06.1194 · Question · 2006-12-20
Chancellerie fédérale
Liquidé
Wortlaut
Le 17 décembre 2004, le Conseil national a adopté le postulat Riklin 04.3462, daté du 27 septembre 2004, dans lequel son auteur relevait, propos confirmés par le Conseil fédéral dans son avis, que les règles de la nouvelle orthographe allemande ne faisaient pas l'unanimité, que la menace d'une distorsion entre l'enseignement et la pratique se précisait et que le projet devait être remanié, notamment la question de savoir s'il fallait séparer ou écrire ensemble certains mots.
Dans l'intervalle, les responsables du dossier ou conseil, appelé "Rat für Rechtschreibung", a présenté un troisième arsenal de règles, dont les résultats devraient être repris par les écoles de Suisse alémanique via la CDIP et être publiés dans le nouveau "Schweizer Schülerduden". A remarquer que chacune des trois moutures a fait jusqu'ici l'objet d'une critique en règle (cf. les numéros de la "Weltwoche" du 23 novembre et du 14 décembre).
Or ledit conseil a déçu. Voici pourquoi :
1. Ses membres sont majoritairement des réformistes. Il a donc été impossible d'éliminer tout bonnement les erreurs de la réforme. Nombreuses sont les variantes qui continuent à être tolérées ; exemple : "der wohl bekannte Schriftsteller" (l'écrivain connu) pourra être écrit "der wohlbekannte Schriftsteller" (le grand écrivain) tout en signifiant l'écrivain connu et vice-versa.
2. Sous la pression des ministres allemands de la culture et des affaires culturelles des Länder, ils ont dû interrompre leurs travaux et n'ont donc pas revu certaines règles imposées d'autorité par la réforme, par exemple ce qui s'écrit en un mot ou en deux mots, prend ou non la majuscule ; exemple : "im Nachhinein", ou encore les formes dérivées ; exemple : "gräulich".
Questions :
1. Le Conseil fédéral constate-t-il comme nous que, bien que cela ait été l'un des objectifs déclarés de la réforme, le troisième arsenal de règles ne permet pas ou peu de préciser le sens pourtant différent de mots accolés l'un à l'autre ou écrits séparément ?
2. Constate-t-il encore que les multiples orthographes "maison", qui sont en partie dérivées de l'orthographe officielle, interdisent aujourd'hui encore toute orthographe consensuelle ?
3. De toutes les variantes, c'est la variante dite traditionnelle, c'est-à-dire celle qui avait cours avant la réforme, qui reproduit le mieux les différences de sens voulues par le Conseil fédéral, différences qui résultent de la juxtaposition ou de la séparation de mots. La Chancellerie fédérale a-t-elle été obligée d'appliquer le principe minimal voulant qu'en cas de variantes on opte pour la variante traditionnelle, comme le préconise la Schweizer Orthographische Konferenz ?
4. Le Conseil fédéral pense-t-il comme nous qu'il n'appartient pas à l'État de modifier l'orthographe et l'usage de la langue par le biais de l'école ?
5. Fera-t-il tout ce qui est en son pouvoir pour que le Conseil susmentionné, dont la composition aura préalablement été remaniée, retravaille de fond en comble l'arsenal de règles actuel ?
6. Fera-t-il encore tout ce qui est en son pouvoir pour que les livres "version orthographe traditionnelle" refassent leur apparition dans les écoles, ne serait-ce que pour qu'on fasse des économies ?
7. Convoquera-t-il une conférence des États parties à la réforme qui rétablira l'unité de l'orthographe et son bien-fondé ?
Stellungnahme des Bundesrates
Dans le rapport concernant les motions et les postulats des conseils législatifs de l'année 2006, le Conseil fédéral demandera le classement du postulat Riklin 04.3462 en arguant que l'arsenal officiel de nouvelles règles de l'orthographe allemande, remanié et présenté par le "Rat für deutsche Rechtschreibung" (Conseil de l'orthographe allemande) au printemps 2006, a été débarrassé des principaux défauts majeurs qui étaient les siens dans sa version première et que le plus grand consensus possible a ainsi été atteint. Le danger de voir se briser l'unité dans la manière d'orthographier la langue allemande, donc que l'on assiste à une dichotomie entre l'enseignement et la pratique, a été écarté.
