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02.414 · Initiative parlementaire · 2002-03-21

Liquidé

Wortlaut

Il arrive parfois que l'esprit du temps change brusquement. Il devient alors possible de parler de certaines choses, d'avoir des avis et de proposer des solutions qui étaient jusqu'alors à peine envisageables. Au début, il n'y a que peu de gens qui reconnaissent le bien-fondé ou même la nécessité du chemin dont on pressent l'existence, puis que l'on découvre, et enfin que l'on emprunte. Puis leur nombre augmente peu à peu. Et à la fin, la majorité adopte cette nouvelle façon de voir et d'agir et se met en route avec les autres.

Me fondant sur l'art. 160, al. 1er, de la Constitution fédérale et sur l'article 21bis de la loi sur les rapports entre les conseils, je dépose l'initiative parlementaire suivante, rédigée sous la forme d'un projet conçu en termes généraux :

En tant que pays riche du Nord, hautement développé dans les domaines de l'industrie et des services, la Suisse doit établir un partenariat (affinité) global, solidaire et ayant force obligatoire avec un pays pauvre du Sud, qui puisse servir d'exemple.

Begründung

À notre époque, régie par la logique de la science, de la technique et de l'économie, ce sont d'abord les pensées et les actions particulières à court terme qui dominent. L'époque actuelle, très rationnelle et sécularisée, n'est pas idéale pour les projets en perspective, à la fois globaux et socioculturels. Cependant, si des idées visionnaires sont encore possibles aujourd'hui, à l'âge du court terme et de la particularité, celles-ci sont surtout de nature scientifique et technique. Dans les domaines humain, social, culturel et politique par contre, la créativité semble en grande partie épuisée à notre époque, on ne trouve plus que des projets rudimentaires et globaux, dont la réalisation risque de prendre beaucoup de temps. Expo.02 pourrait avoir un effet catalyseur en faveur d'une Suisse qui va de l'avant et prend des risques, du moins on l'espère. Une Suisse qui, aujourd'hui, court le danger grandissant de se renfermer sur elle-même en ne cherchant qu'à satisfaire ses propres intérêts. Nous pouvons observer une augmentation des tendances et des associations qui indiquent que les différents groupes de la société ressentent un grand besoin d'orientation, d'engagement et de sens. Parmi les projets abandonnés, il y en a qui concernent des individus de plus en plus isolés au sein de leur groupe ou de leur communauté et qui pourraient offrir à ces personnes des possibilités concrètes de participer à la vie de la communauté et d'en partager les responsabilités.

Jusqu'ici, les projets issus des efforts de la Suisse pour collaborer au développement se sont limités en raison des possibilités réduites aux domaines, régions, groupes cibles et périodes définis avec les pays partenaires, même si dans l'ensemble, ils sont devenus visiblement plus cohérents et plus globaux ces dernières années. En même temps, ces projets ont de plus en plus souvent trouvé leur origine de notre côté, où ils ont été déterminés et développés. Ainsi, à l'étranger, ils ne sont finalement restés que des ouvrages incomplets, même s'ils ont tous, chacun à sa mesure, contribué à l'amélioration et au développement des sociétés et des cultures du Sud.

Il incombe au Conseil fédéral et au Parlement, en dépit de la pression qu'ils subissent à cause des problèmes à résoudre et de la rapidité des décisions que leur travail pragmatique de tous les jours nécessite, d'élaborer des projets politiques à long terme. Et de prendre en main avec audace des projets pionniers, qui touchent la population émotionnellement et objectivement en tant qu'idées de progrès, et qui pourraient aussi être imités à l'étranger. Dans le cas présent, d'importants potentiels d'originalité, de créativité et de non-conformisme, dans le contexte politique, restent inutilisés.

