C3 23 177
TCVS-20240819-C3-23-177-20250717-418-RVJ-2025-150-159.pdf
19 août 2024Français20 min
Source vs.ch
Considérants
150.
RVJ / ZWR 2025 Droit civil – Droit des successions – ATC (juge unique de la Chambre civile) du 19 ao˚t 2024, X. c. juge de commune de A. – C3 23 177 Certificat d’hÈritier – dÈni de justice - L’autoritÈ qui dÈlivre le certificat d’hÈritier ne procËde pas ‡ une analyse de la situation de droit matÈriel et ce certificat ne jouit d’aucune autoritÈ de la chose jugÈe quant ‡ la qualitÈ d’hÈritiers des personnes qui y sont mentionnÈes. La dÈsignation prÈcise et exhaustive des seuls hÈritiers de la succession est toutefois un ÈlÈment qui doit obligatoirement figurer dans le certificat d’hÈritier (consid. 3.2). - Lorsque les renseignements dont dispose l’autoritÈ compÈtente pour dÈlivrer un certificat d’hÈritier ne lui permettent pas d’Ètablir clairement le cercle des hÈritiers, elle ne peut Ètablir ce document. Elle ne peut toutefois rester inactive et doit ordonner une administration d’office de la succession (art. 554 al. 1 ch. 2 et 3 CC) afin de conserver la substance de l’hÈrÈditÈ et procÈder ‡ un appel aux hÈritiers au sens de l’art. 555 CC pour clarifier la situation (consid. 4). Erbenschein – Rechtsverweigerung - Die Behˆrde, die den Erbenschein ausstellt, nimmt keine Pr¸fung der materiellen Rechtslage vor und der Erbenschein besitzt keine Rechtskraft hinsichtlich der Erbenstellung der darin aufgef¸hrten Personen. Die genaue und umfassende Bezeichnung der alleinigen Erben des Nachlasses ist jedoch ein Element, das zwingend im Erbenschein enthalten sein muss (E. 3.2). - Erlauben die Informationen, die der f¸r die Ausstellung eines Erbenscheins zust‰ndigen Behˆrde vorliegen, es ihr nicht, den Kreis der Erben eindeutig zu bestimmen, kann sie dieses Dokument nicht ausstellen. Sie darf jedoch nicht unt‰tig bleiben und muss eine Erbschaftsverwaltung (Art. 554 Abs. 1 Ziff. 2 und 3 ZGB) anordnen, um die Substanz der Erbschaft zu erhalten, und einen Erbenruf nach Art. 555 ZGB durchf¸hren, um die Situation zu kl‰ren (E. 4). Faits (rÈsumÈ) A. Y. nÈ le xx xxx 1933, titulaire d’une autorisation de sÈjour (permis B), Ètait domiciliÈ sur la commune de A. lorsqu’il est dÈcÈdÈ le xx xxxx 2022. Il n’a laissÈ aucune disposition pour cause de mort. Le 5 juillet 2022, son fils X. a sollicitÈ de la juge de commune de A. la dÈlivrance d’un certificat d’hÈritier, prÈcisant avoir besoin de ce document dans le cadre d’une procÈdure de bÈnÈfice d’inventaire pendante.
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RVJ / ZWR 2025 151 La juge de commune de A. a invitÈ X. ‡ lui fournir de plus amples renseignements (deuxiËme page de l’acte de dÈcËs, fiche de filiation) afin de pouvoir obtenir les extraits de l’Ètat civil du dÈfunt. X. a transmis ‡ la juge de commune un certificat de naissance Ètablissant qu’il Ètait le fils de Y. ainsi que l’attestation de domicile de ce dernier sur la commune de A. AprËs avoir ÈtÈ contactÈ par la juge de commune de A., l’Office de l’Ètat civil de C. a prÈcisÈ qu’il n’Ètait pas possible d’Ètablir clairement l’Ètat civil de Y. puisqu’il existait une confusion sur ses donnÈes, notamment sur la question de savoir s’il Ètait mariÈ ou non. La juge de commune de A. l’a alors priÈ de lui remettre rapidement le certificat relatif ‡ l’Ètat de famille enregistrÈ (CREFE). X. a finalement retirÈ sa demande de bÈnÈfice d’inventaire et acceptÈ la succession de Y. Il a relancÈ la juge de commune de A. afin d’obtenir le certificat d’hÈritier requis depuis plus d’une annÈe, prÈcisant que l’inaction de la juge lui portait un grave prÈjudice. B. Le 7 dÈcembre 2023, X. a dÈposÈ un recours pour dÈni de justice auprËs du Tribunal cantonal. Dans sa dÈtermination, la juge de commune de A. a prÈcisÈ avoir indiquÈ ‡ X. que, dans la mesure o˘ les informations qui avaient ÈtÈ fournies ne suffisaient pas pour Ètablir clairement l’Ètat civil de Y., elle ne pouvait pas dÈlivrer le certificat d’hÈritier. ConsidÈrants (extraits)
2.
