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02.3254 · Interpellation · 2002-06-13

Département de l'intérieur

Liquidé

Wortlaut

Le Conseil fédéral est invité à lancer une campagne d'information concernant la dépression, qui touche une grande partie de la population. En même temps, il est prié de chercher les causes du nombre alarmant d'affections dépressives.

Des études montrent que la dépression est décelée chez moins de 10 % des personnes atteintes. Manifestement, les médecins de famille ne diagnostiquent pas la dépression dans un cas sur deux, car cette maladie s'exprime souvent par des symptômes physiques, derrière lesquels ni le médecin ni le patient ne soupçonnent une cause psychique. Environ 15 % des dépressifs graves commettent un suicide. La Suisse est un des pays où le taux de suicide est le plus élevé.

L'objectif de la campagne doit être d'apporter une assistance médicale plus rapide aux personnes souffrant de dépression, de soulager les malades et leurs proches et de réduire les coûts de l'assurance-maladie et de l'assurance-invalidité.

Begründung

Une femme sur quatre et un homme sur cinq souffrent de dépression au moins une fois dans leur vie. La dépression semble actuellement se développer en Suisse comme une épidémie. La preuve en est la surcharge des cliniques psychiatriques dans toute la Suisse et le nombre croissant de mises à l'assurance-invalidité dues au caractère chronique de la maladie et à l'impossibilité d'une réintégration professionnelle. Chaque année, au moins 150 000 personnes actives touchées par la dépression sont totalement incapables de travailler. Il en résulte un immense dommage économique.

Il faut mener une vaste campagne d'information nationale, similaire par exemple à la campagne de la Confédération contre le sida ou le tabac, dans le but de réduire le taux de suicides et de tentatives de suicide. Il faut également que les patients s'adressent plus souvent et plus tôt aux médecins, avec pour corollaire des interruptions de travail moins longues. Cela permettrait aux dépressifs d'être moins déconsidérés et exclus de la société, tout en réduisant les coûts de l'assurance-maladie.

En même temps, il faut s'attaquer aux causes de cette maladie répandue.

Dans les pays voisins, le problème a été reconnu. Le "Nürnberger Bündnis gegen Depression" mène depuis janvier 2001 un essai-pilote de cinq ans. Ce projet vise à détecter plus rapidement les dépressions, à améliorer la prise en charge et surtout à éviter les suicides. Nombre de personnes n'ont même pas la force, lors d'un accès dépressif, de consulter un spécialiste. On parle à ce sujet d'une zone grise de 85 %.

Stellungnahme des Bundesrates

Prise de conscience du problème

La Confédération et les cantons ont reconnu le problème complexe de la santé psychique, en particulier celui de la dépression, et rejoignent l'interpellatrice dans son analyse :

- Le problème des maladies psychiques doit être considéré dans le contexte de la dureté croissante de la vie quotidienne et de la vie professionnelle. Selon l'Organisation mondiale de la santé, trois facteurs expliquent l'augmentation des maladies psychiques : la pression permanente exercée par les mutations de plus en plus rapides de nos sociétés, la progression de la pauvreté absolue et celle de la pauvreté relative ainsi que le vieillissement de la population.

- Les personnes ne bénéficiant pas d'un traitement adéquat sont encore trop nombreuses, et cela malgré l'augmentation des offres de traitements.

- Les structures de l'offre ne sont que partiellement connues et les mesures d'assurance-qualité qui améliorent en permanence l'offre en matière de traitement psychiatrique et psychothérapeutique ne sont pas appliquées partout.

- Des inégalités régionales et sociales conduisent à des handicaps inutiles et la stigmatisation des personnes souffrant de troubles psychiques est un problème non résolu ayant des répercussions économiques.

- Les programmes nationaux de prévention et de promotion de la santé sont encore trop peu développés dans le domaine de la santé psychique (dépression et suicide compris).

C'est pour ces raisons que la Confédération et les cantons ont demandé au projet Politique nationale suisse de la santé d'élaborer à l'intention des décideurs des solutions aux problèmes qui se posent dans le domaine de la santé psychique.

