06.1102 · Question · 2006-06-23
Département de l'intérieur
Liquidé
Wortlaut
L'histoire du Centre suisse de calcul scientifique (CSCS) de Manno est parsemée de péripéties qui ont affecté sa stratégie, sa direction et son mandat.
La députation tessinoise a dû intervenir à plusieurs reprises afin de rappeler à l'EPFZ et au Conseil des EPF leur engagement d'installer au Tessin le Centre national de calcul scientifique. À partir de 1999, une solution semblait enfin avoir été proposée dans les messages FRT : l'autonomie du CSCS était assurée,ainsi que son mandat de prestations (Centre national de calcul) et son financement, afin de garantir à long terme la présence au Tessin d'un centre de recherche et de services important.
Au nom de la députation tessinoise, je pose donc les questions suivantes :
1. Qui a permis que le CSCS risque de ne plus être de facto, même s'il le demeure de jure, le Centre national de calcul voulu par le Parlement ?
2. Qui est responsable de cette évolution et sur la base de quelles compétences ? En particulier, est-il vrai que les EPF de Zurich et de Lausanne ont augmenté les capacités de leurs supercalculateurs ? Dans l'affirmative, dans quelle mesure et avec quelles ressources ? Leurs efforts ont-ils été coordonnés avec le CSCS de Manno ?
3. Est-il vrai que l'achat du nouveau supercalculateur de Lausanne a été largement cofinancé par une entreprise privée ? Si oui, laquelle et dans quelle mesure ? Quels seront les frais de gestion à la charge de l'EPFL ? Le Conseil fédéral ne pense-t-il pas qu'il devrait mieux contrôler que les ressources financières sont bien utilisées conformément aux décisions du Parlement ?
4. Qui coordonne et contrôle le développement du supercalcul en Suisse ?
5. Comment la stratégie de relance du CSCS, avec ses activités de recherche et de services, a-t-elle été mise en oeuvre à partir de 2003 ?
6. Comment le Conseil des EPF a-t-il contrôlé la mise en oeuvre de la stratégie arrêtée pour le CSCS ? Quels résultats intermédiaires a-t-il obtenu ?
7. Que compte faire le Conseil fédéral pour que le mandat prévu dans les messages FRT soit intégralement rétabli dans les faits et confirmé dans le message FRT 2008-2011, dans la perspective de garantir la présence au Tessin de cette unité nationale au rayonnement international ?
Plus particulièrement :
a. Quel est l'objet de l'enquête administrative en cours ? Quand s'achèvera-t-elle ? Quand ses conclusions seront-elles accessibles aux parlementaires ?
b. Qui sera chargé, à moins que la décision n'ait déjà été prise, d'évaluer l'avenir du supercalcul en Suisse dans le contexte européen ? Quelle garantie avons-nous que l'expertise sera neutre ?
c. Quels sont les objectifs de cette expertise ? Dans quelle mesure a-t-on pris en considération la possibilité de concentrer toutes les activités liées au supercalcul dans un unique centre national ?
d. Quand l'expertise sera-t-elle achevée ? Quand ses résultats seront-ils accessibles aux parlementaires ?
e. Quand et dans quelles conditions l'intention de transférer intégralement le CSCS à l'USI sera-t-elle réalisée ?
Stellungnahme des Bundesrates
Dans son message relatif à l'encouragement de la formation, de la recherche et de la technologie pendant les années 2000 à 2003, le Conseil fédéral a chargé l'EPF de Zurich d'examiner les missions, le rattachement institutionnel et le financement de divers équipements centralisés, dont le Centre suisse de calcul scientifique (CSCS) de Manno. Les études conduites sous la responsabilité du Conseil des EPF avaient pour but de "renforcer la mission du CSCS en tant que centre national de calcul à haute performance tout en améliorant son intégration tessinoise". Le Conseil fédéral avait souligné à l'époque qu'indépendamment des résultats de ces études, il fallait "assurer au Canton du Tessin la présence d'une institution nationale de recherche scientifique correspondant par son ampleur au CSCS actuel."