Le recourant se plaint d’un dÈni de justice de la part de la juge de commune, au motif qu’elle Ètait restÈe inactive et refusait sans droit d’Ètablir un certificat d’hÈritier en sa faveur.
2.1
En vertu de l’art. 29 al. 1 Cst. fÈd., toute personne a droit, dans une procÈdure judiciaire ou administrative, ‡ ce que sa cause soit traitÈe Èquitablement et jugÈe dans un dÈlai raisonnable. Cette disposition consacre le principe de la cÈlÈritÈ, ou, en d’autres termes,
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152.
RVJ / ZWR 2025 prohibe le retard injustifiÈ ‡ statuer. Viole la garantie ainsi accordÈe, l’autoritÈ qui ne rend pas une dÈcision qu’il lui incombe de prendre dans le dÈlai prescrit par la loi ou dans le dÈlai que la nature de l’affaire et les circonstances font apparaÓtre comme raisonnable. Le caractËre raisonnable du dÈlai s’apprÈcie selon les circonstances particuliËres de la cause, eu Ègard en particulier ‡ la complexitÈ de l’affaire, au comportement du requÈrant et ‡ celui des autoritÈs compÈtentes, ainsi qu’‡ l’enjeu du litige pour l’intÈressÈ (ATF 144 I 318 consid. 7.1; 135 I
265.
consid. 4.4). A cet Ègard, il appartient au justiciable d’entreprendre ce qui est en son pouvoir pour que l’autoritÈ fasse diligence, que ce soit en l’invitant ‡ accÈlÈrer la procÈdure ou en recourant, le cas ÈchÈant, pour retard injustifiÈ. Si on ne saurait lui reprocher quelques ´ temps morts ª, l’autoritÈ ne peut invoquer une organisation dÈficiente ou une surcharge structurelle pour justifier la lenteur de la procÈdure. Il appartient en effet ‡ l’Etat d’organiser ses juridictions de maniËre ‡ garantir aux citoyens une administration de la justice conforme aux rËgles (ATF 130 I 312 consid. 5.1 et 5.2 et les rÈf.; arrÍt 5A_670/2016 du 13 fÈvrier 2017 consid. 3.1).
2.2
Il y a notamment un retard injustifiÈ lorsque l’autoritÈ reste inactive pendant plusieurs mois, alors que la procÈdure aurait pu Ítre menÈe ‡ son terme dans un dÈlai beaucoup plus court. Des pÈriodes d’activitÈs intenses peuvent cependant compenser le fait que le dossier a ÈtÈ laissÈ momentanÈment de cÙtÈ en raison d’autres affaires et on ne saurait reprocher ‡ l’autoritÈ quelques temps morts, qui sont inÈvitables dans une procÈdure, lorsqu’aucun d’eux n’est d’une durÈe vraiment choquante. C’est l’apprÈciation d’ensemble qui prÈvaut (ATF 130 IV 54 consid. 3.3.3). La jurisprudence a ainsi considÈrÈ qu’une inactivitÈ de treize ou de quatorze mois au stade de l’instruction ou encore un dÈlai de dix ou onze mois pour que le dossier soit transmis ‡ l’autoritÈ de recours, apparaissaient comme des carences choquantes (ATF 130 IV
54.
consid. 3.3.3).
3.