Mesures engagées

Le projet Politique nationale suisse de la santé a été mis en place dès novembre 1998 comme initiative commune de la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sanitaires et du Département fédéral de l'intérieur. Ce projet a pour but d'élaborer, en collaboration entre les cantons et la Confédération, les éléments d'une stratégie conjointe en matière de politique de la santé, et ce dans des domaines où les compétences des différents acteurs sont partagées. Les autres acteurs concernés participent également à ce processus. Dès 1998, il fut décidé de créer un Observatoire de la santé, permettant à terme de mettre à disposition des cantons et de la Confédération des données statistiques utiles pour la prise de décision. Dès le départ du projet, il fut aussi décidé de développer les échanges d'information et la communication entre les acteurs de la santé, et ce par la création future d'une plate-forme de discussion.

En mai 2000, les représentants gouvernementaux définissaient, lors d'une conférence nationale se déroulant à Fribourg, trois premiers thèmes de réflexion commune : la santé psychique, l'empowerment de la population et la planification de l'offre en médecine de pointe.

Pour la santé psychique, les travaux suivants sont actuellement menés sous la direction du tout jeune Observatoire de la santé :

- description de l'évolution de la fréquence des troubles psychiques, de leur chronicité et du recours aux soins en institution ;

- présentation de certains facteurs de risque et de protection des différentes maladies psychiques et des symptômes qui leur sont liés.

Pour une meilleure compréhension des mesures stratégiques envisageables, les études suivantes ont été lancées :

- un recensement de diverses opinions d'experts quant à la santé psychique ;

- un inventaire des stratégies et des programmes d'action menés en vue de promouvoir, protéger et rétablir la santé psychique ; la Confédération et les cantons ainsi que les organisations de spécialistes, de patients et de personnes concernées sont actuellement interrogés ;

- une comparaison des stratégies au niveau international ;

- un bilan des résultats des recherches menées en Suisse.

Parmi les variables d'analyse retenues, mentionnons l'impact de l'âge, du sexe et du milieu social sur les causes des maladies et les besoins des populations concernées.

Le réseau allemand de compétences "Depression", d'envergure nationale, ainsi que le "Nürnberger Bündnis gegen Depression", de dimension régionale, seront présentés lors des journées de travail 2002 de la Politique nationale suisse de la santé qui auront lieu les 12 et 13 septembre à Muttenz. Leur importance pour la Suisse y sera également débattue.

Ces bases doivent aider à définir quelles actions l'État doit mener pour améliorer la santé psychique et à mettre au point des stratégies plurisectorielles axées sur la santé, la famille, la formation, le travail, l'intégration et les loisirs.

Perspectives

Une campagne nationale d'information sur la dépression et ses possibles conséquences (dont le suicide) ne peut atteindre son objectif que si elle fait partie intégrante d'un paquet de mesures visant l'amélioration de la santé psychique. Celui-ci devrait inclure la surveillance, des programmes de prévention, l'accès à des structures de prise en charge adaptées, le renforcement des compétences de même que la mise en réseau des prestataires, l'encouragement de la participation des personnes concernées ou encore des stratégies dépassant le secteur de la santé. Dans le cadre du projet Politique nationale suisse de la santé, les responsables de la santé de la Confédération et des cantons ainsi que des ONG et des organisations de spécialistes et de personnes concernées étudieront ensemble un certain nombre de propositions à partir de l'automne 2002.

Le financement de telles mesures relève principalement de la responsabilité des cantons. De plus, les contributions des assurances sociales (LAMal, Suva et AI) sont d'ores et déjà fixées dans les textes législatifs. Enfin, l'aide à la vieillesse, soutenue par l'AVS, inclut déjà des actions de prévention indirectes (sport et gymnastique pour personnes âgées et diverses activités de groupe).

La "santé psychique" est l'un des sept thèmes de recherche prioritaires du concept de recherche Santé 2004-2007 qui a été élaboré sous la houlette de l'Office fédéral de la santé publique et qui définit le besoin de recherche en la matière.

Le Conseil fédéral est disposé à faire un rapport sur l'évolution de la stratégie en matière de santé psychique (cf. aussi postulat Widmer 02.3251, Prévention du suicide, du 13 juin 2002).

Réponse du Conseil fédéral.