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Gestion du loup. Changement de paradigme par la fixation d'un nombre maximal de loups sur le territoire national et cantonal

26.307 · Initiative déposée par un canton · 2026-05-20

Parlement

Attribué à la commission compétente

Wortlaut

L’Assemblée fédérale est chargée de modifier la loi sur la chasse ou de prévoir un arrêté fédéral visant à autoriser l’abattage de meutes ou de loups isolés dès que leur population atteint un nombre maximal prédéterminé en accord avec les cantons, en tenant compte des particularités territoriales, environnementales et socio-économiques des différentes régions et des cantons.

Begründung

Le 7 mars 2025, la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe (ci-après Convention de Berne) a été modifiée, faisant passer le loup d’espèce strictement protégée (annexe 2 de la Convention) à espèce protégée (annexe 3).

Le déclassement de ce grand prédateur permet une gestion des populations : le loup reste protégé, mais sa chasse est autorisée sur le principe et les États disposent d’une plus grande marge de manœuvre et d’une plus grande autonomie.

Les mesures de protection ont montré toutes leurs limites, les procédures sont notoirement lentes (analyses génétiques et indemnisations) et les coûts liés à la gestion du loup pèsent lourdement sur les finances cantonales.

Le « Plan Loup » (édition 2020) prévoyait une population minimale idéale de 12 meutes, réparties dans 5 régions (appelées « compartiments » dans le plan), afin de garantir la coexistence du loup avec les êtres humains et les activités d’élevage.

Aujourd’hui, il y a bien plus de 12 meutes : selon les dernières données officielles, on dénombrerait en Suisse plus de 30 meutes, constituées de 300 loups environ, sans compter ceux qui vivent de part et d’autre de la frontière.

Afin d’assurer la préservation de l’espèce tout en limitant les conflits avec l’agriculture et la population, il est prévu qu’au moins 3 meutes soient présentes dans le compartiment « Sud-est de la Suisse », qui comprend le Tessin, les Grisons et Saint-Gall. Rien qu’au Tessin, on recense à ce jour 8 meutes, 4 couples et plus d’une dizaine de loups isolés. S’agissant des ordres d’abattage émis par le canton, leur efficacité n’est pas démontrée ; de plus, il ne faut pas se bercer d’illusions quant à leur capacité à contenir la population de ce grand prédateur dans le canton du Tessin, surtout lorsqu’ils ne concernent que les deux tiers des louveteaux nés pendant l’année au sein d’une meute.

En 2025, au Tessin, les conséquences de cette politique ont été désastreuses : entre le 1er janvier et le 27 septembre, 195 têtes de bétail ont été victimes du loup et 153 ont disparu, des chiffres records qui montrent clairement que la situation est désormais ingérable. De nombreuses exploitations mettent la clé sous la porte, avec toutes les conséquences négatives que cela implique pour l’ensemble du pays.

Le temps presse désormais pour sauver ce qui peut l’être dans l’élevage ovin et caprin de montagne. La situation est totalement hors de contrôle et le déclassement du loup prévu par la Convention de Berne permet un changement de paradigme : au lieu de fixer un nombre minimal de meutes et de loups en Suisse, on peut fixer un nombre maximal qui permet d’assurer la protection de l’espèce tout en garantissant une coexistence avec l’élevage de montagne.

La Suisse pourrait s’inspirer de la Suède : si celle-ci est onze fois plus vaste que la Suisse, elle a une population à peu près similaire (10 millions contre 9) et compte elle aussi 300 loups environ sur son territoire. Or, la Suède prévoit de réduire le nombre de loups à 170, pour gérer les conflits entre les loups et les éleveurs de rennes. Ce pays a eu le courage de prendre des décisions difficiles visant à préserver une tradition ancestrale et une activité économique importante. On ne peut que l’en féliciter.

Le 4 décembre 2025, le conseiller aux États Fabio Regazzi a déposé au Conseil des États une motion intitulée « Introduction d’une base légale réglant le tir des loups dès que leur nombre dépasse un certain seuil » (25.4464) et le conseiller national Alex Farinelli a déposé une motion de même teneur au Conseil national.

Avec son initiative, le canton du Tessin demande à l’Assemblée fédérale de modifier la loi sur la chasse ou d’adopter un arrêté fédéral afin de mettre en œuvre le changement de paradigme découlant de l’adaptation de la Convention de Berne. Il s’agit de fixer un nombre maximal de loups et de meutes sur l’ensemble du territoire suisse et dans chaque « compartiment » défini dans le Plan Loup, en tenant compte des particularités territoriales, environnementales et socio-économiques ; l’objectif est de protéger les activités d’élevage et de permettre l’abattage des loups lorsque le nombre de ces grands prédateurs dépasse le contingent maximal.