Promouvoir une société du numérique au service de l'humain et non l'inverse
17.3895 · Motion · 2017-09-29
Département de l'économie, de la formation et de la recherche
Liquidé
Wortlaut
Il est demandé au Conseil fédéral de lancer un Plan national de recherche (PNR) qui évaluera les impacts du numérique sur notre vie sociale et définira les concepts qui assureront une contribution bénéfique du numérique au bien commun. Il s'agit d'éviter de ne faire que subir les effets de cette technologie et d'agir pour que chacun d'entre nous soit en mesure de l'utiliser de manière constructive pour lui-même et pour notre société.
Begründung
La révolution numérique sera aussi profonde que l'a été la révolution industrielle. Cette technologie va bouleverser les équilibres économiques, mais aussi politiques, sociaux et culturels. Elle pose des questions inédites qui exigent une grande prise de conscience et des principes de fonctionnement nouveaux.
1. Place du numérique. Où positionner le curseur entre facilitation technologique et réduction des contacts humains ? Quand les rapports humains sont-ils indispensables ? Une réunion par Skype donne-t-elle la même énergie à l'équipe qu'une réunion physique ? Un cours en ligne (MOOC) stimule-t-il autant l'étudiant qu'un cours en classe ?
2. Ubérisation. Comment canaliser le risque d'une captation abusive de l'attention et du temps "libre" des individus ? Le remplacement, dans les magasins, de la personne qui encaisse par l'autoscannage est-il psychiquement neutre pour le client ? Est-il acceptable que des standards téléphoniques robotisés imposent d'écouter des informations parfois longues et inutiles ?
3. Rétribution. Comment garantir que les bénéfices du numérique (gain de temps, économie de personnel) améliorent aussi le bien-être des gens qui participent, bon gré, mal gré, à cette numérisation ?
4. Quotient intellectuel. Comment prévenir une utilisation abusive du smartphone ? Les jeunes qui passent trop de temps sur les "apps" de leur téléphone ne risquent-ils pas de voir leur QI moins progresser que celui des autres ?
5. Quotient émotionnel. Peut-on remplacer les rencontres réelles par des échanges virtuels sur les réseaux sociaux sans risque pour son équilibre personnel ?
6. "Offliners". Comment traiter équitablement ceux qui ne parviennent pas ou ne souhaitent pas franchir le pas du numérique ?
Ces défis ne doivent pas nous faire renoncer au progrès. Mais le numérique ne doit pas non plus s'opposer à la culture. Il nous faut évaluer correctement ses apports, ses effets pervers et nos besoins pour mettre le numérique à sa juste place.
Antrag des Bundesrates
Le Conseil fédéral propose de rejeter la motion.
Stellungnahme des Bundesrates
Le Conseil fédéral partage l'avis de l'auteur de la motion : la numérisation transforme l'économie et le monde du travail à grande vitesse et soulève des questions fondamentales nouvelles sur l'utilisation des technologies associées et les impacts de la numérisation sur la société.
En lien avec sa Stratégie Suisse numérique, le Conseil fédéral a pris connaissance, le 5 juillet 2017, du rapport du DEFR (SEFRI) "Défis de la numérisation pour la formation et la recherche en Suisse". Ce document contient notamment un plan destiné à encourager la recherche et l'acquisition de compétences individuelles en lien avec l'utilisation des technologies numériques, à tous les niveaux de formation, dans le cadre de la répartition des compétences entre la Confédération et les cantons. L'objectif du plan d'action est de renforcer de manière ciblée les intervenants du domaine FRI afin que ceux-ci puissent relever les défis de la numérisation dans l'ensemble des domaines politiques et d'application.
Dans le contexte de la numérisation, une place privilégiée revient à l'analyse des questions liées aux thèmes sociaux, juridiques et politiques. Prenant acte du rapport, le Conseil fédéral a mandaté le DEFR (SEFRI) d'étudier une série de programmes nationaux de recherche (PNR) à caractère interdisciplinaire sur la thématique de la "mutation numérique de l'économie et de la société". Ces programmes devront aussi thématiser des questions supérieures de société liées à la maîtrise de la numérisation sous la forme de projets de recherche interdisciplinaires. Dans sa décision du 19 mai 2017, la Conférence suisse des hautes écoles (CSHE), l'organe politique supérieur des hautes écoles, a expressément accordé son soutien à ce champ d'action en soulignant le rôle important dévolu aux hautes écoles dans la réponse aux défis que pose la numérisation pour l'économie et la société.
L'étude de la série de PNR sur la thématique de la "mutation numérique de l'économie et de la société" s'effectue selon la procédure établie. Sur proposition du DEFR, le Conseil fédéral décidera, vraisemblablement fin 2018, du lancement d'un ou de plusieurs PNR sur les thématiques de la numérisation.
L'objectif de la motion est de ce fait déjà atteint.
Le Conseil fédéral propose de rejeter la motion.