21.3915 · Interpellation · 2021-06-18
Département de l'économie, de la formation et de la recherche
Liquidé
Wortlaut
La production et la consommation de viande et de produits carnés font depuis longtemps l'objet d'une campagne médiatique critique, qui ne mentionne souvent pas que les produits animaux constituent une source substantielle de protéines de haute qualité sur le plan biologique et contribuent de façon importante, en raison de leur biodisponibilité plus élevée que celle des plantes, à l'absorption de micronutriments nécessaires à la vie tels que les vitamines (surtout B1, B2 et B12) et les oligoéléments (surtout fer, zinc et sélénium). Les protéines animales ont par ailleurs plus de valeur que celles d'origine végétale en raison de leur composition plus équilibrée en acides aminés.
Les différentes sortes de viande restent très appréciées des consommateurs. Alors que la consommation de viande de porc par habitant est en léger recul depuis une dizaines d'années, celle de boeuf est stable et celle de volaille stagne.
Les différentes campagnes anti-viande passent régulièrement sous silence que des ingrédients et des additifs très douteux en ce qui concerne l'environnement, mais aussi la santé, sont souvent utilisés pour produire les succédanés de viande et qu'il faudrait au moins les remettre en question. Leurs effets sur l'environnement, notamment sous l'angle de la durabilité des matières utilisées et des processus de fabrication, sont eux aussi la plupart du temps simplement passés sous silence.
Le Conseil fédéral est par conséquent chargé de répondre aux questions suivantes :
1. Est-il lui aussi d'avis que la viande est importante pour une alimentation équilibrée ?
2. Dispose-t-on de données détaillées mettant en rapport la production de succédanés de viande et son impact sur l'environnement ? Si oui, quelles sont-elles ?
3. Quelles sont les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d'énergie causées par ces produits ?
4. D'une manière générale, le Conseil fédéral estime-t-il que la production de succédanés de viande est durable ?
5. Que pense-t-il de la composition des succédanés de viande sur le plan nutritionnel s'agissant de la santé humaine ?
Stellungnahme des Bundesrates
Le terme de succédané de la viande recouvre une multitude de produits destinés à remplacer la viande et ses propriétés nutritionnelles. Ces denrées comprennent notamment des légumineuses (lentilles et haricots, etc.), des produits transformés constitués d'un seul ingrédient (tofu, etc.), des produits imitant la viande et des produits prêts à l'emploi, dont la teneur en protéines n'est pas la caractéristique première, mais qui remplacent souvent la viande. Les succédanés de la viande ne sont pas forcément d'origine purement végétale. Ils peuvent aussi contenir du lait ou des oeufs.
1. La viande figure dans la pyramide alimentaire suisse. C'est en effet une précieuse source de macronutriments et de micronutriments, notamment de protéines, de vitamines (A, B1, B12) ainsi que de fer et de zinc. Selon les recommandations alimentaires suisses, la consommation de viande ne devrait pas dépasser deux à trois portions de par semaine (une portion= 100 à 120 g). Or, il ressort de l'enquête nationale sur l'alimentation menuCH que la population de la Suisse mange le triple de la quantité de viande préconisée. Il convient donc, du point de vue de la santé, de réduire la consommation de cet aliment et de le remplacer en partie par d'autres produits alimentaires riches en protéines, comme le poisson, les oeufs, le tofu, Quorn, le seitan, des produits laitiers ou des légumineuses, en les alternant.
2 et 3. Diverses études comparent les écobilans de la viande et de ses succédanés (UBA 2020, Smetana et al. 2015 et 2021, ESU-Services 2021, etc.). Agroscope travaille actuellement à la mise au point de méthodes permettant de réaliser des écobilans prenant mieux en considération la biodisponibilité de différentes sources de protéines. Ces études montrent que l'écobilan des succédanés de la viande est en général nettement meilleur que celui de la viande. Les succédanés de la viande à base de soja produisent donc environ 50 % de moins d'émissions de gaz à effet de serre que la viande de poulet et plus de 80 fois moins que la viande de boeuf. La consommation d'énergies non renouvelables est, elle aussi, nettement plus faible pour les succédanés de la viande que pour la viande. L'écart est encore plus grand avec les succédanés de la viande peu ou pas du tout transformés. Mais il peut être plus faible avec des produits à base de mycoprotéines (protéines fongiques fabriquées dans des bioréacteurs) et des produits à forte teneur en oeufs ou en produits laitiers.
4. La demande de succédanés de la viande a connu une forte hausse au cours de ces cinq dernières années (OFAG, 2021 : Rapport suisse sur les succédanés de la viande). Ce marché en pleine expansion présente un certain potentiel pour l'agriculture suisse. Or, la pénétration de ce marché implique une coopération tout au long de la chaîne de création de valeur, de la production des matières premières à la commercialisation ciblée des produits, en passant par leur traitement et leur transformation.
Le Conseil fédéral a, dans la Stratégie pour le développement durable 2030, fixé comme objectif l'augmentation de la part de la population se nourrissant conformément aux recommandations de la pyramide alimentaire suisse, qui s'élèverait ainsi à un tiers. Les protéines végétales sont un aspect important d'un système alimentaire durable.
5. Les composants des succédanés de la viande varient très fortement. Ces produits de substitution sont parfois des denrées alimentaires fortement transformées avec une composition nutritionnelle non optimale. Alors que quelques fabricants renoncent largement ou complètement à utiliser des additifs, il existe aussi des produits contenant des additifs alimentaires. Une étude de la " Verbraucherzentrale Niedersachsen " publiée en 2020 a révélé que sur 31 succédanés de la viande végétaliens fortement transformés, 29 affichaient un Nutri-Score moyen ou bon, allant de " C " à " A ".
La Société Suisse de Nutrition (SSN) recommande de bien lire la liste des ingrédients et les informations sur les valeurs nutritives qui figurent sur l'emballage des succédanés de la viande transformée et de privilégier les produits dont la composition est la plus intéressante (p. ex. teneur importante en protéines, faible teneur en graisse, acides gras saturés, sel et sucre). Les mêmes principes s'appliquent aux produits à base de viande transformés.
Réponse du Conseil fédéral.