93.460 · Initiative parlementaire · 1993-12-17
Parlement
Liquidé
Wortlaut
Me fondant sur l'article 21 bis de la loi sur les rapports entre les conseils, je dépose l'initiative parlementaire suivante, formulée en termes généraux :
Afin de prévenir la propagation plus large du VIH (reconnu comme maladie contagieuse grave, actuellement régulièrement mortelle, sans possibilité de traitement), et en vue de permettre aux personnes séropositives, ou malades du Sida, d'être intégrées pleinement au sein de la société, il apparaît que les démarches suivantes s'imposent :
a. Etudier les possibilités de considérer le VIH comme maladie soumise à déclaration, ceci aux mêmes conditions que les autres maladies transmissibles de l'homme.
b. Modifier la législation sur les assurances sociales pour prévenir les discriminations à l'encontre des personnes séropositives, trop souvent contraintes, aujourd'hui, de par ce handicap, de sombrer dans la clandestinité (notamment la loi sur la prévoyance professionnelle, l'assurance invalidité, l'assurance chômage, l'assurance maladie).
Begründung
La maladie du Sida requiert une approche nouvelle.
Il est temps aujourd'hui de lever le voile qui masquait par trop les réalités d'une maladie qui n'est plus à ignorer de la société.
À ce jour l'épidémie du Sida ne peut être combattue que par la diminution du nombre des nouvelles infections.
C'est pourquoi tous les efforts doivent converger en vue de limiter la propagation de cette maladie pernicieuse, précisément parce qu'elle échappera, peut-être pour longtemps encore, à toute possibilité de traitement.
Seule une transparence absolue en ce domaine permettra de mesurer au mieux la présence de cette maladie et de suivre sa progression parmi la population. Aussi s'avère-t-il indispensable de définir le VIH comme maladie à déclaration obligatoire au même titre que d'autres transmissibles chez l'homme.
Cette nouvelle approche du problème présuppose cependant une prise de conscience tout à fait différente au sein de notre société.
Si, aujourd'hui, la séropositivité et la maladie du Sida font l'objet de maintes discussions parmi la population, force est de constater cependant que les personnes atteintes vivent un vrai drame, étant fréquemment repoussées, voire culpabilisées. Ce rejet de la société s'effectue parfois de manière inconsciente, ce qui n'en est pas moins douloureux pour les personnes concernées.
Trop souvent, la maladie est considérée comme honteuse par la population. Or, elle progresse aujourd'hui essentiellement en dehors des groupes dits à risque et personne ne peut prétendre en être à l'abri.
Il s'agit donc de détruire le mythe qui laissait à croire, à tort, que seules certaines personnes au comportement irresponsables pouvaient y être exposées.
Certes, il est primordial de persister dans l'éducation de la société, en l'informant sur tous les dangers liés aux comportements dits à risque. Aussi les campagnes de prévention s'y emploient-elles. Mais cela suffit-il ? Les connaissances de la science et de la médecine sont-elles suffisantes pour exclure à 1,0 % l'une ou l'autre hypothétique voie de transmission ? Toujours est-il que, en dépit des efforts investis dans les campagnes de prévention, la Suisse se trouve être le pays le plus touché d'Europe.
Plutôt que de nous retrancher derrière nos préjugés faces aux personnes atteintes, il serait hautement plus efficace et valorisant d'apprendre à vivre avec elles et avec les réalités de la maladie.
Une telle vision des choses présuppose une révolution de la pensée. Elle doit aboutir à la parfaite reconnaissance de toute personne confrontée à la maladie du Sida, ou séropositive ; celle-ci a droit en effet à la dignité qui lui revient et mérite de rester intégrée sans condition dans notre société.
Pareille évolution, cependant, ne pourra réellement avoir lieu dans les esprits de la population que lorsque le législateur traitera cette maladie au même titre que toute maladie, et lorsqu'il reconnaîtra aux personnes séropositives les mêmes droits sociaux qu'à tout un chacun. À ces conditions seulement, il sera possible de parler de normalisation ; c'est précisément l'enjeu de la présente intervention.