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01.3061 · Interpellation · 2001-03-12

Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication

Liquidé

Wortlaut

À l'heure actuelle, la situation de SAir Group est encore confuse. Une chose est cependant certaine : tant le conseil d'administration que la direction de SAir Group, tous deux constitués de managers très cotés du secteur privé, ont complètement échoué, avec les risques que cela implique pour la place économique suisse et la situation de l'emploi dans notre pays. Il est urgent que le Conseil fédéral pose des jalons pour préserver les intérêts économiques de la Suisse.

C'est pourquoi je demande au Conseil fédéral de répondre aux questions suivantes :

1. Ce qui est frappant, c'est la composition monolithique du conseil d'administration. Les liens entre les milieux radicaux zurichois, le Credit Suisse Group et d'anciens consultants de McKinsey sont évidents. Le Conseil fédéral y voit-il des raisons qui expliqueraient pourquoi les responsables ont agi trop tard, voire manqué de prendre les mesures appropriées ? Quelles leçons doit-on en tirer pour la future composition du conseil d'administration ?

2. Dans le cas de SAir Group, les mécanismes de contrôle internes n'ont pas fonctionné, et l'entreprise n'a pas rempli suffisamment son devoir de transparence. Il n'est pas exclu que l'organe de révision, lui aussi, ait failli à ses obligations. Le Conseil fédéral considère-t-il la législation actuelle relative au contrôle et à la surveillance des holdings à ramifications internationales et des sociétés qu'elles regroupent comme suffisante ? Qu'en est-il de la surveillance boursière ?

3. Le Conseil fédéral entend-il, dans le but de préserver les intérêts des petits actionnaires publics et privés, s'engager en faveur de la création d'une communauté de défense des intérêts et assumer un rôle directeur à cet égard ?

4. La complexité des problèmes de gestion d'entreprise et d'économie politique qui caractérisent les compagnies aériennes est telle que les dirigeants du secteur privé sont dépassés. Les intérêts nationaux et ceux de l'économie dans son ensemble devraient être mieux défendus au sein du conseil d'administration de SAir Group. Le Conseil fédéral est-il prêt à assumer cette responsabilité en exigeant un siège au conseil d'administration ?

5. Le risque économique cumulé dû à la gestion privée d'une entreprise d'intérêt public d'une importance capitale augmente dans le cas présent de par le lien étroit qui unit SAir Group à l'aéroport privatisé de Zurich. Le lien existant entre l'exploitant et le propriétaire de cet aéroport aurait, aussi bien dans le cas d'une vente partielle que d'une vente totale de SAir Group, des conséquences fatales pour la plate-forme de Zurich et la place économique suisse. Comment le Conseil fédéral évalue-t-il ce risque ?

6. Considère-t-il qu'il est nécessaire de prendre d'autres mesures concernant SAir Group et l'aéroport de Zurich ?

7. Quelles leçons tire-t-il de l'affaire de SAir Group pour les participations étrangères d'autres entreprises partiellement privatisées telles que les CFF, la Poste et Swisscom ?

Stellungnahme des Bundesrates

Il importe que toute la lumière soit faite sur la débâcle de SAir Group. En effet, une compagnie aérienne nationale, saine et concurrentielle, est d'utilité publique en raison de l'importance qu'elle revêt du point de vue de la politique économique et de celle des transports. Quant à la Confédération, qui détient 3 % du capital-actions, elle veillera avant tout à sauvegarder ses intérêts. Dans un premier temps, le Conseil fédéral s'est concentré sur l'assemblée générale de SAir Group (aujourd'hui Swissair Group) du 25 avril 2001.

1. Assemblée générale du 25 avril 2001 et suivi

Le 18 avril 2001, nous avons décidé que nous refuserions de donner décharge au conseil d'administration de SAir Group lors de l'assemblée générale. De plus, trois administrateurs - MM. Hentsch, Leuenberger et Mühlemann - ne devraient conserver leur mandat que jusqu'à l'assemblée générale extraordinaire qui se tiendra en automne. Par ailleurs, nous avons soumis un catalogue de questions au conseil d'administration pour qu'il se détermine sur la surveillance et la stratégie de l'entreprise ainsi que sur divers aspects opérationnels. Nous lui avons demandé des informations concrètes, notamment sur les risques financiers et les éventuelles indemnités de départ, et de répondre à de nombreuses questions concernant la présentation des comptes (réglementations des départs, réserves, liquidités, engagements contractés, délimitations, fonds de prévoyance en faveur du personnel). SAir Group s'est déterminé par écrit sur ces questions ; toutefois, les réponses données n'ont que partiellement donné satisfaction.

Lors de l'assemblée générale, les représentants de la Confédération ont demandé le recours à un contrôleur spécial. La proposition a été adoptée avec celle de même teneur du canton de Zurich. Sur la base de la décision de l'assemblée, le Département fédéral des finances (DFF) et le canton de Zurich ont déposé, le 23 mai 2001, auprès du juge unique du tribunal de district de Zurich une demande visant à faire effectuer un contrôle spécial. Cette demande ayant été acceptée, le mandat a été confié à l'entreprise Ernst & Young SA.

Il faut donc attendre que ce contrôle soit achevé avant de décider s'il y a lieu ou non d'intenter une action en responsabilité contre les organes de la société. Le DFF évaluera soigneusement à la lumière des résultats du contrôle les chances et les risques d'une telle action sous les aspects juridiques, économiques et politiques et fera une proposition au Conseil fédéral. À l'heure actuelle, il est établi que le fait de prendre des risques dans la gestion d'une entreprise ne saurait, à lui seul, constituer un motif suffisant pour intenter une telle action ; il faudrait plutôt reprocher aux organes de la société d'avoir violé leur propre obligation de diligence.

