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Décision

RE.2001.0026

TA - RE.2001.0026 - 2001-09-28 - SCHNEEBERGER François c/AC 010026

28 septembre 2001Français9 min

Source vd.ch

Faits

Vu les faits suivants:

A. La commune d'Aigle est

propriétaire sur son territoire, depuis le milieu des années 60, d'une grande

parcelle d'environ 24'000 m² (no RF 1031) qui est régie par un plan de quartier

approuvé par le Conseil d'Etat le 16 février 1979 (PQ La Planchette, ci-après

PQ).

B. Devant faire face à des

besoins accrus en matière de locaux scolaires (évolution démographique,

introduction EVM), la Municipalité d'Aigle a décidé d'agrandir le bâtiment

scolaire existant à La Planchette, ainsi que d'y implanter un nouveau bâtiment

de dix classes (préavis d'intention no 99-12). Une enquête publique a eu lieu

du 22 février au 13 mars 2000 concernant l'implantation du nouveau bâtiment sur

la parcelle 1031, au-dessus d'un abri PC (construit en 1990). Sans opposition,

le permis d'implanter a été délivré le 21 mars 2000.

C. Du 7 au 27 novembre

2000, la Municipalité d'Aigle a soumis à l'enquête publique deux projets

distincts, prévoyant l'un l'agrandissement du bâtiment scolaire existant, l'autre

la construction du nouveau bâtiment prévu. Le recourant François Schneeberger a

formé opposition en temps utile. Cette opposition a été levée par décision du

22 janvier 2001 de la Municipalité d'Aigle, qui a délivré les permis de

construire nécessaires. François Schneeberger a recouru contre cette décision

en date du 13 février 2001.

D. Le recours a été

enregistré au Tribunal administratif au moyen d'un avis du 19 février 2001,

prévoyant un effet suspensif provisoire (chiffre 4), la municipalité étant

invitée à se déterminer sur cette question dans le délai fixé pour le dépôt de

la réponse (chiffre 5). A l'échéance de ce délai (prolongé au 2 avril 2001 sur

requête de la municipalité), cette dernière a requis la levée de l'effet

suspensif en invoquant en substance le caractère manifestement abusif et mal

fondé du recours, l'urgence liée à la réalisation des locaux scolaires devenant

nécessaires ainsi que le fait que le site de La Planchette était le seul

terrain disponible en zone d'utilité publique. Par décision du 14 août 2001, le

juge instructeur a levé l'effet suspensif provisoire octroyé lors de

l'enregistrement du recours. C'est contre cette décision qu'est dirigé le

présent recours incident, déposé le 27 août 2001. La Municipalité d'Aigle s'est

déterminée le 10 septembre 2001, concluant au rejet de ce recours.

Considérants

1.

Déposé en temps utile

et selon les formes légales par l'auteur d'un recours tendant, au fond, à

l'annulation d'un permis de construire, le recours est recevable à la forme.

2.

L'effet suspensif a

pour but de maintenir une situation donnée de manière à ne pas vider le recours

principal de son objet par une exécution prématurée de la décision attaquée

(arrêt RE 92/019 du 9 juin 1992, cons. 1); il rend la décision contestée

inefficace jusqu'à droit connu au fond (v. Pierre Moor, Droit administratif,

II, Berne 1991, n° 5.7.3.3; André Grisel, Traité de droit administratif,

Neuchâtel 1984, vol. 1, p. 922). Selon le régime institué par la LJPA, la dépôt

du recours ne suspend pas l'exécution de la décision attaquée, sauf décision

contraire prise, d'office ou sur requête par le magistrat instructeur (art.

45). C'est dans le cadre d'une pesée générale des intérêts à prendre en

considération que le juge instructeur doit déterminer si l'effet suspensif peut

être accordé, retiré ou restitué au recours (v. arrêts RE 93/043 du 24 août

1993, in RDAF 1994, p. 321; 98/030 du 20 octobre 1998); sa décision sur ce

point doit résulter d'une balance des intérêts entre l'exécution immédiate de la

décision attaquée et le maintien du régime antérieur jusqu'à droit connu (Moor,

ibid.; Grisel, p. 924). Le pouvoir d'examen de la section des recours dans ce

domaine est limité à un contrôle en légalité de la décision du juge intimé, qui

comprend l'excès et l'abus du pouvoir d'appréciation (art. 36 let. a LJPA). La

section des recours ne peut donc substituer sa propre appréciation à celle du

magistrat instructeur et elle doit seulement vérifier si ce dernier n'aurait

pas tenu compte, ou de manière insuffisante, d'intérêts importants ou encore,

les aurait appréciés de façon erronée (cf. ATF non publié rendu le 11 novembre

1998.

en la cause M. c/ OFDEE, cons. 2a).

3.

La décision de levée

d'effet suspensif du 14 août 2001 est fondée d'une part sur le caractère

manifestement mal fondé du moyen principal soulevé par le recourant

(incompatibilité du projet avec les dispositions du PQ) et d'autre part sur

l'appréciation que les griefs relatifs à l'insuffisance des parkings et au

manque de sécurité des accès n'excluaient pas des aménagements en cours de

chantier, en cas d'admission du recours. Faisant ainsi la balance des intérêts

en présence, le juge instructeur a considéré que l'intérêt public à assurer le

respect des délais fixés par la planification scolaire devait l'emporter sur

l'intérêt privé du recourant au maintien de la situation actuelle, avec

référence à la jurisprudence du Tribunal administratif (RE 92/0051 du 22

janvier 1993).