Dans le cas d’espËce, la juge de commune soutient qu’elle n’Ètait pas en mesure d’Ètablir le certificat d’hÈritier demandÈ sans l’extrait d’Ètat civil du dÈfunt. Selon elle, il ne lui appartenait pas de faire la lumiËre sur l’Ètat civil du dÈfunt et il revenait au recourant de fournir les renseignements demandÈs par l’officier de l’Ètat civil. Ces informations, ‡ savoir l’Ètat civil du dÈfunt (cÈlibataire, mariÈ ou divorcÈ), avaient des incidences sur la dÈtermination du cercle des hÈritiers, ce d’autant plus -- 3 of 10 -RVJ / ZWR 2025 153 qu’il n’existait pas de dispositions pour cause de mort, de sorte qu’elle ne pouvait pas Ètablir un certificat d’hÈritier.
3.1
L’Ètablissement et la dÈlivrance d’un certificat d’hÈritier relËvent de la juridiction gracieuse (arrÍts 5A_252/2016 du 7 juin 2016 consid. 1;5A_533/2015 du 7 dÈcembre 2015 consid. 1;5A_800/2013 du
18.
fÈvrier 2014 consid. 1.2). DËs lors que le droit fÈdÈral ne dÈsigne pas l’autoritÈ (judiciaire) compÈtente en ce domaine, le CPC ne trouve pas directement ‡ s’appliquer (art. 1 let. b CPC; ATF 139 III 225 consid. 2). Dans le canton du Valais, le certificat d’hÈritier est dÈlivrÈ par le juge de la commune (art. 90 al. 1 let. f LACC) du dernier domicile du dÈfunt (art. 19 et 28 al. 2 CPC; EMMEL, in: Abt/Weibel [Èdit.], Erbrecht, Praxiskommentar, 3e Èd., 2015, n. 9 ad Vorbem. zu art. 551ss CC).
3.2
Le certificat d’hÈritier est un document qui atteste de la qualitÈ d’hÈritier de la succession d’un dÈfunt, des personnes qui y sont mentionnÈes (EMMEL, op. cit., n. 1 ad art. 559 CC; SOMMER, Die Erbbescheinigung nach schweizerischem Recht, p. 59). Cette attestation est devenue une piËce trËs importante du mÈcanisme de dÈvolution et elle est presque toujours indispensable ‡ l’hÈritier pour disposer effectivement des biens qu’il a acquis ‡ titre universel (MEIER/REYMOND-ENIAEVA, in: Commentaire romand Code civil II, 2016, n. 2 ad art. 559 CC). L’autoritÈ ne procËde pas ‡ une analyse de la situation de droit matÈriel et le certificat d’hÈritier ne jouit d’aucune autoritÈ de la chose jugÈe quant ‡ la qualitÈ d’hÈritiers des personnes qui y sont mentionnÈes (ATF 128 III 318 consid. 2; 118 II 108 consid. 2b; arrÍts 5A_841/2013 du 18 fÈvrier 2014 consid. 5.2.2;5A_764/2010 du 10 mars 2011 consid. 3.3.1;5A_495/2010 du 10 janvier 2011 consid. 2.3.2), en sorte que le certificat d’hÈritier n’est qu’une piËce de lÈgitimation provisoire qui permet ‡ son titulaire de disposer des biens composant la succession (arrÍts 5A_841/2013 du 18 fÈvrier 2014 consid. 5.2.2;5A_800/2013 du 18 fÈvrier 2014 consid. 4.2.2; EMMEL, op. cit., n. 2 ad art. 559 CC; MUNTWYLER/PFƒFFLI, Der Erbenschein in der Praxis, in Aktuelle Fragen aus dem Erbrecht, p. 110; JENNY, Besitzes‰nderung durch Ausstellung der Erbbescheinigung?, in Kaleidoskop des Familien- und Erbrechts, p. 196). La dÈsignation prÈcise et exhaustive des seuls hÈritiers de la succession, y compris le conjoint survivant bÈnÈficiaire d’un legs d’usufruit selon l’art. 473 CC, est un ÈlÈment qui doit obligatoirement figurer dans le certificat d’hÈritier (ATF 118 II 108 -- 4 of 10 --
154.
RVJ / ZWR 2025 consid. 2b; MUNTWYLER/PFƒFFLI, op. cit., p. 119; BOSON, Le certificat d’hÈritier, in RVJ 2003, p. 213; arrÍt 5A_533/2015 prÈcitÈ consid. 4.1).
