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98.3387 · Postulat · 1998-09-23

Département de l'intérieur

Liquidé

Wortlaut

Le Conseil fédéral est prié, dans le cadre de l'aide apportée aux universités (hautes écoles et hautes écoles spécialisées), de s'engager en faveur de la systématisation, de la coordination et de la concentration de la recherche sur la formation professionnelle et sur la formation continue, et de faire tout ce qui est en son pouvoir pour accélérer la création d'une chaire universitaire dans ce secteur.

Begründung

La formation professionnelle et la formation continue permettent aux personnes qui en disposent de trouver un emploi sur le marché du travail, autrement dit d'assurer leur existence ; elles contribuent aussi à faire en sorte que nous soyons à la hauteur des mutations sociales, culturelles, économiques, technologiques et environnementales, mieux, que nous puissions en être les artisans. Qui dit promotion de la formation professionnelle, dit investissement dans la formation professionnelle. Car bien que cette dernière soit formellement inscrite dans l'actuelle loi du même nom, il n'y a, dans notre pays, au contraire par exemple de l'Allemagne, quasiment pas de pratique continue ni coordonnée de la recherche. En Allemagne, pas moins d'un millier de chercheurs, hommes et femmes, disséminés dans quelque 60 institutions, font de la recherche sur la formation professionnelle alors qu'en Suisse il n'y pas une seule chaire universitaire dans ce domaine (cf. Axel, L. Bundesamt für Berufsbildung, Berlin. Referat über die aktuelle Situation und Entwicklung der Berufsbildungsforschung in Deutschland. Journées suisses de la formation professionnelle, mars 1998, Lausanne). L'évaluation de l'impact de l'Arrêté fédéral relatif à des mesures visant à améliorer l'offre de places d'apprentissage (cf. Gertsch M. & Weber K., LBS I, Erfolgs- und andere Geschichten. Université de Berne. Koordinationsstelle für Weiterbildung, 31.08.1998) a, elle aussi, montré une fois de plus que nous manquions en Suisse cruellement de données et de connaissances sur la formation professionnelle, que trop longtemps nous avions considéré la formation professionnelle et la formation continue comme des secteurs fonctionnant tout seuls jusqu'à ce que la crise actuelle nous ait révélé, dans le contexte de la mondialisation qui est désormais le nôtre, la nécessité de réformes en profondeur. Or, pour être sérieuses, les réformes doivent pouvoir prendre appui sur des bases scientifiques solides, et non sur les intérêts à court terme des groupements professionnels ou autres milieux.

La crise qui secoue la formation professionnelle s'est manifestée récemment par un réel manque de places d'apprentissage dans les professions répertoriées par l'ex-OFIAMT et par le fait que, du même coup, davantage de jeunes sont tentés par l'école moyenne. Quoi qu'il en soit, l'apprentissage professionnel a encore un bel avenir devant lui puisqu'il permettra aux jeunes qui ont opté pour lui de préparer la maturité professionnelle, et plus tard de fréquenter, s'ils le souhaitent, une haute école (spécialisée). Puisque, encore, combinant un enseignement de type scolaire avec un travail dans une entreprise, il constitue un instrument performant permettant d'acquérir un savoir et un savoir-faire en rapport avec une activité professionnelle (cf. Hotz-Hart B. & Küchler C. Technologie : Herausforderung und Chancen für die Beschäftigung. In : Mitt.blatt für Konjunkturfragen 4/96); autrement dit, c'est un facteur de chance significatif à une époque où les États se livrent à une concurrence mondiale féroce pour conserver leurs emplois et en acquérir d'autres. Puisque, enfin, la formation professionnelle prévient le chômage des jeunes (cf. Lob der Lehre. In : Cash, no 49, du 05.12.1997). Des tests opérés dans plusieurs pays sur les connaissances des jeunes en sciences et en mathématiques révèlent que la formation professionnelle dite "à deux composantes" ou "en alternance" est très performante et que les jeunes Suisses de 20 ans, qui pour 70 % d'entre eux font un apprentissage, ont des résultats supérieurs à la moyenne (ce qui n'est malheureusement pas le cas des jeunes Suissesses du même âge !) alors que les autres pays ont des taux de gymnasiens/lycéens bien plus élevés que nous (cf. Somm M. Mit ihnen ist zu rechnen. In : Tages-Anzeiger du 06.02.1998).

