16.4133 · Interpellation · 2016-12-16
Département de justice et police
Liquidé
Wortlaut
Il est important que les migrants qui s'établissent en Suisse puissent s'intégrer à notre culture et à notre mode de vie largement inspirés de valeurs chrétiennes. L'héritage chrétien se fonde sur la Bible, un recueil de textes de portées diverses : chroniques historiques, préceptes moraux, relation de l'homme à son Créateur.
On peut distinguer trois dimensions.
a. Les traditions chrétiennes rythment notre calendrier (congé dominical, Noël, Pâques), marquent notre existence (baptême, mariage, obsèques), forgent notre art (peinture, sculpture, littérature) et nos paysages (églises, croix au sommet des montagnes), jalonnent notre quotidien (cloches qui sonnent). Ces habitudes, repères ou dogmes ne recèlent en soi rien de vraiment fondamental.
b. Les règles d'éthique ou de morale tirées des Dix Commandements et des Évangiles imprègnent les lois des pays européens. S'y ajoutent les apports spécifiquement occidentaux du Siècle des lumières : laïcité du pouvoir (séparation entre Église et État), primauté de l'État de droit, et droits de l'homme.
c. Le vécu religieux, au sens le plus intime et noble du terme, ouvre l'individu à ce qui le dépasse mais aussi à une dimension altruiste. L'esprit chrétien demande d'aimer son prochain comme soi-même, d'accueillir les autres dans un esprit de bienveillance, de générosité et de partage. Il est en ce sens profondément humaniste.
Ce troisième élément est le plus important : il s'agit de le placer au centre de la relation entre les nouveaux venus et nous. C'est ce vers quoi doit tendre tout processus d'intégration réussi. C'est un défi pour les deux parties.
Il convient donc de :
1. distinguer dans notre propre héritage entre traditions, règles de morale et valeurs fondamentales ;
2. reconnaître ce qu'il y a d'universel et de commun entre nos valeurs et le bagage socioculturel des migrants ;
3. entamer un dialogue constructif avec ceux-ci, dans un esprit humaniste ;
4. montrer l'exemple pour être en phase avec les principes énoncés.
Que peut faire le Conseil fédéral pour déclencher une réflexion approfondie dans ce sens qui implique tous les acteurs ?
Stellungnahme des Bundesrates
La réflexion que l'auteur de l'interpellation appelle de ses voeux - sur nos valeurs fondamentales, nos traditions et nos préceptes moraux - est en cours. Le Conseil fédéral approuve ce débat public et y participe dans le cadre des possibilités et instruments institutionnels. Il ne le fait cependant pas du point de vue d'une religion ou d'une confession particulière. En effet, nombre des valeurs de notre société n'appartiennent pas exclusivement au christianisme. C'est vrai par exemple des idées de tolérance, que le monde chrétien partage avec d'autres religions. Beaucoup de nos valeurs fondamentales sont avant tout le fruit du Siècle des lumières, et ont donc été conquises de haute lutte, en butte à un dogmatisme religieux. Il faut aussi mentionner le fait que de nombreuses interventions menées par des pays européens ou d'autres pays occidentaux dans d'autres parties du monde, sous la bannière des valeurs de l'Occident chrétien, ont eu l'effet contraire de celui qu'elles visaient. La réflexion sur nos valeurs fondamentales, nos traditions et nos préceptes moraux évoquée par l'auteur de l'interpellation doit s'inscrire dans une perspective historique et éviter l'eurocentrisme ou le christianocentrisme. Même si elle se réfère à Dieu dans son préambule, la Constitution repose sur le principe de la neutralité religieuse de l'État. En outre, la compétence de régler les relations de l'État avec les communautés religieuses relève des cantons, qui sont aussi responsables d'autres domaines de la vie en commun tels que l'enseignement scolaire ou les programmes d'intégration. Plusieurs cantons ont mis en place des cours sur l'éthique ou sur l'histoire des religions, cours qui forment un cadre approprié pour discuter des valeurs chrétiennes. De nombreux cantons et communes ont développé, souvent main dans la main avec les représentants de diverses confessions, des projets et des forums de discussion qui abordent des thèmes religieux et des aspects de la coexistence des communautés.
Lorsque le Conseil fédéral intervient dans le débat sur la coexistence des communautés religieuses dans notre pays, il le fait toujours selon une approche large. En 2005, il a approuvé le programme national de recherche "Collectivités religieuses, État et société" (NFP 58). Dans ce cadre, des chercheurs de divers domaines ont mené 28 projets concernant les modifications fondamentales du sentiment religieux de l'individu et du paysage religieux suisse. Ils ont aussi étudié comment il était possible de promouvoir la coexistence pacifique des communautés religieuses et des personnes religieuses et non religieuses. Des représentants du Conseil fédéral rencontrent en outre régulièrement ceux du Conseil suisse des religions, fondé en 2006, au sein duquel des personnalités chrétiennes, juives et musulmanes oeuvrent, dans le cadre de leur communauté, en faveur de l'intégration et de la cohésion de la société. Il faut également citer les commissions extraparlementaires telles que la Commission fédérale contre le racisme ou la Commission fédérale des migrations. Leur mission n'est pas uniquement de conseiller le gouvernement, mais aussi de sensibiliser le public.
Réponse du Conseil fédéral.