3.3
AprËs l’expiration du dÈlai d’un mois qui suit la communication des dispositions testamentaires aux intÈressÈs, les hÈritiers instituÈs, dont les droits n’ont pas ÈtÈ expressÈment contestÈs, peuvent requÈrir de l’autoritÈ la dÈlivrance d’un certificat d’hÈritier (art. 559 al. 1 CC). En l’absence de dispositions de derniËres volontÈs, les hÈritiers lÈgaux peuvent Ègalement demander la dÈlivrance d’un tel document (arrÍt 5A_800/2013 du 18 fÈvrier 2014 consid. 4.2). Dans ce cas, il revient au requÈrant d’Ètablir la mort ou l’absence du de cujus, sa propre qualitÈ d’hÈritier lÈgal (‡ savoir, son rapport de parentÈ, voire d’alliance et le fait qu’il n’a pas rÈpudiÈ ou renoncÈ ‡ la succession) et l’absence de dispositions testamentaires l’Ècartant de la succession (BOSON, op. cit., p. 211).
3.4
En l’occurrence, la succession du dÈfunt s’est ouverte par sa mort le xx xxxx 2022 (art. 537 al. 1 CC). Il est Ètabli que le recourant est l’hÈritier lÈgal du de cujus et qu’il n’existe aucune disposition pour cause de mort en Suisse. Le recourant soutient premiËrement qu’il tente d’obtenir un certificat d’hÈritier afin de pouvoir gÈrer les affaires courantes de la succession et sauvegarder ses droits successoraux. Il en avait en outre besoin dans le cadre d’une requÍte en bÈnÈfice d’inventaire, qu’il a finalement abandonnÈe dans la mesure o˘ il a acceptÈ la succession de feu son pËre.
3.4.1
En vertu du principe de la saisine, l’intÈressÈ, en tant qu’hÈritier lÈgal, a acquis la succession dËs l’ouverture de celle-ci, le xx xxxx 2022 ‡ la mort du de cujus (art. 537 al. 1 CC). Cette acquisition universelle s’est faite de par la loi, sans qu’il y ait besoin d’un acte particulier de sa part ou de celle de l’autoritÈ (principe de la saisine; art. 560 al. 1 CC; MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit. n. 14 ad art. 556 CC). Par la mÍme occasion, il a Ègalement obtenu la possession provisoire des biens (art. 556 al. 3 CC). Dans la mesure o˘ la juge de commune n’a pas ordonnÈ de mesure particuliËre, ‡ l’instar d’une administration d’office malgrÈ le fait que tous les hÈritiers du dÈfunt n’Ètaient pas connus (art. 554 al. 1 ch. 3 CC), la gestion provisoire de la succession Ètait assurÈe par le recourant qui pouvait, le cas ÈchÈant, prendre les mesures nÈcessaires pour gÈrer les affaires courantes (arrÍt -- 5 of 10 -RVJ / ZWR 2025 155 5A_841/2013 du 18 fÈvrier 2014 consid. 5.1; MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 12 ad art. 556 CC). Cette administration d’office ordonnÈe ‡ titre de mesure de s˚retÈ (art. 556 al. 3 CC) n’est par ailleurs levÈe que lorsque le certificat d’hÈritier est dÈlivrÈ et l’administration des biens de la succession remise aux hÈritiers qui y sont mentionnÈs (art. 559 al. 2 CC; arrÍt 5A_841/2013 prÈcitÈ consid. 5.2.2).
3.4.2
NÈanmoins, les hÈritiers lÈgaux doivent parfois eux aussi se lÈgitimer (par ex. auprËs du registre foncier [art. 65 al. 1 let. a ORF], du registre du commerce, des banques, de crÈanciers ou dÈbiteurs, etc.) et disposent dËs lors du droit de demander une attestation de leur qualitÈ d’hÈritier (arrÍts 5D_305/2020 du 4 mai 2021 consid. 3.2;5A_757/2016 du 31 ao˚t 2017 consid. 3.3.2;5A_800/2013 prÈcitÈ consid. 4.2; MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 4 ad art. 559 CC; LEU/GABRIELI, in: Basler Kommentar ZGB II, 7e Èd., 2023, n. 3 et 6 ad art. 559 CC). Le recourant dispose ainsi d’un intÈrÍt digne de protection ‡ introduire la prÈsente procÈdure (art. 59 al. 2 let. a CPC).
