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00.1131 · Question ordinaire · 2000-12-12

Département des affaires étrangères

Liquidé

Wortlaut

L'ambassadeur de Suisse à Berlin, M. Thomas Borer, selon la "SonntagsZeitung" du 10 décembre 2000, a découragé l'installation à Berlin d'une sculpture de l'artiste suisse Hutter. Il apparaît que l'ambassadeur a considéré que la sculpture était en relation avec la Shoah et que, pour cette raison, l'exposition de cette oeuvre à Berlin aurait pu susciter des retombées préjudiciables à la Suisse. M. Hutter conteste que l'oeuvre dont il s'agit soit une évocation de la shoah. On peut sérieusement s'interroger sur le raisonnement, si je puis dire, et sur les motivations de M. Borer, ambassadeur.

Le Conseil fédéral est-il sûr que l'ambassadeur de Suisse à Berlin possède les qualités d'entendement, de sensibilité et de culture nécessaires à l'exercice de sa fonction ?

Stellungnahme des Bundesrates

L'ambassade à Berlin a été invitée à donner son avis sur le projet d'installation, dans la capitale allemande, d'une sculpture de Schang Hutter de 1975 intitulée "Gruppenfigur mit Ketten gebunden", une oeuvre en bois et acier de cinq mètres de haut. Si elle a été consultée sur cette question par une fondation berlinoise des beaux-arts, c'est parce que le site prévu se trouve à proximité immédiate de l'ambassade, en plein centre du quartier gouvernemental. L'ambassade a recommandé à cette fondation - en accord avec la Commission fédérale des beaux-arts - de renoncer à l'érection de la sculpture. Quant au pouvoir de décision, il appartient exclusivement, en l'occurrence, aux autorités berlinoises compétentes.

Comme l'ambassade ne porte pas elle-même d'appréciation artistique sur des oeuvres d'art, elle a consulté la Commission fédérale des beaux-arts. Cette dernière recommande de renoncer à ériger cette sculpture de cinq mètres de haut représentant des personnes enchaînées, en particulier pour les raisons suivantes :

- À son avis, l'artiste a travaillé dans un autre contexte lorsqu'il a créé cette oeuvre à Venise, en 1975. Si elle était placée à Berlin 25 ans plus tard, elle serait porteuse d'un nouveau message du seul fait de son emplacement. Le sens et le message de la sculpture pourraient ainsi être changés à volonté selon l'endroit choisi et ne seraient pas inhérents à l'oeuvre, ce qui ne plaiderait pas en faveur du travail de l'artiste.

- La commission considère également que l'oeuvre ne correspond pas au langage de la sculpture moderne et ne peut pas s'intégrer à l'ensemble architectonique et artistique créé par les nouveaux bâtiments qui se dressent au bord de la Spree.

Invoquant des raisons politiques, l'ambassade fait, quant à elle, valoir qu'en plein centre du quartier gouvernemental à Berlin, une sculpture représentant un groupe de personnes enchaînées serait inévitablement associée à l'Holocauste, et ce tout à fait indépendamment de l'identité de l'artiste ou de l'appréciation artistique de son oeuvre. En outre, l'Holocauste a été un thème récurrent des travaux de l'artiste depuis 1954. Le débat sur le mémorial de l'Holocauste qui a agité l'Allemagne pendant des années a montré combien il est difficile de trouver un consensus sur la forme que devrait prendre cet effort de mémoire, en particulier à Berlin. Dans un tel contexte, l'installation de la sculpture de Schang Hutter dans un espace public de la capitale allemande remettrait en question à la fois le sérieux de ce débat et ses conclusions. Il n'appartient pas à un artiste suisse, et encore moins à la Suisse officielle, d'intervenir dans le débat que suscite en Allemagne la remémoration de l'Holocauste.

Le Conseil fédéral est d'avis que l'ambassade a formulé sa recommandation de renoncer à l'érection de la sculpture après avoir procédé à un examen pertinent de la question.

Réponse du Conseil fédéral.

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