Crise de la formation continue : la première formation, on le sait, ne donne plus aux gens d'aujourd'hui des qualifications pour la vie entière. Les mutations qui transforment le monde du travail donnent davantage d'importance à la formation continue. Dans la société qui est la nôtre, où le secteur économique évolue très vite, tout employé d'entreprise innovatrice se doit d'apprendre en permanence et de ne jamais cesser de se former, de manière à pouvoir s'adapter à toute nouvelle donne. Déjà en 1990, près de la moitié des gens qui travaillaient exerçaient un autre métier que celui qu'ils avait appris (Source : Recensement fédéral de la population de 1990. In : Schräder-Naef R. (1997). Warum Erwachsene (nicht) lernen ?). C'est un fait que ce sont les personnes bien formées au départ qui se forment le mieux en continu. Trop d'individus toutefois (60 % entre 1988 et 1993) ne suivent pas de formation continue (Source : Formation continue en Suisse. Office fédéral de la statistique, 1997). La part de 20 % d'employés qui, en Suisse, n'ont pas de formation ultérieure est beaucoup trop élevée pour une nation industrielle comme la nôtre ; elle constitue, économiquement parlant, un grand risque pour la compétitivité de notre pays, connu pour avoir une économie basée sur le savoir ou "knowledge-based economy" en anglais (cf. Borkowsky A. Bildung und Berufsbildung : Kennziffern und -Zusammenhänge. In : die Volkswirtschaft/La Vie économique, 5/97). Vu le grand nombre de personnes peu ou pas qualifiées du tout, le taux de chômage que nous enregistrons est relativement faible, mais il pourrait rapidement augmenter (cf. Wolter St.C. & Knuchel B. Bildung für Erwerbstätige - Arbeit und Arbeitslose. In : die Volkswirtschaft/La Vie économique, 5/97). Nous manquons en Suisse de personnel qualifié et de personnel hautement qualifié (cf. Hausheer M. Für Spezialisten sind alle Kanäle offen. In : Sonntags-Zeitung du 9 mars 1997). Si j'en crois les chiffres de l'Office fédéral du développement économique et de l'emploi, mais aussi ceux de Computer Brainware Advisors (entreprise plaçant les informaticiens), il nous manquerait entre 10'000 et 12'000 spécialistes en informatique (Heer A. Gesucht : EDV-Spezialisten. In : Tages-Anzeiger du 9 mars 1998). En Suisse aussi, plus les personnes vieillissent, moins elles se perfectionnent, ce qui n'est pas le cas en Suède. Les étrangers, mal intégrés, sont souvent totalement exclus des programmes de formation continue. À cela s'ajoute le fait unique au monde que, dans notre pays, les femmes paient en règle générale de leur poche leur formation continue alors chez les hommes, c'est généralement l'employeur qui règle la facture (cf. Wagner S. Referat über die Verbesserung der Wirksamkeit von Weiterbildung, Journées suisses de la formation professionnelle, mars 1998, Lausanne). Si elle néglige d'investir dans le capital humain, richesse des richesses, la Suisse perdra de sa compétitivité dans la fabrication des produits d'avenir, dans la création des systèmes de production d'avenir et dans les secteurs économiques d'avenir (Schelbert H. Hochschulweiterbildung zwischen Markt und öffentlichem Auftrag. Conférence de 1998).

Nous avons besoin d'une recherche et d'une planification prospectives dans les secteurs de la technologie et des métiers d'avenir. La Suisse devrait renforcer la recherche dans de nombreux domaines jusqu'ici inexplorés, notamment : pour accroître - par une évaluation de la qualité - l'efficacité et l'efficience des mesures prises jusqu'à présent dans les secteurs de la formation professionnelle, de base ou continue ; pour évaluer la participation (ou la non-participation) aux cours de formation de base et de formation continue, le cas échéant, de proposer des solutions permettant de l'améliorer ; pour y inclure les questions sur les rapports hommes-femmes ; pour opérer des comparaisons avec ce qui ce passe en dehors de nos frontières ; pour établir les besoins de formation continue ; pour relever les atouts, les déficits et les incohérences des systèmes de formation suisses, et engager les mesures qui s'imposent ; pour répondre aux questions de méthodologie, de didactique et de psychologie d'acquisition du savoir.