4.
Afin d’Ètablir le certificat d’hÈritier demandÈ, la juge de commune s’est adressÈe ‡ l’officier d’Ètat civil dans le but d’obtenir tous les renseignements sur le dÈfunt. Dans un courriel du 8 novembre 2022, l’officier public a relevÈ qu’il existait une confusion quant aux donnÈes personnelles du dÈfunt. Son acte de naissance du xx xxxx 2022 indiquait en effet qu’il Ètait mariÈ ‡ Z. depuis le xx xxxx 1958, tandis que le systËme d’information central sur la migration (SYMIC; regroupant les donnÈes des ressortissants Ètrangers qui vivent ou sÈjournent en Suisse) mentionnait qu’il Ètait divorcÈ malgrÈ l’absence de piËce (jugement) l’attestant. En outre, l’attestation de domicile Ètablie par la Commune de A. prÈcisait que le dÈfunt Ètait cÈlibataire, ce document n’ayant cependant aucune force probante en matiËre d’Ètat civil. Enfin, l’acte de dÈcËs indiquait ´ inconnu ª sous Ètat civil, de sorte qu’il existait une rÈelle confusion sur les donnÈes du dÈfunt. Devant cette situation incertaine ne permettant pas de dÈfinir clairement le cercle des hÈritiers, la juge de commune a considÈrÈ qu’il lui Ètait impossible d’Ètablir le certificat d’hÈritier requis.
4.1
La connaissance prÈcise et complËte de tous les hÈritiers est une condition ‡ la dÈlivrance d’un certificat d’hÈritier (MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 11 ad art. 559 CC; LEU/GABRIELI, op. cit., n. 19 ad art. 559 CC; STEINAUER, Le droit des successions, 2006, no 902a). En particulier, la dÈsignation d’un conjoint survivant, qui peut le cas -- 6 of 10 --
156.
RVJ / ZWR 2025 ÈchÈant Ítre bÈnÈficiaire d’un legs d’usufruit selon l’art. 473 CC, est un ÈlÈment qui doit obligatoirement figurer dans le certificat d’hÈritier (arrÍts 5D_305/2020 prÈcitÈ consid. 3.2;5A_533/2015 prÈcitÈ consid. 4.1 avec les rÈf.). L’un des buts d’un certificat d’hÈritier est ainsi d’identifier tous les hÈritiers (LEU/GABRIELI, op. cit., n. 2 ad art. 559 CC; BOSON, op. cit., p. 204), notamment afin d’Èviter que la remise de la succession ne fasse courir le risque que des tiers soient lÈsÈs ultÈrieurement malgrÈ l’aboutissement de leur actions successorales (ATF 128 III 318 consid. 2.2.1; arrÍts 5D_305/2020 prÈcitÈ consid. 3.4;5A_841/2013 prÈcitÈ consid. 5.2.1).
4.2
L’autoritÈ compÈtente est tenue de prendre d’office les mesures nÈcessaires pour assurer la dÈvolution de l’hÈrÈditÈ (art. 551 al. 1 CC). Ces mesures de s˚retÈ, qui sont prÈvues aux art. 551 ‡ 559 CC, ont un caractËre impÈratif, de sorte que l’autoritÈ compÈtente doit les ordonner si les conditions lÈgales sont remplies (MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 3 ad art. 551 CC). Elles relËvent de la juridiction gracieuse (arrÍt 5A_1071/2021 du 19 mai 2022 consid. 4 et la rÈf.), l’autoritÈ compÈtente en Valais Ètant le juge de commune (art. 90 al. 1 let. c, d et f LACC), y compris pour l’appel aux hÈritiers au sens de l’art. 555 CC (MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 22 ad art. 551 CC).
