16.3658 · Postulat · 2016-09-15
Département de l'économie, de la formation et de la recherche
Liquidé
Wortlaut
Le Conseil fédéral est chargé d'étudier la pertinence de la création d'une formation de "fablab manager", de son intégration aux objectifs de Stratégie Suisse numérique ainsi que dans un cursus universitaire. Un nombre suffisant de "fablab managers" favoriserait la multiplication des "fablabs" en Suisse, alors que leur nombre explose ailleurs.
Ces "laboratoires de fabrication" stimulent la créativité et l'innovation. Dotés de machines-outils à commandes numériques (fraiseuses, imprimantes 3D, découpe vinyle, etc.), ils permettent de concevoir et réaliser toutes sortes d'objets : prototypes, reproduction de pièces détachées, sculptures, etc. Ouverts au grand public, ils accueillent des inventeurs, des entrepreneurs, des bricoleurs, des designers. Ils fonctionnent en mode collaboratif et en réseau : mise en commun des idées, des savoirs, des capacités. Le fonctionnement d'un "fablab" requiert des compétences spécifiques : utilisation des machines, programmation informatique, connaissances en électronique, mais aussi maîtrise de l'animation en mode collaboratif. Et les utilisateurs doivent être initiés, d'où la nécessité d'avoir des "fablab managers" dûment formés.
Il s'agirait de créer un module en complément de cursus existants, ou de répartir des modules de formation entre plusieurs "fablabs" formateurs, de manière à permettre un apprentissage sur le terrain. Une telle formation stimulerait le goût pour la technique, le numérique et l'innovation, ce qui ne pourrait que profiter à notre industrie.
Begründung
Le fablab est né il y a vingt ans au MIT (Massachussets Institute of Technology). Aujourd'hui, il existe 703 "fablabs" labélisés MIT dans le monde (environ 3000 en tout), dont 121 aux États-Unis, 85 en France et 15 en Suisse. En 2013, le gouvernement français a octroyé une aide allant de 50 000 à 200 000 euros pour quatorze projets, dont le magnifique atelier parisien : usine IO. Une formation de "fablab manager" existe à l'Université de Cergy-Pontoise.
Les retombées positives sont multiples : démocratisation de l'innovation et du numérique ; recyclage des objets pouvant être réparés ; développement d'un farouche esprit d'entreprise ("learning by doing"); travail en mode collaboratif. Une autre piste serait de tester un "fablab" interculturel destiné aux réfugiés : ils pourraient montrer leurs compétences, se sentir utiles, préparer leur insertion professionnelle.
Antrag des Bundesrates
Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.
Stellungnahme des Bundesrates
Le Conseil fédéral est convaincu de l'importance que revêtent les développements numériques et de leurs conséquences pour l'économie et la société suisses. Il a communiqué sa position à ce sujet à maintes reprises. En dialogue avec l'économie, les milieux scientifiques, le monde de la recherche et la société civile, il oeuvre actuellement pour que la Suisse perçoive la numérisation comme une chance et qu'elle profite des développements dans ce domaine. À cette fin, le Conseil fédéral a adopté le 20 avril 2016 la Stratégie "Suisse numérique", à laquelle le postulat se réfère. Le Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche se concentre actuellement sur les travaux en vue de la mise en oeuvre de cette stratégie, sur les conditions-cadres et les réglementations de certains sous-domaines de l'économie particulièrement concernés par la numérisation d'une part, et sur les défis actuels dans le domaine de la formation, de la recherche et de l'innovation (FRI) d'autre part.
Les acteurs du domaine FRI jouent un rôle important dans la gestion des évolutions attendues. Les hautes écoles suisses apportent d'ailleurs une contribution essentielle de par leur position internationale exceptionnellement forte. Leur autonomie constitue un facteur de réussite important, notamment en matière de conception et de développement d'offres de formation et de formation continue. Le Conseil fédéral estime que l'examen de telles offres relève des tâches et de la compétence du domaine des hautes écoles. Etant en contact avec l'économie et la société, celles-ci peuvent adapter leurs offres de formation et de formation continue en fonction des besoins. Elles seules peuvent juger au mieux de la nécessité et de la pertinence, en matière de contenus et de pratique, de créer de nouvelles filières de formation et, au besoin, de réorienter leurs offres. L'EPFL, par exemple, a agi en ce sens en créant les Discovery Learning Labs et, en collaboration avec l'École cantonale d'art de Lausanne (ECAL), en mettant sur pied l'EPFL+ECAL Lab, qui propose un MAS en Design pour les étudiants de l'EPFL. Les hautes écoles proposent en outre différentes filières qui permettent d'acquérir les compétences nécessaires à l'activité de "fablab manager", dont le bachelor en design industriel de la Haute école zurichoise des arts et le bachelor en design d'objets de la Haute école de Lucerne.
Dans le domaine de la formation professionnelle, l'initiative consistant à créer de nouvelles professions incombe en principe aux organisations du monde du travail. Cela permet de garantir que les formations proposées sont axées à la fois sur les qualifications professionnelles effectivement recherchées et sur les possibilités d'embauche existantes. Ce principe, qui est aussi valable pour la formation professionnelle supérieure, garantit la durabilité des qualifications professionnelles et contribue à la capacité d'innovation de la Suisse. Le Conseil fédéral tient à ce principe qui a fait ses preuves. Il souhaite aussi que l'offre de formation professionnelle soit la plus variée possible.
Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.