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18.3800 · Interpellation · 2018-09-20

Département de l'économie, de la formation et de la recherche

Liquidé

Wortlaut

Depuis quarante ans, nous vivons dans une société d'images et d'informations visuelles démultipliées en raison des nouvelles technologies. Mais où développons-nous le "savoir-voir"?

Quarante % des garçons et 50 % des filles entre 11 et 15 ans sont insatisfaits de leur apparence physique et de leurs performances (Études "Health Behaviour in School-aged Children", OMS, 2010). La tendance s'aggrave au fil des études.

La littérature scientifique démontre qu'une solide éducation aux médias sert de filtre protecteur renforçant l'image de soi (Promotion Santé Suisse, 2014).

Il faut aussi relever que de plus en plus de très jeunes enfants passent plusieurs heures par jour accrochés à un écran qui devient leur compagnon de jeu. Cela veut dire qu'ils sont aussi exposés à des images et des stéréotypes dont ils ne peuvent pas se protéger car ils n'ont pas pu développer un oeil critique.

À l'ère du numérique et du visuel :

- les jeunes passent 900 heures par an devant un écran à l'école... et 1200 heures pour leurs loisirs (TV, Internet, jeux vidéo, smartphones);

- les jeunes sont inondés de stéréopypes et de modèles impossibles à imiter et rarement discutés ;

- l'estime de soi des jeunes se détériore et nous restons des analphabètes du visuel.

La question des stéréotypes féminins-masculins n'est évidemment pas étrangère au problème du harcèlement sexuel et d'une manière générale, elle est à mettre en lien avec la violence faite aux femmes.

Face à cette problématique, les institutions scolaires agissent de manière dispersée et insuffisante.

Le plan d'études romand est certes utile mais il prévoit très peu d'heures d'éducation à l'image. On remarque aussi qu'il y a peu de coordination entre les cantons quant aux mesures à prendre : par exemple, à la rentrée scolaire, certains ont décidé d'interdire les téléphones portables à l'école, d'autres ont décidé d'entamer une réflexion, etc.

Le Conseil fédéral est prié de répondre aux questions suivantes :

1. Partage-t-il aussi le constat selon lequel l'éducation à l'image devrait être prise plus au sérieux et selon lequel il faudrait prévoir des programmes consistants dans ce domaine ?

2. Est-il prêt à impulser la coordination entre les cantons et à favoriser des coopérations avec les acteurs actifs dans ce domaine (musées, fondations), à renforcer l'offre pour les parents et à créer des ponts entre des programmes comme "Jeunes et Médias", Educa et Éducation 21 ?

Stellungnahme des Bundesrates

La présence du visuel en raison des nouvelles technologies est un fait de la société moderne ayant ses répercussions tant dans le monde des jeunes que dans celui de l'éducation. C'est également dans ce contexte que le Conseil fédéral considère l'éducation aux médias ainsi que le développement d'un esprit créatif et critique comme essentiels. La transmission des compétences respectives et la mise en place d'offres de formation sont par conséquent d'une importance capitale.

Les conséquences de la numérisation sont amplement discutées à tous les niveaux du système éducatif, des stratégies sont développées et des mesures sont prévues ou déjà en voie de réalisation. À l'échelon intercantonal, l'Assemblée plénière de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) a adopté, le 21 juin 2018, une stratégie pour la gestion de la transition numérique dans le domaine de l'éducation. Une planification des mesures doit être arrêtée sur cette base en 2019. Sur le plan fédéral, dans le cadre de la mise sur pied de la Stratégie Suisse numérique, le Conseil fédéral a pris acte, le 5 juillet 2017, du plan d'action "Numérisation pour le domaine FRI durant les années 2019 et 2020" élaboré par le Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche (DEFR); le Conseil fédéral a aussi chargé le DEFR de la mise en oeuvre du plan.

Dans ce contexte, le Conseil fédéral répond aux questions comme suit :

1. La scolarité obligatoire étant un domaine relevant de la responsabilité des cantons, il incombe aux autorités cantonales et aux communes de faire en sorte que tous les élèves ainsi que le corps enseignant acquièrent des compétences numériques de base, soient sensibilisés aux risques découlant d'un temps excessif passé devant l'écran et soient capables de comprendre et d'utiliser correctement les médias et les outils informatiques, et par conséquent de remettre en question les stéréotypes transmis. Les plans d'études des régions linguistiques font déjà référence à ces compétences clés.

2. Le Conseil fédéral estime que les processus stratégiques introduits par la Confédération et les cantons ainsi que les mesures prises vont dans le sens voulu.

La plateforme nationale "Jeunes et médias", qui inclut des représentants de la CDIP et de la Conférence intercantonale de l'instruction publique (CIIP) afin de favoriser l'échange avec le domaine scolaire, est un bon exemple. Cette plateforme a par ailleurs des contacts réguliers avec educa.ch et "éducation 21". Il n'y a donc pas de nécessité d'intervention de la part de la Confédération.

Réponse du Conseil fédéral.