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22.4360 · Interpellation · 2022-12-13

Département de l'intérieur

Liquidé

Wortlaut

Selon la publication de l'Office fédéral de la statistique (OFS) du 12 décembre 2022, les hospitalisations pour troubles mentaux et troubles du comportement ont augmenté de 26 % chez les filles et les jeunes femmes de 10 à 24 ans entre 2020 et 2021, et de 6 % chez les hommes du même âge. Pour la première fois, les troubles mentaux ont été la première cause d'hospitalisation chez les jeunes de 10 à 24 ans. Les hospitalisations suite à une tentative de suicide ont augmenté pour la même classe d'âge de 26 %, et les prestations psychiatriques ambulatoires à l'hôpital de 19 %.

Ces chiffres alarmants soulèvent plusieurs questions urgentes :

1. Comment le Conseil fédéral explique-t-il l'augmentation considérable des hospitalisations pour troubles mentaux chez les jeunes ?

2. Quelles mesures d'urgence a-t-il prises suite à la publication de l'OFS ?

3. Les causes de ce phénomène font-elles l'objet d'une étude systématique et l'Office fédéral de la santé publique dispose-t-il de données pertinentes ? Si oui, quelles sont les causes de cette évolution alarmante ?

4. Le Conseil fédéral est-il disposé à examiner cette évolution au plus vite et à proposer des mesures ?

5. Pense-t-il que les structures hospitalières en Suisse sont capables de faire face à cette augmentation et d'aider ainsi les jeunes ?

6. De quel soutien disposent les jeunes et leurs proches dans cette situation ?

Stellungnahme des Bundesrates

1 et 3. Depuis 2018, l'Observatoire suisse de la santé publie annuellement les chiffres clés relatifs à la santé psychique, sur mandat de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Durant la crise du COVID-19, l'OFSP a commandé ou soutenu des études supplémentaires traitant de l'impact de la pandémie sur la santé psychique et la situation de prise en charge (p. ex. l'étude synoptique de Jäggi et al., 2022, sur l'influence du COVID-19 sur la santé psychique en Suisse, disponible en allemand avec résumé en français sur www.ofsp.admin.ch > Stratégie & politique > Mandats politiques & plans d'action > Santé psychique et soins psychiatriques, ou le COVID-19 Social Monitor, disponible sur www.ofsp.admin.ch > Coronavirus > Situation en Suisse > Monitorage). Les chiffres actuels de l'Office fédéral de la statistique (OFS) sur la santé psychique étayent les résultats de ces études. Les hospitalisations pour troubles psychiques sont en augmentation chez les jeunes, spécifiquement les jeunes femmes. On observe chez ces dernières une hausse des troubles dépressifs particulièrement importante. Les spécialistes indiquent différents éléments d'explication impliquant des causes souvent multifactorielles avec des corrélations complexes. Parmi les raisons qui exposent surtout les adolescentes à une pression psychique toujours plus forte, la Société suisse de psychiatrie et psychothérapie d'enfants et d'adolescents (SSPPEA) cite notamment l'influence croissante des médias sociaux et d'Internet (cf. communiqué de presse du 11 octobre 2022). Comme le montrent de nombreuses études, la crise du COVID-19 a fortement impacté la santé psychique des plus jeunes (cf. étude synoptique de Jäggi et al., 2022).

2 et 4. En collaboration avec les acteurs impliqués, la Confédération met en oeuvre des mesures pour améliorer la santé psychique et les soins psychiatriques depuis plusieurs années (cf. www.ofsp.admin.ch > Stratégie & politique > Mandats politiques & plans d'action > Santé psychique et soins psychiatriques). Au cours de la pandémie, elle a par exemple apporté un soutien financier à des organisations de conseil, telles que Pro Juventute, leur permettant d'augmenter leur capacité de conseil. Le 10 décembre 2020, elle a également lancé une journée d'action nationale en lien avec la santé psychique. En outre, le 19 mars 2021, le Conseil fédéral a décidé que les psychologues-psychothérapeutes pourront facturer leurs prestations à la charge de l'assurance obligatoire des soins à titre indépendant. Les personnes atteintes de troubles psychiques auront ainsi plus facilement et rapidement accès à la psychothérapie.

Face à la hausse des troubles psychiques chez les jeunes, l'OFSP a organisé le 14 juin 2022 une table ronde avec les organisations de médecine de l'enfant et de l'adolescent, ainsi que la Conférence suisse des directrices et directeurs cantonaux de la santé afin d'examiner les mesures applicables à court terme pour améliorer la santé psychique des enfants et des jeunes. Il s'est avéré qu'une multitude d'activités et d'offres existent déjà, mais qu'il faut renforcer leur promotion et leur harmonisation, tant sur le plan cantonal que régional. L'OFSP a ensuite mené en août 2022 une enquête portant sur les mesures des cantons auprès de ces derniers, dont les résultats n'ont pas été publiés (cf. réponse à la question 5). Dans le cadre de ses compétences, la Confédération continuera de suivre l'évolution de la situation en ce qui concerne la prise en charge des enfants et des adolescents en psychiatrie.

Le rapport rédigé en réponse au postulat 19.3910 Fehlmann Rielle " Santé des femmes. Pour une meilleure prise en compte de leurs spécificités " analysera aussi les discriminations dont souffrent les femmes dans le système de santé, à l'aide de plusieurs exemples de maladies, dont la dépression.

5. Selon une étude publiée en 2016 par le bureau d'études de politique du travail et de politique sociale BASS, l'offre destinée aux enfants et aux adolescents en psychiatrie et en psychothérapie est largement insuffisante en Suisse. La pénurie concerne tant les cliniques de jour que les places de traitement stationnaires (structures hospitalières), les médecins établis et les services ambulatoires (rapport de Stocker et al., 2016, sur la situation des soins aux personnes atteintes de maladies psychiques, disponible en allemand sur www.ofsp.admin.ch > Stratégie & politique > Mandats politiques & plans d'action > Santé psychique et soins psychiatriques > Prise en charge des personnes atteintes de maladies psychiques > Données sur la santé psychique et les soins psychiatriques). La pandémie de COVID-19 a encore accentué le manque d'offre de soins, comme la SSPPEA et nombre de rapports d'autres institutions l'ont exposé. Toutefois, l'enquête effectuée par l'OFSP en août 2022 (cf. réponse aux questions 2 et 4) montre qu'en raison de la situation actuelle la grande majorité des cantons et des régions ont créé des places stationnaires et augmenté les postes en psychiatrie pour enfants et adolescents. Il est encore impossible de dire si ces mesures suffiront.

6. Il existe en Suisse différentes offres d'aide et de conseil faciles d'accès et bien connues qui s'adressent tant aux enfants, aux adolescents et aux jeunes adultes qu'à leurs personnes de référence. Pro Juventute, ciao.ch, et safezone.ch, par exemple, proposent des offres non liées à un endroit. Les associations de jeunesse et les organisations d'animation pour l'enfance et la jeunesse en milieu ouvert veillent et contribuent à la santé psychique dans le temps libre. Dans les écoles, le travail social et les médiateurs constituent également des interlocuteurs importants.

Réponse du Conseil fédéral.