17.3339 · Interpellation · 2017-05-04
Département de l'intérieur
Liquidé
Wortlaut
Entre 2013 et 2016, le canton du Tessin a déclaré à l'Office fédéral de la santé publique une centaine de cas d'hépatite E. Les produits à base de foie de porc cru, comme la mortadelle, semblent présenter des risques particuliers de contamination (prévalence de 20 %). Comme plus de 80 % du porc consommé au Tessin vient de Suisse, le problème est principalement d'intérêt national.
Depuis sa découverte en Inde en 1980, l'infection de l'hépatite E est considérée en Occident comme une maladie liée au voyage. Cependant, surtout dans les pays disposant de systèmes sanitaires à même de prévenir une transmission oro-fécale du virus, une autre voie de transmission est apparue ces dernières années : la transmission zoonotique par différents génotypes. L'augmentation actuelle du nombre de cas diagnostiqués aux niveaux européen et mondial suggère que le virus est omniprésent et que ce problème apparaît donc aussi sous nos latitudes. L'OMS estime les nouveaux cas annuels à 20 millions, dont 3,3 millions déboucheraient sur un syndrome clinique et causeraient la mort d'environ 57 000 personnes.
Pour réduire le risque de transmission zoonotique du virus dans la chaîne alimentaire, des mesures hygiéniques strictes sont nécessaires dans l'industrie alimentaire et l'évolution épidémiologique doit être surveillée. Par ailleurs, il existe en Chine un vaccin apparemment sûr et efficace.
À la lumière de ces informations, je pose au Conseil fédéral les questions suivantes :
1. Quelle est la situation épidémiologique en Suisse ?
2. L'hépatite E est-elle un problème de santé publique ?
3. Existe-t-il une surveillance épidémiologique de cette infection (déclaration obligatoire, système Sentinella, etc.)?
4. Le corps médical et l'industrie alimentaire sont-ils adéquatement informés de la manière dont il faut faire face au virus ?
5. Le vaccin disponible en Chine a-t-il fait l'objet d'analyses de la part de nos autorités ?
6. Est-il nécessaire d'offrir à la population la possibilité de procéder à une immunisation active, de manière ciblée ou généralisée ?
Stellungnahme des Bundesrates
1.-3. En Suisse, il n'existe à l'heure actuelle aucune obligation de déclarer les cas d'hépatite E. C'est la raison pour laquelle on ne dispose pas de données permettant d'évaluer la situation épidémiologique concernant la population dans son ensemble. Toutefois, certaines informations suggèrent une tendance à la hausse du nombre de cas : statistique médicale des hôpitaux, études menées auprès de donneurs de sang, notification du canton du Tessin faisant état d'une augmentation de la fréquence des hépatites E, etc. Ainsi, entre 2011 et 2015, les hospitalisations dues à une hépatite E aiguë ont enregistré une progression continue de 2 à 3 cas par année, passant de 11 à 25 cas. S'agissant des dons de sang, la part des échantillons testés positivement est de 13 à 34 % suivant le canton.
Financée par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), une étude intitulée "Assessment of the risk of foodborne transmission and burden of Hepatitis E in Switzerland" estime, sur la base d'un modèle, à environ 1500 par année le nombre probable de cas d'hépatite E aiguë en Suisse. Par ailleurs, elle identifie les denrées alimentaires susceptibles de représenter un risque sanitaire pour les individus. Ces aliments sont décrits plus précisément dans une lettre d'information de l'OSAV aux cantons (cf. réponse à la question 4).
L'infection par le virus de l'hépatite E prévalant en Europe (VHE-3) est le plus souvent asymptomatique. Les infections symptomatiques se manifestent en général de manière aiguë, disparaissent spontanément et sont rarement accompagnées d'ictère (jaunisse), les symptômes étant légers ou non spécifiques (par ex. maux de ventre, diarrhée, sensation de malaise). Au Tessin, une augmentation des pathologies neurologiques (notamment les inflammations des nerfs au niveau des extrémités supérieures) a été constatée et mise en corrélation avec le virus de l'hépatite E. La cause et les conséquences de cette observation font encore l'objet d'investigations. Du point de vue de la santé publique, le risque pour la population est, à ce jour, jugé minime, étant donné que les infections dues à l'hépatite E sont considérées depuis des décennies comme étant bénignes. Toutefois, nul ne conteste aujourd'hui la nécessité d'une meilleure base de données afin de pouvoir mieux évaluer la situation et surveiller l'évolution à plus long terme.
4. Dans le but de sensibiliser les producteurs de denrées alimentaires à une possible transmission du VHE par les aliments, l'OSAV a publié le 1er mai 2017 la lettre d'information 2017/2 " Hépatite E : possibilité de transmission via les aliments" (cf. www.osav.admin.ch > Aliments et nutrition > Bases légales et documents d'application > Documents d'application > Lettres d'information). Dans ce courrier, l'industrie agroalimentaire est priée de prendre des mesures pour réduire les risques de transmission du VHE via les aliments dans le cadre de l'autocontrôle exigé par la loi. La lettre a également été envoyée à tous les médecins cantonaux à titre d'information et de sensibilisation.
5. Le vaccin en question n'est pas autorisé par Swissmedic. Pour un vaccin n'ayant pas encore été homologué en Suisse, Swissmedic peut délivrer une autorisation spéciale ou une autorisation pour chaque importation à l'unité, pour autant que le vaccin soit autorisé dans un pays ayant institué un contrôle des médicaments équivalent (notamment les États membres de l'UE ou de l'AELE/EEE, l'Australie, le Japon, le Canada et les États-Unis ; la Chine ne compte pas parmi ces pays).
6. À l'heure actuelle, les données épidémiologiques concernant l'hépatite E en Suisse ne sont pas suffisantes pour pouvoir évaluer la nécessité d'une éventuelle vaccination. L'Organisation mondiale de la santé ne recommande pas de vaccination systématique contre l'hépatite E avec le seul produit actuellement disponible en Chine, étant donné que de nombreuses interrogations subsistent quant à son efficacité et à sa sécurité. C'est pourquoi une vaccination en Suisse n'est, pour l'heure, pas recommandée.
Réponse du Conseil fédéral.