On attend des professionnels d'aujourd'hui qu'ils fassent preuve de qualification, de souplesse, de capacité à travailler en équipe, à évoluer et à apprendre, ou encore de pensée interdisciplinaire, qu'ils sachent acquérir de nouveaux savoirs, qu'ils aient de la méthode dans la manière de les acquérir, qu'ils aient encore un esprit analytique et un esprit de synthèse, qu'ils sachent démêler les cas complexes et trouver une voie dans les situations bloquées. Landwehr dit que le point crucial de la formation, en tant qu'acquisition du savoir professionnel, est la transmission à l'individu d'un savoir-agir dont il disposera en personne et qu'il appliquera dans toute situation de changement - partiel ou total - à venir (Landwehr N. Zehn Entwicklungstendenzen im beruflichen Lernen. Pädagogische Arbeitsstelle Aarau. Septembre 1995). Dans la société d'information qui est la nôtre, apprendre veut dire mettre en oeuvre de toute nouvelles méthodes didactiques. Je pense ici à la méthode qui est utilisée avec succès dans les hautes écoles spécialisées des Pays-Bas et qui est celle de l'acquisition du savoir par l'approche d'un problème, méthode qui s'inscrit dans un environnement cognitif faisant très largement appel aux multimédias et qui stimule la capacité des individus à résoudre les problèmes tout en faisant s'accroître leurs compétences. Les caractéristiques de la compatibilité professionnelle européenne après la formation de base sont la flexibilité, la modulabilité et la validation de compétences partielles, toutes qualités réunies dans le portefeuille professionnel de chaque individu. La recherche se doit d'ouvrir la voie à toutes ces questions. À l'instar de ce qui se fait ailleurs, la chaire dont je demande la création, fera partie du département "Pédagogie professionnelle" et travaillera étroitement avec les autres disciplines, notamment avec le département des sciences économiques.

En Allemagne, la recherche sur la formation professionnelle est une science intégrative, qui balaie un large spectre issu des disciplines les plus diverses, dont les dix champs thématiques suivants : 1. le marché du travail, la profession, la qualification ; 2. les bases des sciences de l'éducation ; 3. la politique de formation et la politique de formation professionnelle ; 4. la coopération internationale ; 5. la préparation à l'exercice de la profession ; 6. l'enseignement professionnel ; 7. la formation dans l'entreprise et en dehors de celle-ci ; 8. la formation continue, la formation des adultes, le télé-enseignement ; 9. le personnel de la formation professionnelle ; 10. les groupes particuliers. (cf. Axel L. Referat. Journées suisses de la formation professionnelle, mars 1998, Lausanne).

On peut évidemment imaginer que les institutions formant actuellement les enseignants des écoles professionnelles (je pense à l'Institut suisse de pédagogie pour la formation professionnelle, qui forme les enseignants des professions reconnues par l'ex-OFIAMT, mais aussi à l'École des cadres de la CRS, à Aarau, qui forme les enseignants du secteur de la santé) continuent les travaux de recherche appliquée auxquels ils se livrent dans le secteur de la formation professionnelle et des services, en étroite collaboration avec les praticiens. Il n'empêche qu'il faudra que nous nous dotions, au niveau universitaire, d'une structure se livrant à la recherche fondamentale et qui, aux plans national et international, élaborera un savoir, le centralisera, le coordonnera et le publiera, agissant donc à la manière d'un détecteur avancé de l'évolution de la société dans ce domaine. Une institution scientifique de ce type, qui sera obligatoirement d'un très haut niveau, sera un gage de continuité et assurera la liaison avec la communauté scientifique internationale s'occupant des mêmes problèmes. Aujourd'hui déjà, on opère en Suisse des travaux de recherche intéressants, par exemple dans le cadre du programme 33 du Fonds national de la recherche scientifique, qui étudie l'efficacité de la formation. Mais jusqu'à présent, personne n'a eu la responsabilité de coordonner les travaux dans ce secteur, de faire avancer le transfert des connaissances ni de fixer les points forts de la recherche capables d'éclairer les exigences de demain. Il ne peut y avoir d'avenir pour notre système de formation ni pour notre place économique sans évolution de la formation professionnelle et de la formation continue, autrement dit sans recherche dans ce secteur.

Antrag des Bundesrates

Le Conseil fédéral est prêt à accepter le postulat.

Stellungnahme des Bundesrates

Le Conseil fédéral est prêt à accepter le postulat.