Recordon Luc · Ständerat · 2010-12-02
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2010-12-02
Wortprotokoll
A vrai dire, maintes interventions m'ont inspiré cette réflexion: mieux vaut entendre cela que d'être sourd! Sourds, à vrai dire j'ai l'impression que nombre d'entre nous le sont et le restent depuis un certain nombre de décennies.
Lorsque j'étais ingénieur débutant dans le domaine des énergies, en particulier dans la physique du bâtiment, la Suisse était à la pointe du progrès. Elle était pratiquement le pays en Europe qui développait le mieux les diverses énergies renouvelables en parallèle. Nous étions notamment remarquables dans l'énergie solaire, un peu dans l'énergie éolienne, déjà dans le biogaz et un peu dans la géothermie. Depuis lors, notre paresse intellectuelle et la paresse de notre politique industrielle a fait de nous des traîne-misère dans ce domaine. Nous sommes derrière les autres et nous avons perdu notre avantage, sauf dans quelques exemples remarquables, comme celui de la fabrication de lignes de capteurs photovoltaïques, où nous avons réussi ponctuellement à prendre à nouveau une certaine avance. Et le potentiel industriel est énorme! Il ne faut pas raisonner à dix ans ou à vingt ans. Le domaine de l'énergie nécessite une politique industrielle qui doit se réfléchir sur plusieurs générations.
Quelle que soit la foi du charbonnier, si je puis dire pour les pronucléaires - je devrais plutôt dire la foi de l'"uranier", si l'on peut se permettre ce néologisme -, à un moment donné, il n'y aura plus d'uranium à disposition, et plus rapidement qu'on ne le croit. L'uranium est d'ailleurs fortement subventionné, contrairement à ce qu'a dit un collègue juste avant moi. Mais ne revenons pas sur ce point, cela fait partie des nombreuses absurdités que nous avons entendues aujourd'hui.
Si nous n'avons plus d'uranium, il faudra bien se tourner vers les énergies renouvelables. Nous n'aurons pas d'autres solutions. Le "peak oil", le pic pétrolier est atteint, Monsieur Lombardi l'a dit. Le charbon et les hydrocarbures ne peuvent pas nous offrir de perspectives à long terme. Il n'y a juste pas le choix! Nous n'avons pas d'autres perspectives que les énergies renouvelables. Il faut donc les développer le plus tôt, le plus énergiquement possible, sans hésiter, pour mener aussi une politique industrielle, et pas seulement pour assurer notre indépendance énergétique et notre prospérité générale.
Je veux bien admettre que l'initiative bâloise soit assez sèche dans ce domaine. Mais ce n'est pas vraiment cela qui m'inquiète; c'est bien plutôt les propos extrêmement peu clairvoyants que nombre d'entre nous ont pu tenir aujourd'hui.
Je vous invite à donner suite à l'initiative du canton de Bâle-Ville, mais surtout - surtout! - à réfléchir à ces problèmes en étant un peu moins engoncés dans de vieilles certitudes.