Le même objectif de consolidation du CSCS en tant que centre de compétences national et international a été inscrit dans le mandat de prestations du Conseil fédéral au domaine des EPF pour les années 2004 à 2007 ; à mi-parcours de la période de prestation, il apparaît pourtant déjà que les résultats escomptés ne seront pas entièrement atteints. Le CSCS s'est certes forgé une stature nationale, rendant des services importants à la communauté scientifique suisse en matière de supercalculs, mais il ne bénéficie pas d'un maillage scientifique suffisamment fort ni avec l'EPFZ ni avec l'EPFL et d'autres universités pour poursuivre son développement. Devant ce constat, et en vue du prochain mandat de prestations du Conseil fédéral au domaine des EPF pour les années 2008 à 2011, le rôle du CSCS doit être réexaminé dans la perspective d'une stratégie nationale à long terme. En mai 2006, le Secrétariat d'État à l'éducation et à la recherche (SER) a chargé le Conseil des EPF d'élaborer une telle stratégie en association avec tous les intervenants ainsi que des experts internationaux. L'évaluation externe du CSCS réalisée en juillet 2006 dans le cadre de la convention d'objectifs 2004 à 2007 de l'EPFZ avec le CSCS, et qui atteste d'ailleurs au CSCS de bons résultats, insiste elle aussi sur l'importance d'une stratégie nationale. Une rencontre aura lieu à l'automne 2006 entre la députation tessinoise aux Chambres fédérales, le SER et les responsables du domaine des EPF dans le but de discuter une proposition pour les suites à donner à ce dossier.
Réponses aux questions :
1. La décision de créer un centre de supercalcul au Tessin était motivée par des raisons politiques. Une stratégie nationale engageant tous les intervenants faisait toutefois défaut pour le domaine du supercalcul, d'où la difficulté pour le centre de s'imposer dans la recherche scientifique à l'échelon national et international.
2. Les procédés de modélisation et de simulation prennent une place toujours plus grande dans toutes les disciplines des sciences naturelles et techniques. Ces procédés font appel à des équipements qui vont de grappes de micro-ordinateurs jusqu'à des supercalculateurs, notamment dans les sciences de la vie. Les institutions du domaine des EPF participent à cette évolution dans le cadre de l'autonomie que leur donne le mandat de prestations. Le cas concret cité à la réponse 3 montre que cette évolution ne s'inscrit pas en concurrence face au CSCS.
3. L'EPFL a pu acquérir le prototype d'un nouveau superordinateur (Blue Gene) dans le cadre d'une coopération de recherche avec l'entreprise IBM. Ce calculateur sert exclusivement à la simulation et la modélisation des interactions entre neurones dans les sciences neuronales et exige une collaboration étroite entre les neuroscientifiques et les spécialistes du calcul. En tant que prototype, il n'est pas adapté pour fournir des prestations de services, qui sont, du reste, contractuellement exclues. Les investissements réalisés pour le superordinateur Blue Gene installé à l'EPFL sont estimés à 8 millions de francs environ. Les frais consécutifs à des projets informatiques de cette envergure se montent normalement à 10 % de la mise initiale ; en l'occurrence, ils pourraient donc se situer autour de 800 000 francs par an.
4. Le Conseil des EPF a été chargé par le SER d'élaborer une stratégie nationale du supercalcul, en association avec tous les intervenants ainsi que des experts internationaux.
5. L'EPFZ a passé une convention d'objectifs avec le CSCS sur la base du business plan 2004-2010 du CSCS. Ce dernier rend compte annuellement de l'état de réalisation des objectifs intermédiaires.
6. Le Conseil des EPF suit le développement du CSCS grâce à la présence de deux membres du conseil au sein du comité de pilotage du CSCS et aux évaluations indépendantes réalisées par des pairs. La dernière évaluation remontant à juillet 2006 atteste au CSCS de bons résultats, mais relève l'absence d'une stratégie nationale.
7. Le Conseil fédéral précisera l'ensemble du dispositif de soutien du CSCS dans le message FRI 2008-2011 et dans le mandat de prestations du Conseil fédéral au Conseil des EPF.
Réponses aux questions relatives aux décisions récentes :
a. L'enquête administrative en cours porte sur des griefs formulés par des collaborateurs du CSCS à l'encontre de la directrice et du chef de l'exploitation. Elle a été ordonnée par le président de l'EPFZ. L'EPFZ diffusera en temps voulu une information appropriée à ce sujet. Elle informera aussi les autorités politiques, notamment le Parlement, conformément aux dispositions légales.
b.- e. L'objectif est de développer une stratégie nationale en matière de supercalcul tenant compte des besoins spécifiques de la Suisse et des prestations de service requises, clarifiant ainsi le rôle du CSCS de Manno. Le groupe chargé d'élaborer la stratégie nationale du supercalcul comprendra des experts du domaine des EPF, y compris du CSCS, des représentants des universités, des hautes écoles spécialisées, du Fonds national, de différentes branches industrielles ainsi que des experts internationaux. Il rendra compte au SER. Le rapport sera rendu vraisemblablement à l'automne 2007 pour être discuté avec les autorités politiques. Si un soutien financier s'avérait nécessaire à la mise en oeuvre de la stratégie nationale, il pourrait être envisagé dans le cadre des contributions fédérales liées à des projets de coopération universitaire.
Réponse du Conseil fédéral.