Le Conseil fédéral répond, point par point, ceci à l'auteur de la question :
1. Le nouvel arsenal de règles autorise à nouveau une plus grande liberté dans la façon d'écrire, soit séparément, soit accolés l'un à l'autre, deux mots qui vont ensemble ; il en résulte, pour la personne qui écrit, la possibilité de nuancer davantage son propos. Il faut toutefois abandonner l'idée que l'on pourrait, par la graphie, exprimer très exactement tout ce que l'on veut dire, car si les nuances de la pensée sont infinies, celles de l'écriture ne le sont pas : les deux mots en question s'écrivent soit ensemble, soit séparément, avec ou sans majuscule, et c'est tout.
2. Nous l'avons écrit dans l'introduction : le plus grand consensus possible a été atteint.
3. L'arsenal remanié autorise plusieurs orthographes dans les cas particulièrement contestés ou dans ceux qui ne peuvent être réglés une fois pour toutes. La personne qui écrit est donc libre d'opter pour l'une ou pour l'autre graphie, donc d'exprimer plutôt ceci que cela. L'évolution naturelle de l'orthographe n'est dès lors pas enserrée artificiellement dans un carcan. La Chancellerie fédérale n'a, de manière générale, pas pris le parti d'opter pour telle ou telle variante dernièrement autorisée. Toutefois, elle donnera - après avoir pondéré les décisions d'autres milieux (dictionnaires, maisons d'édition, écoles, etc.) - la priorité à l'une ou à l'autre dans les cas qui portent sur le vocabulaire spécifique (droit, politique, administration et certaines langues de spécialité) des textes officiels de la Confédération qu'elle a la charge de publier, et ce parce qu'elle tient à assurer une présentation uniforme des textes normatifs ou des messages adressés par le Conseil fédéral aux chambres, à éviter encore les interprétations qui pourraient naître d'une graphie changeante ou aléatoire.
4. L'école a principalement pour tâche d'apprendre aux enfants à lire et à écrire et à développer leur expression, orale et écrite. Pour ce faire, elle doit leur enseigner les normes linguistiques - dont les règles orthographiques font partie -, leur transmettre encore la capacité de les utiliser à bon escient. Vu sa tâche, elle exerce - qu'elle le veuille ou non - une certaine influence sur la langue écrite et parlée par la société. On ne peut donc pas lui reprocher de modifier l'orthographe ni l'usage linguistique.
5. Nous l'avons dit, le Conseil de l'orthographe ne pouvait pas faire plus. Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est que les adversaires déposent les armes et que le calme revienne. Les nouvelles règles instituées donnent à l'orthographe la liberté dont elle a besoin pour continuer à évoluer. Ledit conseil va suivre l'évolution et en tiendra compte en temps voulu.
6. Les écoles relèvent, dans leur quasi-totalité, de la compétence des cantons. Mais même quand elles relèvent de la Confédération, le Conseil fédéral n'a ni le droit ni l'envie de leur dicter quoi que ce soit en matière d'enseignement ni de choix des moyens.
7. Comme on l'a vu plus haut, le Conseil fédéral estime que l'unification de l'orthographe allemande est réalisée, car on a atteint ce qu'il était possible d'atteindre. Compte tenu des expériences faites ces dernières années, il doute fort qu'on puisse trouver à l'heure actuelle un consensus sur ce qui pourrait être l'orthographe juste ("sprachrichtig" dit l'auteur de la question). La quête de cet idéal inspirera peut-être les chercheurs, mais dans la situation présente les autorités politiques commettraient un impair de taille en convoquant une conférence qu'elles chargeraient de rétablir "l'unité de l'orthographe et son bien-fondé".
Réponse du Conseil fédéral.