Levrat Christian · Nationalrat · 2010-09-29
Levrat Christian · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-09-29
Wortprotokoll
L'initiative populaire "pour une poste forte", que nous avons déposée le 2 septembre dernier avec un peu plus de 110 000 signatures, prévoit la création d'une banque postale servant notamment à financer le réseau des offices de poste et plus généralement le service public.
Les arguments qui parlent en faveur d'une banque postale sous l'angle de la Poste sont évidents. La possibilité d'offrir des crédits et des hypothèques à des privés lui permettrait de développer ses affaires plus qu'elle ne le fait actuellement. Elle lui permettrait surtout d'éviter un détour coûteux, auquel elle est aujourd'hui contrainte en matière hypothécaire, par la Banque Valiant, un détour qui ne serait plus nécessaire, et des frais, et surtout des marges qui reviendraient au final à la Poste, à Postfinance, donc à nous tous et toutes, et non pas aux propriétaires de Valiant.
Avec la création d'une banque postale, la Poste aurait également la possibilité d'investir en Suisse les fonds déposés par ses épargnants. Aujourd'hui, 40 pour cent des fonds de Postfinance sont investis à l'étranger. La plupart sont investis dans des placements qui étaient considérés comme sûrs, notamment dans la dette obligataire des pays étrangers. Au plus tard depuis la crise grecque, depuis les discussions sur la qualité de la dette obligataire portugaise ou anglaise, il apparaît clairement que ces placements ne sont pas aussi sûrs que nous pouvions l'admettre et que la Poste court des risques en étant contrainte à placer son argent sur les marchés étrangers, des marchés que, par définition, elle connaît moins bien que le tissu économique auquel nous sommes habitués en Suisse. Ce sont donc des arguments très clairs, sous l'angle de la Poste, qui parlent pour l'introduction d'une banque postale.
Mais il y a aussi des arguments très clairs sous l'angle économique, sous l'angle plus général, et non pas sous l'angle étroit de l'entreprise. D'abord, il convient de diminuer, nous sommes tous d'accord pour le constater, la dépendance de notre économie face aux grandes banques. Aujourd'hui, 25 pour cent du marché hypothécaire est contrôlé par l'UBS. C'est la raison pour laquelle nous avons dû soutenir cette banque lorsqu'elle était menacée de faillite. 25 pour cent du marché hypothécaire, c'est trop important, ça souligne la dépendance trop importante de notre pays face à quelques grandes banques. L'intervention d'un acteur supplémentaire, d'un acteur de poids dans le crédit aux entreprises que pourrait être Postfinance, est donc souhaitable à ce titre pour rééquilibrer les parts de marché que contrôlent les grandes banques, aussi bien dans les questions hypothécaires que dans le crédit aux entreprises.
Ensuite, la création d'une banque postale permettrait d'offrir une source de financement supplémentaire aux PME de notre pays. On peut discuter longtemps de savoir si nous avons été dans une crise du crédit ou pas au cours de l'an écoulé. Mais un fait est clair: c'est que les petites et moyennes entreprises, en particulier lorsqu'elles commencent à compter autour d'une cinquantaine de salariés, ont des difficultés de financement et que, très souvent, elles sont trop grandes pour les banques locales, mais trop faibles, trop peu importantes pour les grandes banques suisses. Par conséquent, elles sont contraintes de se tourner vers les banques cantonales.
Cette situation de quasi-monopole de fait sur le marché bancaire dans le crédit aux entreprises pose problème. Elle pose des problèmes aux PME de notre pays. A ce titre, il paraîtrait judicieux de leur offrir une alternative et de permettre à Postfinance, le cas échéant, de les soutenir financièrement et de leur offrir les crédits dont elles ont besoin.
Nous vous prions donc d'accepter cette proposition de minorité. Le débat aura de toute manière lieu devant la population autour de l'initiative populaire "pour une poste forte". Mais, il nous paraît judicieux de faire d'ores et déjà le pas en autorisant Postfinance à proposer au moins des crédits et des hypothèques, comme vous le propose la minorité Fehr Jacqueline.