par décision du 5 juin 2014, le CSR, se fondant sur

ce rapport d'enquête, a réclamé aux époux A.________ et B.________ le

remboursement d'un montant de 5'800 fr. 20 au titre de prestations indûment

perçues entre mars 2010 et août 2011.

D.

Le 16 juin 2014, A.________ a recouru contre cette

décision, en exposant notamment ce qui suit:

"Le CSR de Nyon m'accuse d'avoir déclaré

la location d'un parking à 150.- frs au lieu de 100 frs par mois, ce qui

modifierait le calcul de mon droit au RI. Je pense que le CSR de Nyon n'a pas

compris que je paye 150.- frs par mois, que c'est une dépense pour moi, depuis

des années, car mon appartement est petit et pas cher. Cela me permet d'y

mettre un lave-linge, les affaires hors saison, triage de nos déchets ménagers

etc. etc. Pour le reste, je demande d'où viennent ces prestations qui

n'auraient pas dû nous être payées."

Dans ses déterminations du 9 juillet

2014, le CSR a conclu au rejet du recours. Il a précisé que dans la mesure où

l'intéressé déclarait dans son recours que le garage était utilisé pour

entreposer des affaires personnelles, cette charge n'aurait toutefois pas dû

être prise en compte dans les frais de son activité accessoire. Elle laissait à

l'autorité de recours le soin de se prononcer sur une éventuelle reformatio

in pejus.

A.________ s'est encore exprimé dans

une écriture complémentaire du 15 juillet 2014. S'agissant de la location du

garage, il a maintenu qu'il payait un montant de 150 fr. par mois. Il a précisé

qu'il l'utilisait pour garer son taxi, lorsqu'il exerçait encore cette

activité, et pour entreposer des affaires personnelles.

Par décision du 24 août 2016, le Service

de prévoyance et d'aide sociales (SPAS) a confirmé la décision du CSR du 5 juin

2014. Il a retenu que A.________ ne pouvait pas déduire de ses frais

professionnels le loyer du garage, puisqu'il avait admis s'en servir pour y

entreposer des affaires personnelles. L'indu s'élevait ainsi à 6'542 fr. 90.

Dans la mesure où le CSR renonçait à une reformatio in pejus, il fallait

toutefois s'en tenir au montant indiqué dans la décision du 5 juin 2014.

E.

Le 25 août 2016, A.________ a recouru contre cette

décision. Le recours, adressé au SPAS, a été transmis à la Cour de droit

administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP) comme objet de sa

compétence. Le recourant ne comprenait pas pourquoi on lui reprochait d'avoir

porté en déduction des charges liées à son activité accessoire de chauffeur de

taxi la location d'un garage. Il a rappelé que c'était une exigence découlant

de la règlementation communale sur le service de taxis. Il a précisé que les

affaires personnelles qu'il avait entreposées dans le garage étaient posées

dans le fond et n'empiétaient pas l'espace pour la voiture.

Dans sa réponse du 4 octobre 2016, le

SPAS a conclu au rejet du recours. Dans ses déterminations du 22 septembre

2016, le CSR en a fait de même.

La cour a statué par voie de

circulation.

Considérants

1.

Déposé dans le délai de trente jours fixé par

l’art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative

(LPA-VD; RSV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au

surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD.

2.

Le litige porte sur le bien-fondé de la décision de

restitution de l'indu du 5 juin 2014. Le recourant ne conteste pas

l'intégralité du montant réclamé. Il s'en prend uniquement à la reprise du

loyer du garage.

3.

a) La loi sur l'action sociale vaudoise du 2

décembre 2003 (LASV; RSV 850.051), en vigueur depuis le 1er janvier 2006, a pour but de venir en aide aux personnes ayant des difficultés sociales ou dépourvues des

moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener

une existence conforme à la dignité humaine (art. 1 LASV). L'aide financière

aux personnes est subsidiaire à l'entretien prodigué par la famille à ses

membres, aux prestations des assurances sociales et aux autres prestations

sociales, fédérales, cantonales, communales ou privées; elle peut, le cas

échéant, être accordée en complément de revenu ou à titre d'avance sur

prestations sociales (art. 3 al. 1 LASV). Le principe de la subsidiarité

de l'aide sociale implique, pour les requérants, l'obligation d'entreprendre

toutes démarches utiles auprès des personnes ou organismes concernés pour

éviter ou limiter leur prise en charge financière (art. 3 al. 2 LASV).

L'action sociale comporte notamment

l'octroi d'un revenu d'insertion (RI) comprenant une prestation financière et

pouvant consister également en mesures d'insertion sociale ou professionnelle.

La prestation financière est accordée dans les limites d'un barème établi par

le règlement (règlement d'application du 28 octobre 2005 de la LASV - RLASV; RSV 850.051.1), après déduction des ressources du requérant, de son conjoint ou

concubin faisant ménage commun avec lui, et de ses enfants à charge. Selon

l'art. 36 LASV, la prestation financière, dont l'importance et la durée

dépendent de la situation particulière du bénéficiaire, est versée complètement

ou en complément de revenus, ou encore, à titre d'avance remboursable sur des

prestations d'assurances sociales ou privées et d'avances sur pensions alimentaires.

