Aubert Josiane · Nationalrat · 2011-03-17
Aubert Josiane · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-17
Wortprotokoll
Je m'exprime au nom du groupe socialiste et en ma qualité de vice-présidente de Travail Suisse, organisation faîtière qui a lancé l'initiative.
Ces vingt dernières années, le monde du travail a subi une mutation profonde; l'économie s'est adaptée aux défis de la globalisation par un renouvellement intensif des structures. Productivité et compétitivité ont massivement crû, au prix de restructurations massives et d'une flexibilisation croissante.
Pour les travailleuses et travailleurs, les conséquences sont lourdes: augmentation du travail temporaire, contrats à durée déterminée, travail sur appel, reconversion professionnelle, adaptation aux nouvelles technologies, simultanéité des tâches et pression élevée due aux délais toujours plus courts.
Ces nouvelles conditions de travail se répercutent au quotidien: maux de tête fréquents, problèmes digestifs, insomnies, maladies cardiaques, burn-out sont autant de problèmes de santé révélateurs d'un stress croissant. Entre 2001 et 2007, la population active qui souffre de stress au travail a passé de 40 à 60 pour cent; un rapport du SECO, intitulé "Travail et santé. Récapitulation des résultats de l'enquête suisse sur la santé 2007", révèle que cette problématique coûte 10 milliards de francs par an à la Suisse!
Briser cette spirale en agissant sur la régénération, favorisée par le fait de pouvoir prendre plus de vacances, mieux les répartir dans l'année, c'est là une source inédite d'économies de frais de santé dont il y a sérieusement lieu de tenir compte!
Il faut ajouter à ce tableau les faits suivants. Dès 55 ans, 20 pour cent des hommes sont à l'AI et 40 pour cent des préretraités involontaires le sont pour des raisons de santé. Un tiers des personnes engagées à plein temps travaillent plus de 45 heures par semaine; en 2007, 187 millions d'heures supplémentaires ont été effectuées dans l'économie suisse, ce qui représente près de 100 000 postes de travail ou, en d'autres termes, 1 heure supplémentaire par semaine et par travailleur, soit 6 jours par an de travail supplémentaire! En Suisse, nous travaillons en moyenne 44 heures par semaine, c'est le record au niveau européen, alors que nous occupons la lanterne rouge pour la durée légale des congés, qui est de 20 jours par an. L'"omniprésence" du travail perturbe l'équilibre vital entre travail et vie privée!
En 25 ans, la productivité des travailleurs et des travailleuses a "explosé" de 21,5 pour cent, alors que les salaires réels n'ont progressé que de 4,3 pour cent dans le même temps! Où sont donc passés les fruits de cette augmentation faramineuse de la productivité? Dans la valorisation du cours des actions, les bénéfices des entreprises et autres bonus des managers! Il est temps que les travailleuses et les travailleurs engrangent eux aussi les bénéfices de l'augmentation de leur productivité! [PAGE 479]
Nous demandons donc pour toutes et tous un droit à 6 semaines de vacances, et cela dans quelque branche professionnelle que ce soit. Les conventions collectives de travail ne suffisent pas, seuls 41 pour cent des personnes actives y sont assujetties. Actuellement, la durée moyenne des vacances est en Suisse de 5 semaines, mais pour de nombreuses travailleuses et de nombreux travailleurs elle est de 4 semaines.
Les coûts qui découleraient d'une acceptation de l'initiative populaire seraient parfaitement supportables pour l'économie: ils représenteraient une augmentation de 2 pour cent de la masse salariale, par étapes, sur cinq ans. La vie active n'est pas un sprint mais un marathon: tenir sur la longueur est primordial. Pour cela, une régénération suffisante est nécessaire tout au long de l'année.
6 semaines de vacances pour toutes et tous apporteront cet équilibre indispensable entre vie privée, temps de repos et travail; les problèmes de santé diminueront, les personnes de plus de 55 ans seront moins nombreuses à devenir des rentiers AI ou à être contraintes de prendre une préretraite forcée; toute la Suisse et son économie s'en porteront mieux.
Je vous invite à soutenir cette initiative populaire raisonnable de Travail Suisse.