Bien que les moyens nécessaires à la réalisation du projet augmentent avec le temps, la politique de la Suisse en matière de relations Nord-Sud, avec ses principes de collaboration en faveur du développement et d'aide humanitaire dans les domaines multilatéraux et bilatéraux, doit être poursuivie. Parallèlement à ce projet, la Suisse continuera de remplir ses devoirs envers la communauté des États, et ce conformément aux normes admises dans le monde entier. Elle diminuera peut-être le nombre de ses priorités dans le cadre de la collaboration en faveur du développement.

Afin de franchir le fossé qui sépare la parole de l'action dans la collaboration Nord-Sud, il faut doubler le montant de l'aide actuelle, si l'on en croit les derniers calculs de la Banque mondiale. Un tel montant correspond à ce que les États-Unis ont ajouté cette année à leur budget militaire. "Il se peut que nous gagnions une bataille contre le terrorisme", a brièvement déclaré le président de la Banque mondiale, M. James D. Wolfensohn, "mais la pauvreté, notre ennemie à tous, nous n'en viendrons pas à bout aussi facilement !"

Esquisse du projet :

Notre prospérité à long terme, ici au Nord, dépend également fortement de celle des pays du Sud et c'est là la raison d'être de ce projet. C'est pourquoi, en dépit des distances et de toutes les divergences, il faut chercher une nouvelle forme globale de collaboration entre les pays du Nord et du Sud et oser la mettre en pratique.

La base de cette affinité est une compréhension mutuelle approfondie, démontrant que deux pays peuvent avoir autant de valeur l'un que l'autre tout en étant différents. Cette compréhension est bâtie sur les forces et les potentiels respectifs des États partenaires, liés à long terme par des droits et des devoirs réciproques. Cette affinité vient s'ajouter à des responsabilités et à des destinées communes, dont les partenaires sont conscients et qu'ils ont acceptées.

Elle représente un défi collectif, car à la différence des projets en faveur du développement, ce partenariat, qui ne se veut pas néocolonial, ne concerne pas que les spécialistes ; il doit impliquer la plus grande partie possible de la population, avec toutes ses possibilités, ses expériences et ses idées.

Notre intention n'est pas de lancer un projet économique qui s'étende ensuite progressivement à d'autres domaines de la société. En effet, le projet de partenariat doit être compris dès le début comme une oeuvre socioculturelle globale, dans laquelle l'économie doit être considérée comme un aspect à part entière et d'une grande importance, mais pas comme un aspect dominant.

Au début, d'innombrables projets de réseau d'envergure variable - pour un partenariat entre pays - seront lancés et réalisés, avec des exigences, des rythmes, des ressources et des obligations différents. Ils ont été orchestrés sur un plan national et bilatéral, avec un grand souci de cohérence. Le travail commun des partenaires, qui ne cesse d'augmenter, doit se manifester aussi bien par le large éventail des domaines qu'il touche (p. ex. économie, culture, science, formation, médias, sport, etc.) que par les obligations qu'il crée et par son intensité (projets, organisations, institutions).

Le processus de coopération et d'intégration, minutieusement mis au point et mené de manière symétrique par les deux pays, pourrait aboutir à une fédération qui réunirait les pays de deux continents, avec une constitution, des institutions et un financement communs. Ou alors à un État fédéral élargi par un 27e canton.

Au début du partenariat, les deux pays élaborent de manière créative une sorte de "constitution", qui fixe les procédures et définit les bases, le cadre, les moyens et la méthode de l'ensemble du processus commun. Ce processus est dirigé dès le début par les deux États, de manière symétrique et transparente.

Le choix d'un pays francophone de l'Afrique de l'Ouest (Sénégal, Guinée Bissau, Guinée, Sierra Leone, Mali, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Togo ou Bénin) présenterait l'avantage d'une uniformité linguistique. En outre, un tel pays pourrait jouer un rôle positif de charnière linguistique et culturelle pour la Romandie à l'intérieur de la Suisse. Trois des pays énumérés ci-dessus sont déjà des pays de concentration dans le cadre de la collaboration de la Suisse en faveur du développement : le Mali, le Burkina Faso et le Bénin.