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Rielle Jean-Charles · Nationalrat · 2011-03-17

Rielle Jean-Charles · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-17

Wortprotokoll

Le Secrétariat d'Etat à l'économie et l'Office fédéral de la statistique nous dévoilent des résultats alarmants. En 2007, 62 pour cent des travailleuses et des travailleurs déclarent qu'ils sont stressés au travail et qu'ils sont sous pression au niveau des délais. 41 pour cent des travailleuses et des travailleurs considèrent leur travail comme psychiquement et nerveusement pesant, et une personne sur cinq mentionne les charges corporelles.

La détérioration des conditions de travail est rapide. En 2001, 40 pour cent des actifs considéraient leur travail comme stressant et agité. Seulement six ans plus tard, ils sont 62 pour cent dans le même cas. Une charge élevée au travail conduit à des troubles comme des douleurs de dos et des maux de tête, des problèmes de digestion, d'insomnie, des troubles cardiaques et vasculaires. Les coûts de la charge trop élevée au travail pour les travailleurs sont évalués par le SECO à 10 milliards de francs par an.

La vie professionnelle a en Suisse une durée de 40 à 45 ans. En raison de la charge de travail croissante, les travailleuses et les travailleurs sont de moins en moins capables de travailler jusqu'à leur retraite. Pour preuve, le quota d'invalidité augmente massivement chez les travailleuses et les travailleurs à partir de 50 ans, et un grand nombre de personnes prennent leur préretraite forcée pour des raisons de santé.

Le développement démographique étant ce qu'il est, la capacité des travailleuses et des travailleurs de fournir des prestations à long terme devient de plus en plus importante. Sans contre-mesure, une charge de travail élevée et l'évolution démographique actuelle vont avoir des conséquences fatales sur la capacité de la Suisse de fournir des prestations économiques.

D'après une enquête représentative de Travail Suisse, plus de 80 pour cent de la population et presque 90 pour cent [PAGE 496] des actifs sont convaincus que les vacances contribuent à les maintenir en bonne santé. Ce point de vue coïncide avec les connaissances de la médecine du travail qui attribue une grande importance au cycle travail-repos. La pression au travail ne favorise pas l'équilibre des différents domaines de vie: travail, famille, temps libre, etc. L'augmentation des situations de burn-out est significative.

Les vacances servent à se reposer et préservent en fin de compte la santé de la population et la capacité de travail à long terme des actifs. 6 semaines de vacances par an permettent aux travailleuses et aux travailleurs d'interrompre au moins deux fois par année la charge permanente à la place de travail, de se reposer complètement et de maintenir ainsi à long terme leur capacité de fournir des prestations.

6 semaines de vacances par an sont méritées et supportables économiquement, d'autres l'ont dit avant moi. En quinze ans, soit de 1992 à 2007, en Suisse, la productivité des travailleuses et des travailleurs a augmenté de 21,5 pour cent, alors que les salaires réels, eux, n'ont augmenté que de 4,3 pour cent. La différence de 17,2 pour cent entre la croissance de la productivité et l'évolution des salaires montre qu'en Suisse, les travailleuses et les travailleurs produisent aujourd'hui, pour le même salaire, beaucoup plus qu'il y a presque vingt ans. Les fruits de cette augmentation des prestations ont surtout fait monter le cours d'actions et contribué au versement de juteux bonus aux managers. Faire passer à 6 semaines par an le droit aux vacances pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs est donc mérité depuis longtemps et ne constitue, en fait, qu'une juste reconnaissance de l'augmentation des prestations fournies par les travailleuses et les travailleurs.

Comme je l'ai dit, les coûts du stress au travail sont estimés à environ 10 milliards de francs par an, soit 2 pour cent du PIB. Ces coûts pourraient bien aller croissant ces prochaines années, car les salariés doivent faire face à des conditions toujours plus difficiles: augmentation de la précarité de l'emploi et de la pénibilité du travail, difficultés à concilier vie familiale et activité professionnelle, etc. Il est scientifiquement prouvé que seules des vacances d'une durée de 2 à 3 semaines consécutives permettent un ressourcement complet. 6 semaines de vacances par an constituent donc un minimum pour que les travailleuses et les travailleurs puissent interrompre de manière efficace au moins deux fois par an une charge permanente et en augmentation au poste de travail. Par ailleurs, il serait intéressant de constater que cette sixième semaine de vacances est souvent déjà prise sous forme d'arrêts-maladie de deux et trois jours engendrant des coûts de santé supplémentaires.

Je vous invite à recommander au peuple et aux cantons d'accepter cette initiative qui est fondée sur le respect de la santé des travailleuses et des travailleurs et qui est tout à fait supportable économiquement.