Quant à l'obligation de rembourser les

montants indûment perçus, elle est réglée à l'art. 41 LASV. Ainsi, la personne

qui, dès la majorité, a obtenu des prestations du RI, y compris les frais

particuliers ou aides exceptionnelles, est tenue au remboursement lorsqu'elle les a obtenues indûment; le

bénéficiaire de bonne foi n'est tenu à restitution, totale ou partielle, que dans

la mesure où il n'est pas mis de ce fait dans une situation difficile

(let. a).

b) En l'espèce, il ressort des pièces

du dossier que le recourant a travaillé de juin 2010 à août 2011 comme

chauffeur de taxi indépendant. Il a déclaré au CSR les revenus de cette

activité accessoire dans le cadre des questionnaires mensuels ad hoc. Il

déduisait de ses recettes la location de son garage. Pour l'autorité intimée,

le caractère professionnel de cette charge n'est pas réalisé.

Dans ses écritures, le recourant se

prévaut du règlement de la Commune de Nyon concernant le service des taxis, qui

dispose à son art. 8 que pour obtenir l'autorisation d'exploiter une entreprise

de taxis individuelle ou collective il faut entre autres disposer "d'espaces

privés (local, place de parc) suffisants pour y garer ses véhicules et les

entretenir". L'autorité intimée ne conteste pas cette obligation, mais

affirme que le recourant n'utilise pas son garage pour y garer son véhicule.

Elle se fonde à cet égard sur les allégations que l'intéressé a faites dans son

recours du 16 juin 2014. Il est vrai que le recourant explique dans cette

écriture que, son appartement étant petit, il entrepose dans son garage des

affaires personnelles, en particulier "un lave-linge, les affaires hors

saison, triage de nos déchets ménagers". On ne saurait toutefois en

inférer qu'il l'utilise exclusivement à cette fin. Il a du reste précisé dans

ses écritures ultérieures, notamment dans son recours du 25 août 2016, que ses affaires

étaient stockées au fond du garage et qu'elles n'empiétaient pas sur l'espace

pour la voiture. Aucun élément du dossier ne permet de mettre en doute ces

explications, qui sont parfaitement crédibles. En particulier, l'enquête

administrative diligentée par le CSR n'a pas permis d'établir que le garage ne

servait pas aux besoins professionnels du recourant. Contrairement à ce qu'a

retenu l'autorité intimée, le caractère professionnel des charges de loyer du

garage doit être admis. S'agissant du montant, le recourant a produit

systématiquement à l'appui de ses déclarations de revenus mensuelles les

quittances de paiement, qui faisaient état d'un montant de 150 francs. Certes,

dans le cadre de l'enquête, le propriétaire du local a déclaré que le loyer

s'élevait à 100 francs. Il n'a toutefois pas été invité à expliquer pour

quelles raisons il avait signé des quittances de paiement mentionnant un

montant plus élevé. Face à cette contradiction, il convient de privilégier la

version la plus favorable au recourant. Vu le caractère probatoire de la

quittance, cette version est également la plus vraisemblable.

C'est ainsi à tort que le CSR, dans le

calcul de l'indu, a pris en compte le loyer du garage (ou plus précisément un

montant de 50 fr. par mois, correspondant à la différence entre ce que le

recourant a déclaré et ce que le propriétaire du local a indiqué dans le cadre

de l'enquête) et que le SPAS a confirmé ce mode de procéder.

4.

Les considérants qui précèdent conduisent à

l'admission du recours, à l'annulation de la décision attaquée et au renvoi de

la cause au CSR pour nouveau calcul de l'indu.

L'arrêt est rendu sans frais, la procédure dans les affaires de prestations sociales étant gratuite

(art. 4 al. 3 du Tarif du 28 avril 2015 des frais judiciaires et des dépens en matière administrative [TFJDA; RSV 173.36.5.1]).

Le recourant, qui a procédé seul sans

l'assistance d'un mandataire professionnel, n'a pas droit à l'allocation de

dépens (art. 10 et 11 TFJDA).

Dispositif

Par ces motifs

la Cour de droit administratif et public

du Tribunal cantonal

arrête:

I.

Le recours est admis.

II.

La décision du Service de prévoyance et d'aide

sociales du 24 août 2016 est annulée. La cause est renvoyée au Centre social

régional de Nyon-Rolle pour qu'elle rende une nouvelle décision de restitution

de l'indu dans le sens des considérants.

III.

L'arrêt est rendu sans frais, ni allocation de

dépens.

Lausanne, le 5 décembre 2016

La présidente: Le

greffier:

Le présent

arrêt est communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente

jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Cours de droit

social, Schweizerhofquai 6, 6004 Lucerne). Le recours s'exerce conformément aux

articles 40 ss et 95 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF

- RS 173.110). Il doit être rédigé dans une langue

officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et

être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué

viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être

jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va

de même de la décision attaquée.