96.419 · Initiative parlementaire · 1996-06-05
Liquidé
Wortlaut
Me fondant, d'une part, sur l'article 91, 1er alinéa, de la Constitution, et d'autre part, sur l'article 21bis de la loi sur les rapports entre les conseils, je dépose l'initiative suivante, rédigée sous la forme d'une demande conçue en termes généraux.
Il est urgent et impératif de décréter un moratoire portant sur les expériences qui impliquent des xénogreffes sur l'homme car les problèmes écologiques, médicaux, éthiques et sociaux qui se posent dans ce contexte ne sont encore absolument pas résolus. Il convient d'élaborer un projet dans ce sens.
Begründung
En matière de génie génétique, l'avenir est aux xénogreffes, à savoir aux greffes d'organes animaux sur l'homme. Comme on manque d'organes humains pour les transplantations, on compte dorénavant aussi utiliser des porcs ou des babouins génétiquement modifiés comme donateurs. Les xénogreffes sont considérées comme une véritable révolution pour la médecine, et l'industrie chimique attend d'elles des bénéfices colossaux.
Or ces xénogreffes comportent des risques imprévisibles pour toute l'humanité : Lorsque des organes animaux sont greffés sur l'homme, les agents pathogènes dont l'animal est porteur passent eux aussi de l'animal à l'homme. De la sorte, ils acquièrent une potentialité d'évolution et peuvent avec le temps, par mutation, se transformer en agents pathogènes humains.
La plupart des virus dangereux qui sont apparus ces dernières années proviennent d'animaux. Le virus "Ebola", qui a sévi au Zaïre en 1995, s'est probablement transmis du singe à l'homme ; de même le virus du sida s'est peut-être développé à partir d'un virus décelé chez le singe. Parmi les exemples récents les plus frappants, il convient de citer la maladie de la vache folle. Il semble que cet agent pathogène ait lui aussi réussi à "sauter" de la vache à l'homme.
En cas de xénogreffes, toutes les conditions sont réunies pour que les agents pathogènes animaux passent de l'animal à l'homme. La peste porcine est-elle en voie de devenir la nouvelle épidémie qui frappera les humains ? Ou connaîtrons-nous un sida 2 ou un sida 3 ?
Les xénogreffes soulèvent aussi des problèmes éthiques : A-t-on le droit de modifier génétiquement des animaux afin qu'ils servent de réserves d'organes pour les humains ? En outre, lorsqu'un organe animal est greffé sur l'homme, les cellules animales se répartissent dans tout le corps (sauf dans le cerveau) sous l'effet de la circulation sanguine et se fixent partout. Les cellules animales s'établissent dans la peau, le nez, le coeur et d'autres organes. Qu'est-ce que cela signifie pour l'homme de voir s'estomper la frontière entre l'animal et l'homme ? Qu'est-ce que cela signifie pour moi de savoir que je suis composée de nombreuses cellules humaines et de nombreuses cellules de babouin ?
Dans quelle mesure cela modifie-t-il mon identité, ma personnalité ?
Certes, pour certaines catégories de patients, les xénogreffes représentent peut-être un grand espoir. Il n'en reste pas moins que, pour l'ensemble de la population, elles recèlent des dangers imprévisibles.
Il est donc urgent de décréter un moratoire portant sur les xénogreffes. Il est impératif d'étudier soigneusement les risques encourus, mais aussi de discuter les problèmes éthiques qui sont soulevés lorsque les frontières entre l'homme et l'animal sont effacées.