04.3462 · Postulat · 2004-09-27
Chancellerie fédérale
Liquidé
Wortlaut
Le Conseil fédéral est chargé d'examiner, de concert avec la CDIP, s'il y a lieu de faire savoir aux gouvernements des pays qui ont introduit la réforme de l'orthographe allemande que la Suisse est très intéressée à ce qu'un large consensus s'établisse sur cette question. Ce consensus sera obtenu notamment par un réaménagement des nouvelles règles de nature à maintenir les différences de sens que peut avoir un terme selon qu'il est écrit attaché ou séparé.
Begründung
Le débat très émotionnel qui entoure la réforme de l'orthographe allemande ne faiblit pas. Il a pris au contraire un ton nettement plus polémique avec les démarches entreprises par les ministres-présidents de certains Länder allemands pour retirer la compétence de ce dossier aux ministres de la culture et, surtout, avec les communiqués des éditeurs de presse "Springer" et "Der Spiegel", et de la "Süddeutsche Zeitung", annonçant qu'ils comptaient revenir à l'ancienne orthographe. On risque de voir se développer une situation dans laquelle ce qu'on enseigne ou apprend à l'école ne correspondra plus à ce qu'on lit ou écrit en dehors de l'école. Il faut éviter toute distorsion entre l'enseignement et la pratique et il incombe à la classe politique de prévenir une telle dérive.
Les nouvelles règles ont apporté plus de cohérence à l'orthographe et éliminé des exceptions inutiles. Aussi serait-il aberrant de revenir à l'ancienne orthographe avec ses mots composés terriblement longs. Mais les nouvelles règles, de toute évidence, ne font pas l'unanimité. La raison en tient essentiellement au fait qu'elles gomment les différences de sens que peut avoir un mot selon qu'il est écrit attaché ou séparé (p. ex.: "wohlvertraut" - très familiarisé - et "wohl vertraut" - sans doute familiarisé), différences qui ressortissent tout de même au génie de la langue allemande. Tous les critiques voient dans cette modification une intervention abusive dans les mécanismes de formation des mots et un manque de respect pour la communauté linguistique qui a forgé ces mécanismes. Ils déplorent la perte d'un grand nombre de termes et ne veulent pas se laisser imposer une pratique orthographique qui heurte leur sensibilité linguistique.
La recherche d'un consensus doit donc se concentrer sur cet élément clé. Les principaux critiques et la commission internationale responsable (Zwischenstaatliche Kommission für deutsche Rechtschreibung) doivent aborder la question de façon sérieuse et responsable et s'asseoir enfin à la même table pour apporter aux nouvelles règles les modifications requises. Et les responsables politiques devraient leur faciliter la tâche en définissant des objectifs clairs. Il est difficilement acceptable, politiquement, que chacun des trois pays d'expression allemande se prévale de ce qu'il est lié aux décisions des deux autres pour bloquer un aménagement nécessaire de la réforme.
Antrag des Bundesrates
Le Conseil fédéral propose d'accepter le postulat.
Stellungnahme des Bundesrates
Le Conseil fédéral partage les préoccupations de l'auteur du postulat. L'orthographe ne peut être un but en soi, mais doit, au contraire, avoir pour objectif de faciliter la communication. Il importe donc qu'il n'y ait, pour l'essentiel, qu'une seule orthographe admise au sein d'une même aire linguistique. Ces dernières années, chacun a pu constater que les nouvelles règles de l'orthographe allemande ne faisaient pas l'unanimité et que la menace d'une distorsion entre l'enseignement et la pratique se précisait. Le Conseil fédéral est prêt à tenter d'empêcher une telle dérive. Il est, d'une façon générale, en faveur des nouvelles règles, dans la mesure où leur introduction dans les écoles n'a pas créé de problèmes notables. Mais il est d'avis, à l'instar de l'auteur du postulat, que les nouvelles règles doivent être aménagées de sorte à faire l'unanimité. Il y aura lieu, en particulier, de réintroduire la règle qui permet de marquer les différences de sens que peut avoir un mot. Le Conseil fédéral s'engagera pour que cette règle soit réintroduite avant l'expiration du délai transitoire le 31 juillet 2005.
Le Conseil fédéral propose d'accepter le postulat.