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04.3033 · Postulat · 2004-03-03

Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication

Liquidé

Wortlaut

Le Conseil fédéral est chargé d'exiger de l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) la publication, sur le site Internet de ce dernier, de la liste complète des avions interdits de vol en Suisse. Cette liste devra être remise à jour aussi souvent que nécessaire.

Begründung

Le 2 janvier 2004, un Boeing 737 de la compagnie Flash Airlines s'est écrasé au large de Charm el-Cheikh (Égypte) faisant 148 victimes. Peu de temps après le drame, l'OFAC a indiqué que les avions de cette compagnie étaient interdits de vol en Suisse depuis 2002. Cette décision avait été prise à la suite de contrôles inopinés sur les avions de cette compagnie égyptienne qui avaient fait état d'évidentes lacunes en matière de sécurité. L'OFAC a également précisé détenir une liste de 21 avions interdits de vol en Suisse pour des raisons analogues.

Depuis, de nombreuses voix se sont élevées en Suisse et à l'étranger pour exiger de l'OFAC et des autorités responsables de l'aviation civile des autres pays, la publication des "listes noires" des avions interdits. Jusqu'à présent, seule la Grande-Bretagne a publié la liste des compagnies aériennes interdites d'atterrissage sur son territoire. Pour sa part, l'OFAC, quand bien même il reconnaît la légitimité de la demande, refuse de publier une telle liste pour la Suisse. Selon lui, une publication de la "liste noire" bute sur des problèmes d'ordre juridique (protection des données, responsabilité civile) et pourrait remettre en question le fonctionnement du système européen de notification des défauts mis en place par la Conférence européenne de l'aviation civile (CEAC) auquel la Suisse participe. Actuellement, les résultats des contrôles figurent dans une banque de données accessibles uniquement aux autorités des États membres de la CEAC, ils sont soumis à la législation suisse sur la protection des données.

Dans un communiqué daté du 19 janvier 2004, l'OFAC a indiqué que la question de la publication des "listes noires" des avions interdits de vol dans certains pays ferait, à sa demande, l'objet de délibérations approfondies lors de la prochaine séance de la CEAC. D'ici à ce que les autorités européennes adoptent une solution concertée, l'OFAC a décidé de mettre en place la procédure suivante : les agences de voyages et les passagers qui désirent effectuer un certain vol avec une compagnie précise peuvent se renseigner par écrit (lettre, fax, courriel) auprès de l'OFAC pour savoir si un avion d'une compagnie est interdit de vol en Suisse. Toute demande devra préciser l'aéroport de départ, la destination, la compagnie utilisée et la date du vol (si elle est connue). L'OFAC ne donnera aucun renseignement sur les compagnies qui ne desservent pas la Suisse.

Si cette manière d'agir représente un pas vers une plus grande transparence, elle est encore nettement insatisfaisante pour le consommateur. Seule une publication complète de la "liste noire" des avions interdits de vol en Suisse sera à même de rassurer pleinement les voyageurs. Les craintes des passagers pourraient se traduire par un recul de la demande pour les vols aériens et pénaliser également les agences de voyages. Même si les avions figurant sur la "liste noire" de l'OFAC sont interdits de vol en Suisse et ne peuvent donc plus atterrir dans notre pays, les résidents suisses ont le droit de connaître le nom des compagnies aériennes qui, aux yeux des autorités suisses, ne respectent pas les mesures de sécurité minimales. En effet, il s'agit d'une information importante s'ils désirent effectuer des vols depuis un pays étranger. À notre sens, les intérêts des passagers devraient passer avant toute autre considération politique ou juridique.

Antrag des Bundesrates

Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.

Stellungnahme des Bundesrates

On enregistre chaque année pas moins de 100 000 atterrissages d'avions commerciaux étrangers sur le territoire suisse. Or, l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) n'est en mesure d'examiner en moyenne que 200 aéronefs étrangers par année au cours de contrôles sporadiques effectués sur les aires de trafic des aéroports nationaux de Zurich et de Genève et des aérodromes régionaux de Suisse. Ces contrôles sommaires, réalisés dans le cadre du programme SAFA (évaluation de la sécurité des aéronefs étrangers/Safety Assessment of Foreign Aircraft), ne donnent par ailleurs qu'une image instantanée qui ne permet de tirer des conclusions ni sur l'ensemble de la flotte ni sur l'état à long terme d'un appareil. Les avions sur lesquels des lacunes ont été constatées sont soumis à une vérification complémentaire lorsqu'ils font de nouveau escale en Suisse. Ils peuvent éventuellement se voir frappés d'une interdiction d'atterrir dans notre pays tant que le défaut n'a pas été éliminé.

