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Hêche Claude · Ständerat · 2010-09-14

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-09-14

Wortprotokoll

La situation qui prévaut aujourd'hui au niveau de la formation professionnelle pour les jeunes sans statut légal me rappelle fortement celle que vivaient certains enfants au niveau de l'instruction publique dans les années 1980, lorsque le droit de séjour prévalait alors sur celui de la scolarisation. Il y a une trentaine d'années, une certaine prise de conscience de l'intérêt pour notre pays d'instruire ces enfants avait permis de rompre avec une certaine logique d'exclusion. Cela a été rappelé tout à l'heure: aujourd'hui, les enfants des sans-papiers peuvent aller à l'école. Ils peuvent faire des études et leurs parents peuvent travailler, car ils trouvent souvent des employeurs intéressés par le profit qui peut être fait avec cette main-d'oeuvre bon marché, car employée au noir. N'est-ce pas une forme d'hypocrisie que de les accepter à l'école obligatoire, dans les écoles supérieures et de leur interdire l'accès à la formation professionnelle? Pour les sans-papiers, l'humanité et les droits de l'enfant seraient primordiaux jusqu'à 15 ans, mais une fois atteint cet âge, ces droits et cette humanité passeraient aux oubliettes? C'est une question qui mérite d'être posée.

Ces jeunes ne sont pas responsables de l'illégalité de leur condition de séjour. Par conséquent, il est l'heure de prendre conscience de cette situation et, dans le prolongement de ce qui a été fait il y a trente ans pour la scolarité obligatoire, de faire primer la formation professionnelle sur le droit de séjour.

Est-ce que le risque pris à l'époque a bouleversé notre quotidien? Les jeunes sans-papiers ont la même envie de réussir leur vie que les jeunes suisses. Ne pas leur permettre de poursuivre leur formation est aussi un gaspillage de l'argent public. On investit pour eux par le biais de l'école obligatoire, mais on ne leur permet pas de poursuivre le développement de leurs compétences.

Pourtant, ces compétences par retour sur investissement bénéficieraient tôt ou tard à notre pays ou au pays d'origine de ces jeunes sans-papiers. Mais, je vous l'accorde, cela ne réglera évidemment pas le problème de fond des clandestins, dont la trajectoire de vie ne doit pas être encouragée, mais c'est à mon sens se mettre un autogoal que de refuser l'apprentissage à des jeunes intégrés. Car que feront-ils alors sans les compétences suffisantes pour faire des études et sans la voie de l'apprentissage? Le risque est grand de voir ces jeunes contraints de rester à la maison commencer à commettre de petits délits de par leur désintégration sociale.

A un moment où les débats concernant l'immigration se focalisent de plus en plus sur la délinquance et la violence parmi les jeunes, permettez-moi de relever ici que la possibilité de donner à quelques centaines de jeunes sans-papiers un accès à la formation professionnelle représente aussi à mes yeux un excellent programme d'intégration, et peut-être le moins coûteux qui soit, tout en étant aussi une forme de prévention et une possibilité peut-être de retour dans leur pays d'origine grâce à leur nouvelle formation.

En persévérant dans cette voie du refus de l'apprentissage pour les sans-papiers, on cautionne en quelque sorte le fait que l'on soit clandestin de père en fils. En effet, les adolescents butent sur le même obstacle que leurs parents: interdits d'accès au marché de l'emploi, ils s'engagent alors sur la voie du travail au noir.

Il n'est pas question ici, encore une fois, d'ouvrir la porte à de nouveaux sans-papiers, mais plutôt de mieux reconnaître ceux qui vivent déjà chez nous et d'accepter qu'ils se forment et s'intègrent.

Je vous invite à suivre la minorité.