4.2.1
Si la vocation successorale est incertaine, l’autoritÈ ordonne l’administration d’office en vertu de l’art. 554 al. 1 CC ou de l’art. 556 al. 3 CC (arrÍt 5A_841/2013 prÈcitÈ consid. 6.1). Cette mesure visant ‡ confier la gestion conservatoire de la succession ‡ une personne dÈsignÈe par l’autoritÈ compÈtente a pour but de conserver l’Ètat et la valeur des biens successoraux (arrÍt 5A_717/2009 du 2 fÈvrier 2010 consid. 4.1; MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 1 et 2 ad art. 554 CC). Elle permet en particulier d’accomplir sans retard les actes urgents et de prÈserver les intÈrÍts Èconomiques et juridiques des ayants droits (LEU/GABRIELI, op. cit., n. 2 ad art. 554 CC). En tant que mesure de s˚retÈ destinÈe ‡ conserver la substance de l’hÈrÈditÈ, l’administration officielle doit Ítre ordonnÈe d’office et sans dÈlai (HUBERT-FROIDEVAUX, in Commentaire du droit des successions, 2012, n. 3 ad art. 554 CC; BOSON, Les mesures de s˚retÈ en droit successoral, in RVJ 2010, p. 115), sans qu’une requÍte en ce sens ne soit nÈcessaire (LEU/GABRIELI, op. cit., n. 19 ad art. 554 CC). Aux termes de l’art. 554 al. 1 CC, l’autoritÈ ordonne l’administration d’office de la succession: en cas d’absence prolongÈe d’un hÈritier qui -- 7 of 10 -RVJ / ZWR 2025 157 n’a pas laissÈ de fondÈ de pouvoirs, si cette mesure est commandÈe par l’intÈrÍt de l’absent (ch. 1); lorsqu’aucun de ceux qui prÈtendent ‡ la succession ne peut apporter une preuve suffisante de ses droits ou s’il est incertain qu’il y ait un hÈritier (ch. 2); lorsque tous les hÈritiers du dÈfunt ne sont pas connus (ch. 3); dans les autres cas prÈvus par la loi (ch. 4).
4.2.2
Lorsque l’autoritÈ ignore si le dÈfunt a laissÈ des hÈritiers ou lorsqu’elle n’a pas la certitude de les connaÓtre tous (art. 554 ch. 2 et 3 CC), elle doit clarifier la situation en invitant les ayants droit, par sommation d˚ment publiÈe, ‡ faire leur dÈclaration d’hÈritier dans l’annÈe (art. 555 al. 1 CC; STEINAUER, op. cit., no 880a). L’appel doit Ítre public, gÈnÈralement deux ou trois fois, de maniËre appropriÈe au vu de l’incertitude ‡ lever, par exemple dans un journal de la rÈgion o˘ vit la famille de l’hÈritier en Suisse (cf. art. 194 al. 2 let. b LACC) ou dans un journal du pays o˘ pourrait se trouver un hÈritier (STEINAUER, op. cit. no 880b; MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 7 ad art. 555 CC). Il s’agit ainsi d’une mesure complÈmentaire ‡ l’administration d’office qui n’intervient que lorsque l’autoritÈ compÈtente ne connaÓt pas tous les hÈritiers entrant en ligne de compte (STEINAUER, op. cit., no 880a). Si personne ne s’est annoncÈ dans le dÈlai d’un an et si l’autoritÈ n’a pas appris autrement l’existence d’hÈritiers, ceux-ci sont prÈsumÈs inexistants, sous rÈserve d’Èventuelles actions successorales (ATF 56 II 254; MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 10 ad art. 555 CC). Par ailleurs, l’appel aux hÈritiers a pour effet de suspendre le dÈlai d’un mois de l’art. 559 al. 1 CC, de sorte que le certificat d’hÈritier ne peut pas Ítre dÈlivrÈ avant l’expiration du dÈlai d’une annÈe de l’art. 555 CC (LEU/GABRIELI, op. cit., n. 10 ad art. 555 CC; MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 11 ad art. 555 CC).
4.3
En l’occurrence, un doute demeure quant ‡ l’existence ou non d’un conjoint survivant du dÈfunt, de sorte que tous les hÈritiers ne sont pas connus. Par consÈquent, c’est ‡ raison que la juge de commune a refusÈ de dÈlivrer un certificat d’hÈritier, dËs lors que cela risquerait de lÈser les intÈrÍts d’Èventuel autres hÈritiers lÈgaux inconnus, ‡ l’instar du conjoint survivant du dÈfunt qui pourrait prÈtendre ‡ une part de la succession (art. 462 CC). Selon l’officier de l’Ètat civil, il n’Ètait en effet pas clair de savoir si le dÈfunt Ètait mariÈ ou non lors de son dÈcËs. Sur ce point, la juge intimÈe a renvoyÈ l’office de l’Ètat civil ‡ s’informer -- 8 of 10 --
158.
