93.3364 · Interpellation · 1993-06-18
Département de l'intérieur
Liquidé
Wortlaut
Je me permets de poser les questions suivantes au Conseil fédéral à propos de la campagne publicitaire lancée dans la presse par l'Aide suisse contre le sida.
1. Qui, au sein de l'administration publique, est responsable de cette campagne ou du soutien qui lui est apporté ?
2. Quel est le coût de cette campagne et quels fonds publics reçoit l'Aide suisse contre le sida ?
3. Les responsables de cette campagne partent-ils aussi du principe qu'une personne infectée du sida modifie son comportement à l'égard de ses partenaires sexuels après avoir été déclarée séropositive ?
4. Si la réponse à la question 3 est affirmative, les responsables de la campagne sont-ils réellement d'avis que les problèmes éventuels du séropositif sont plus importants que l'intérêt des partenaires de ne pas être contaminés ?
5. Le Conseil fédéral adhère-t-il à cette campagne ?
6. N'est-il pas d'avis qu'il est irresponsable de déconseiller le test du sida, alors que ce test permettrait d'éviter d'autres infections et la procréation d'enfants atteints du sida ?
Begründung
1. Des annonces sur double page parues récemment dans les quotidiens et qui prétendent servir la cause de la prévention du sida portent, en lettres géantes, la question "Le test du sida est-il utile ou non pour moi ?" (traduction). En outre, les annonces se terminent par l'indication suivante :"Une campagne de prévention de l'Aide suisse contre le sida, en collaboration avec l'Office fédéral de la santé publique".
2. Les annonces contiennent la liste des cas où un test de dépistage ne serait pas utile. Ainsi, il y aurait lieu de renoncer au test lorsqu'en cas de résultat positif on ne pourrait pas compter fermement sur la solidarité du ou de la partenaire, de sa famille, ou de son entourage.
3. Après un résultat positif, la personne contaminée saura qu'elle peut infecter ses partenaires lors de l'acte sexuel, et qu'un enfant procréé par elle sera vraisemblablement séropositif. Or le test du sida doit avoir pour but d'empêcher ces éventualités. Je pars du principe que l'immense majorité des êtres humains modifieront leur comportement après un test dont le résultat est positif, afin d'éviter de jeter dans le malheur les personnes qu'il aime.
4. La campagne recommande de renoncer au test au cas où on risquerait un manque de solidarité . Il faut souligner au premier chef que le séropositif n'est naturellement pas obligé de faire connaître le résultat.
5. Qu'entend-on par le fait de ne pouvoir compter fermement sur la solidarité du partenaire, de la famille ou de l'entourage ? Il est fort probable que l'entourage au sens large réagira négativement dès qu'il aura connaissance de la séropositivité. En effet, dans de nombreux milieux, il existe une grande crainte à l'égard des malades du sida, parce qu'on est insuffisamment informé des modes de transmission. Les partenaires sexuels réagiront sans doute très vivement. Pour eux, c'est un monde qui s'écroule. À cela s'ajoute la peur d'être contaminé. Certains partenaires voudront en conséquence éviter tout contact sexuel. Faut-il entendre par "solidarité" que le partenaire n'a pas le droit de refuser les rapports sexuels ? Dans quelle mesure est-il nécessaire d'informer la famille au sens large ? Sans vouloir répondre à cette question, on peut toutefois penser que la "solidarité" de la famille ne consistera sûrement pas à hausser les épaules et à s'écrier "ce sont des choses qui arrivent, ça ne fait rien".
6. Il va de soi que la personne qui apprend qu'elle est séropositive sera psychiquement fort ébranlée, même si elle garde le résultat du test pour elle seule. On peut aussi s'attendre à des réactions très négatives des membres de l'entourage. Comme on l'a dit plus haut, il faut espérer que le séropositif modifiera de lui-même son comportement. Quant aux partenaires sexuels, ils ont assurément le droit, lorsqu'ils apprennent le résultat, d'en tirer librement les conséquences. C'est une attitude profondément irresponsable que de vouloir taire la vérité par crainte de telles réactions.
7. Si quelqu'un avait des motifs de penser qu'il pourrait avoir été infecté par le virus du sida, il pourrait être incité par la présente campagne à renoncer à un contrôle. C'est là un mauvais service à rendre au malade lui-même. S'agissant du sida, on a constaté maintes fois qu'une personne séropositive a toutes les peines du monde à se pardonner après avoir contaminé son partenaire ou ses enfants.
Stellungnahme des Bundesrates
Comparer texte allemande
Réponse du Conseil fédéral.