Le Tribunal

administratif constate toutefois que dans cet arrêt, confirmé par le Tribunal

fédéral, la solution du tribunal a été grandement influencée par le fait que

les travaux avaient déjà débuté, ce qui n'est pas le cas du projet scolaire de

La Planchette. Il faut en outre relever que la section des recours a aussi jugé

dans une autre affaire, s'agissant d'un projet de construction d'utilité

publique, que l'intérêt strictement financier ou fiscal d'une commune à pouvoir

débuter les travaux sans attendre l'issue de la procédure de recours n'était

pas prépondérant et ne justifiait pas la levée de l'effet suspensif (RDAF 1994,

p. 321).

4.

La motivation de la

décision attaquée n'est pas convaincante, en tant qu'elle se réfère au

caractère manifestement mal fondé du pourvoi. Cette conclusion doit en effet

être établie sur la base d'un état de fait non contesté et résulter de

l'application de règles de droit qui ne laissent pas un pouvoir d'appréciation

à la section devant statuer sur le fond du recours ou encore découler d'une

jurisprudence constante. La solution juridique au recours doit s'imposer

d'elle-même de manière évidente (arrêts TA RE 91/009 du 11 octobre 1991, RE

92/034 du 6 octobre 1992, consid. 2 et RE 92/040 du 9 novembre 1992). Par

exemple, l'effet suspensif peut être refusé, si la durée du retrait d'un permis

de conduire correspond au minimum légal et si les faits à la base de la

décision attaquée sont admis (ATF 115 Ib 157, v. aussi arrêts TA RE 93/044 du

14.

septembre 1993 consid. 1; RE 92/017 du 27 mai 1992 consid. 1). Mais le

recours ne saurait d'emblée être considéré comme manifestement mal fondé en

matière de construction par le simple fait que l'autorité a accordé au

constructeur une dérogation sur l'indice d'utilisation du sol (arrêt TA RE

96/003 du 9 février 1996).

En l'espèce, et sur la

base de l'examen prima facie auquel se limite l'autorité judiciaire en matière

de mesures provisionnelles, on ne peut pas affirmer que les nombreux éléments

invoqués par le recourant sont d'emblée et évidemment mal fondés, seul un

examen approfondi du projet et des dispositions du PQ permettant de se faire

une idée précise de la question. Une telle appréciation ne peut donc in casu

justifier la levée de l'effet suspensif.

Dès lors, la question

doit se résoudre essentiellement en fonction de la pesée des intérêts. Il est

vrai que le recourant n'a pas établi ni rendu vraisemblable que le début

immédiat des travaux serait de nature à lui causer un dommage irréparable,

étant rappelée la jurisprudence selon laquelle ce dernier n'existe en tout cas

pas lorsqu'une construction érigée durant la procédure peut être enlevée

facilement en cas d'admission du recours (ATF 117 Ia 250 consid. 3). Mais,

précisément, on a affaire en l'espèce à un projet extrêmement important,

puisque l'ouvrage litigieux est de grandes dimensions, très coûteux et surtout

voué à des buts d'utilité publique. Un éventuel ordre de démolition ultérieure

serait ainsi extrêmement problématique, notamment sous l'angle de la

proportionnalité (ATF 116 Ia 179 consid. 2b). D'un autre côté, dans la mesure

où de toute manière la commune d'Aigle devra recourir à des solutions

transitoires et provisoires pour faire face au problème d'accroissement des

effectifs, l'objectif de la rentrée scolaire 2001 étant d'ores et déjà dépassé

elle ne peut pas non plus faire valoir un intérêt prépondérant à un début

immédiat des travaux.

Dans ces conditions,

il faut s'en tenir au principe admis par la jurisprudence et selon lequel

l'octroi de l'effet suspensif constitue la règle dont on ne peut s'écarter que

pour des motifs particulièrement qualifiés (RDAF 1994 321, déjà cité), motifs

qui n'existent pas in casu.

4.

Le recours doit dans

ces conditions être admis, la décision attaquée annulée et le dossier retourné

au juge instructeur pour qu'il confirme l'effet suspensif provisoire, dans le

sens des considérants qui précèdent. Le présent arrêt doit être rendu sans

frais, le recourant n'ayant pas droit à des dépens dès lors qu'il n'a pas

procédé avec l'aide d'un conseil.

Dispositif

Par ces motifs

la section des recours du Tribunal administratif

arrête:

I. Le recours

incident est admis.

II. La décision du

14 août 2001 du juge instructeur dans la cause AC001/0026 est annulée, le

dossier étant retourné au juge instructeur pour nouvelle décision dans le sens

des considérants.

III. Il n'est pas

perçu d'émolument judiciaire ni alloué de dépens.

mp/Lausanne, le 28 septembre 2001

Le

président:

Le présent arrêt est communiqué aux

destinataires de l'avis d'envoi ci-joint