La liste des aéronefs défectueux établie par l'OFAC constitue un instrument de travail interne. Elle est utilisée pour l'examen des demandes des compagnies aériennes étrangères qui désirent opérer des vols à destination de la Suisse et aide les inspecteurs SAFA à planifier les contrôles sur l'aire de trafic. Les données techniques qu'elle contient sont difficilement compréhensibles pour les non-initiés. C'est pourquoi elle n'est transmise qu'à la police de l'air des aéroports suisses en vue de l'accomplissement des tâches de police aérienne.

La liste en question n'est, par conséquent, pas conçue pour informer le public sur l'état des avions étrangers étant donné que ces contrôles sommaires ne portent que sur une infime partie des avions étrangers et ne permettent de tirer des conclusions ni sur l'ensemble de la flotte ni sur l'état à long terme d'un appareil. La Suisse se doit donc de concentrer ses efforts sur le plan international afin que soit adoptée une pratique uniforme en matière de publication des données dans le souci d'informer correctement les consommateurs sur l'état technique des avions étrangers desservant la Suisse. Aucun impératif de sécurité ne justifie cependant une publication urgente de la liste puisque les appareils présentant de graves anomalies ont de toute manière l'interdiction formelle d'atterrir en Suisse.

Outre des raisons pratiques, des motifs contractuels ainsi que des contraintes liées à la protection des données et à la responsabilité civile s'opposent également à la publication de cette liste. En vertu d'une décision prise en 1997 par la Conférence européenne de l'aviation civile (CEAC), toutes les données recueillies par les inspecteurs suisses à l'occasion des contrôles réalisés sur l'aire de trafic viennent alimenter une base de données centrale de la CEAC accessible aux autorités de l'aviation civile des États membres de la CEAC. Ces derniers sont toutefois tenus de traiter confidentiellement les données d'un autre État membre. Chaque État peut, par contre, réglementer librement dans sa législation nationale l'utilisation de ses propres données.

La décision de la CEAC n'a aucun caractère contraignant et a uniquement valeur de recommandation. Les directeurs généraux de l'aviation civile siégeant au sein de l'organisation internationale se sont en fait engagés à faire appliquer dans la mesure du possible cette recommandation dans leurs pays respectifs. La non-application des recommandations ne peut être légalement contestée par aucun pays tiers. La non-application ou le non-respect des accords n'est toutefois pas sans conséquences. La Suisse, par exemple, a été vivement critiquée par des États adhérant à la CEAC et aussi par le secrétariat de la CEAC pour avoir rendu public le fait que la compagnie Flash Airlines était frappée d'une interdiction de vol en Suisse. La Suisse s'est même vu menacer d'exclusion du programme SAFA.

Le préposé fédéral à la protection des données avait déjà été consulté à ce sujet en 1998. Il apparaît que la loi fédérale du 19 juin 1992 sur la protection des données (RS 235.1) n'autorise en principe pas la communication automatique des informations obtenues lors des contrôles à la base de données centrale. Mais attendu que la participation au programme SAFA est de nature à améliorer la sécurité du transport aérien en Europe et en Suisse, le préposé fédéral à la protection des données a estimé que cette pratique était admissible sous certaines conditions. Premièrement, les informations fournies par la Suisse doivent être de nature purement technique. Ensuite, elles ne doivent être accessibles qu'aux autorités européennes de l'aviation civile, celles-ci s'engageant à ne pas les rendre publiques.

Le Conseil fédéral est d'avis que les règles relatives au traitement et à la publication d'informations concernant l'état des avions originaires de pays tiers doivent être harmonisées sur le plan international. La Suisse s'est d'ailleurs engagée en ce sens lors de la dernière réunion des directeurs généraux de l'aviation civile des États membres de la CEAC.

En attendant, il a été décidé que l'OFAC informerait par écrit les particuliers qui adressent une demande de renseignements. Ainsi, l'OFAC confirmera si aucun avion d'une compagnie donnée ne figure sur la liste. Dans le cas contraire, l'office renverra d'abord le demandeur à la compagnie mise en cause dont la réponse sera ensuite confirmée ou infirmée par l'OFAC. La liste ne donnant qu'une image instantanée, l'OFAC a contacté toutes les entreprises dont les avions figurent dans la liste. Vérification faite, il est apparu que les compagnies avaient presque dans tous les cas remédié à la situation, soit en éliminant le défaut constaté, soit en vendant ou en retirant de la circulation les avions incriminés.

Enfin, il y a lieu de souligner que la liste actuelle ne répertorie aucun avion interdit de vol dont la divulgation présenterait un intérêt pour l'opinion publique suisse.

Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.