2. Confédération et conseil d'administration

C'est sur une ancienne disposition de la loi sur l'aviation - en l'occurrence l'article 103 abrogé en juin 1998 - que les Chambres fédérales avaient décidé, par arrêté fédéral du 11 juin 1958, d'augmenter la participation de la Confédération au capital-actions de Swissair. Elles avaient également autorisé le Conseil fédéral à acquérir des actions supplémentaires et à participer aux augmentations ultérieures de capital.

Suite à la restructuration de Swissair et à la création d'une holding, le Conseil fédéral a décidé, le 9 avril 1997, de concentrer la participation de la Confédération sur SAir Group. Une telle participation se fonde sur le nouvel article 102 de la loi sur l'aviation révisée qui habilite la Confédération à prendre une participation dans les entreprises exploitant des aérodromes et dans les entreprises de transport aérien lorsque l'intérêt général le justifie.

À l'heure actuelle, le capital-actions de Swissair Group s'élève à 877,4 millions de francs. La Confédération (y compris la Caisse fédérale de pensions) y participe à hauteur de 27,4 millions de francs (3,1 %). Le canton de Zurich, avec une participation de 3 %, et la Confédération sont les deux plus gros actionnaires individuels. Le 6 août 2001, l'ensemble des actions détenues par la Confédération représentait quelque 34 millions de francs, sa valeur nominale figurant au bilan sous la rubrique patrimoine administratif.

La Confédération a été représentée au conseil d'administration de SAir Group jusqu'au printemps 1999, en règle générale par le secrétaire général du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication et un membre de la direction générale des CFF ou des PTT. Le retrait des représentants de la Confédération est la conséquence directe de l'abrogation de l'article 103 de la loi sur l'aviation. Le Conseil fédéral n'a aucune raison de revenir sur sa décision, prise à la lumière de la révision de la loi sur l'aviation dissociant la Confédération de Swissair, et de revendiquer une nouvelle représentation au sein du conseil d'administration de SAir Group. Nous ne sommes pas persuadés que la Confédération aurait été en mesure d'exercer davantage d'influence sur les résultats de Swissair par le biais de représentants au conseil d'administration.

3. Assainissement et avenir de Swissair Group et répercussions sur la place économique suisse

Tant Swissair Group que l'aéroport de Zurich revêtent une importance économique essentielle pour la Suisse. Le Conseil fédéral partage les soucis de maintenir les emplois dans Swissair Group. En sa qualité d'actionnaire, il soutiendra toute solution qui visera à obtenir le maximum de valeur ajoutée en Suisse. Il estime cependant qu'il n'appartient pas à la Confédération d'assainir ni de subventionner Swissair Group avec l'argent des contribuables.

La Confédération a toujours pour tâche de créer les conditions générales favorables pour toutes les entreprises de transport aérien, dont Swissair (droits de trafic, accord bilatéral avec l'UE, extension des aéroports, etc.). Du point de vue de la politique économique et de celle des transports, elle est intéressée à ce que le Swissair Group soit une entreprise saine, étant donné qu'elle représente un facteur essentiel pour le pôle économique suisse et qu'elle génère, directement ou indirectement, un nombre élevé d'emplois.

Une appréciation adéquate ne sera toutefois possible qu'en automne lorsque la nouvelle stratégie du groupe Swissair apparaîtra plus clairement.

4. Surveillance des holdings

Selon la législation aéronautique, les entreprises de transport aérien doivent annoncer à l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) tout projet de fusion ou de rachat ainsi que toute modification importante dans la détention de participations. Le Conseil fédéral ne voit pas la nécessité de prendre des mesures qui iraient au-delà de cette obligation d'annoncer.

S'agissant du contrôle boursier, il convient de préciser que Swissair Group, en tant que société cotée au SWX Swiss Exchange, est soumis au règlement de cotation de cet organisme. Par rapport au droit des obligations, ce règlement comporte des dispositions plus sévères, conformes aux normes internationales. Swissair Group est donc tenu de satisfaire aux exigences du règlement relatives à la présentation des comptes, aux obligations de publier et aux règles de publicité ad hoc. La surveillance et l'imposition des dispositions sur la transparence incombent au SWX Swiss Exchange.

5. Y a-t-il un rapport avec des entreprises publiques ?

Il n'y a aucun parallèle ni de rapports entre Swissair Group et les entreprises totalement ou partiellement aux mains de la Confédération, que ce soient les CFF, la Poste ou Swisscom. Elles sont gérées selon les objectifs stratégiques définis par le Conseil fédéral qui comportent des lignes directrices au sujet d'éventuelles coopérations ou participations. Par contre Swissair (puis Swissair Group) a toujours été une société anonyme de droit privé, avec certes une participation minime de la Confédération à son capital-actions. Il incombe exclusivement à la direction du groupe de définir les objectifs de l'entreprise.

6. Dimension de politique extérieure

Il n'y a aucun rapport juridique entre les activités de Swissair Group à l'étranger et les accords conclus entre la Suisse et d'autres États. Les accords de trafic aérien négociés par l'OFAC créent les conditions-cadres en matière de droits de trafic pour l'ensemble des vols de ligne en provenance ou au départ de la Suisse ; les autres entreprises de transport aérien en bénéficient également. Rien ne laisse présumer à notre avis que des liens soient établis au plan politique. Nous observons toutefois l'évolution en permanence et, si nécessaire, assurons le contact avec les gouvernements étrangers.

Réponse du Conseil fédéral.