RVJ / ZWR 2025 directement auprËs du recourant, lequel Ètait tenu, en vertu de son obligation de renseignement (art. 607 al. 3 et 610 al. 2 CC), de fournir toutes les informations susceptibles d’influencer le partage, et ce y compris aux autoritÈs (arrÍt 5A_30/2020 du 6 mai 2020 consid. 3.2; SPAHR, in: Commentaire romand Code civil II, 2016, n. 22 et 28 ad art. 610 CC). Or, le recourant n’a pas ÈtÈ en mesure d’Èclaircir l’Ètat civil de feu son pËre au moment de son dÈcËs, de sorte que ces informations Ètaient toujours inconnues en octobre 2023. Dans son Ècriture spontanÈe du 28 dÈcembre 2023, l’intÈressÈ a confirmÈ une nouvelle fois qu’il ne disposait d’aucun autre document quant ‡ l’Ètat civil du dÈfunt. S’il n’a pas indiquÈ que son pËre Ètait mariÈ lors de son dÈcËs, il n’a pas non plus laissÈ entendre qu’il Ètait divorcÈ ou veuf. Les renseignements dont disposait la juge de commune ne permettaient par consÈquent pas d’Ètablir clairement le cercle des hÈritiers. Au vu des informations transmises par l’office de l’Ètat civil, il y avait des raisons de penser qu’un hÈritier lÈgal (conjoint survivant) pouvait exister, ce qui aurait d˚ conduire la juge intimÈe ‡ ordonner une administration d’office de la succession (art. 554 al. 1 ch. 2 et 3 CC), complÈtÈe d’un appel aux hÈritiers au sens de l’art. 555 CC. De telles mesure de protection doivent en effet Ítre ordonnÈes d’office par l’autoritÈ compÈtente qui ne saurait y dÈroger lorsque les conditions d’application sont, comme en l’espËce, rÈunies. La juge de commune ne pouvait ainsi pas se contenter de relever que les donnÈes de l’Ètat civil Ètaient lacunaires et renvoyer le recourant auprËs de cet office, mais aurait d˚ elle-mÍme prendre sans dÈlai les mesures propres ‡ dÈfinir le cercle des hÈritiers et conserver l’Ètat et la valeur de la succession. Le caractËre impÈratif de ces mesures signifie en effet que la juge intimÈe doit les ordonner si les conditions lÈgales sont remplies, mÍme en l’absence de risque particulier, le but Ètant de ´ sauvegarder tous les intÈrÍts qui sont en jeu ª (MEIER/REYMOND-ENIAEVA, op. cit., n. 1 et 3 ad art. 551 CC; Message CC, FF 1904 IV 56), y compris ceux des Èventuels autres hÈritiers lÈgaux.
4.4
Au vu des ÈlÈments qui prÈcËdent, l’autoritÈ intimÈe ayant refusÈ sans droit de statuer, le recours pour dÈni de justice doit Ítre admis. L’admission du recours conduit au constat du retard et en principe, ‡ des instructions au tribunal (art. 327 al. 4 CPC), mais non eo ipso ‡ l’admission de la demande au fond (BASTONS BULLETI, in: Petit commentaire CPC, 2021, n. 19 ad art. 319 CPC; arrÍts 2C_152/2014 -- 9 of 10 -RVJ / ZWR 2025 159 du 5 septembre 2014 consid. 2.1;5A_208/2014 du 30 juillet 2014 consid. 4.3). Par consÈquent, la juge de commune de A. est invitÈe ‡ rÈexaminer si un certificat d’hÈritier peut Ítre dÈlivrÈ, respectivement ‡ ordonner une administration d’office de la succession (art. 554 CC), si l’existence du conjoint survivant et/ou d’un autre hÈritier lÈgal est toujours incertaine. Cette mesure devra Ítre complÈtÈe par un appel au hÈritiers au sens de l’art. 555 CC.
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