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Baettig Dominique · Nationalrat · 2011-03-17

Baettig Dominique · Nationalrat · Jura · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2011-03-17

Wortprotokoll

Beaucoup de choses ont déjà été dites et j'essaierai de ne pas les répéter.

De mon point de vue, il s'agit ici de discuter la question suivante: est-ce que l'extension du droit aux vacances est un bon médicament contre les maux de la mondialisation et de la globalisation? Rien n'est moins sûr. Je ne vais pas rediscuter des arguments économiques, vous les avez entendus, énoncés par des gens bien plus compétents que moi dans ce domaine: les craintes par rapport à la baisse de la compétitivité, la question du financement, l'injustice aussi pour les indépendants qui ne bénéficieraient pas de ces prestations, et la tendance discriminatoire à vouloir redistribuer les gains de productivité. La valeur du travail est partout dévaluée, menacée et disqualifiée par le chômage, la précarité et l'apparition de jobs virtuels, la libre circulation des personnes aussi. J'ai lu avec plaisir dans l'argumentaire des initiants que la libre circulation était reconnue comme un facteur de stress. Je m'en félicite. Il est vrai que la libre circulation met non seulement la pression sur les emplois dont les Suisses ne voudraient pas, les emplois peu qualifiés, mais aussi sur les postes de cadres. On sait que c'est une menace globale pour l'avenir de notre capacité de travail. Je doute que le droit aux vacances puisse régler les questions liées à la libre circulation et au libre-échange. Je pense qu'il faudrait envisager des mesures protectionnistes plutôt qu'un traitement qui ressemble à une sorte de placebo homéopathique.

Il y aussi des choses à dire sur l'évolution du monde du travail. On s'éloigne de plus en plus du travail physique, concret, du travail où on produit des choses qui nous sont utiles, pour entrer dans une économie de services, dans le monde du tertiaire ou aussi de l'économie parallèle et des trafics, de même que dans l'oisiveté plus ou moins organisée. On peut s'étonner dans ce contexte qu'à gauche, on lance de lourdes charges contre le travail, qui est paré de tous les maux, qui devient une sorte de maladie ou en tout cas source de maladies, de stress négatif. On a presque l'impression, à lire l'argumentaire précité, que le travail empiéterait sur la vie privée et sur la vie familiale, sur les loisirs; il serait une sorte d'encouble aux loisirs. A mon avis, beaucoup plus grave est le fait suggéré que le travail empiéterait sur les possibilités de consommation.

J'ignore si vous connaissez le modèle de société développé par le sociologue Pareto, aussi appelé loi des 20/80. C'est un modèle qui a été repris par des conseillers économiques [PAGE 492] américains, notamment par Monsieur Brzezinski, qui décrit l'avenir de notre société comme étant réparti de la manière suivante: 20 et 80, soit 20 pour cent de la population qui bénéficiera du pouvoir économique contre 80 pour cent qui disposera du reste: c'est-à-dire de l'économie qui reste à sa disposition, la précarité, le marché noir, les incapacités de travail, les services, l'économie au service de sa propre survie.

Ces gens-là, dorénavant exclus du pouvoir économique, auront finalement le droit de consommer, ce sera l'unique droit qu'ils auront. On peut bien sûr tout à fait concevoir que le fait de leur accorder une semaine de vacances de plus va faciliter les possibilités de consommation. J'y vois en fait un risque de poursuivre dans la voie de la précarisation puisque, quand on est en vacances, on consomme. Je doute qu'on consacre ses vacances exclusivement à son couple ou à sa famille, cela me paraît être une image d'Epinal, comme celle qui a été utilisée dans le débat sur le financement du congé-maternité.

On oublie aussi les bienfaits du travail - c'est un devoir de les rappeler de temps en temps. J'ai essayé de trouver dans la littérature des éloges du travail. A quoi sert le travail? Il sert à l'émancipation de l'individu, à l'émancipation familiale, il permet d'accéder à une indépendance financière et de rôle, il permet un enrichissement personnel, il permet de développer un rôle social. Le travail est un lieu d'apprentissage de l'autonomie, d'épanouissement, un lieu où l'on entretient la collaboration avec autrui, où l'on met en commun des ressources et des énergies; ce n'est pas simplement une source de souffrances.

On oublie aussi de dire à propos du stress causé par le travail qu'il y a la question de l'organisation en général du monde du travail. Ce n'est pas forcément lié à l'individu mais à des déficits de commandement et d'organisation qui ne vont pas être réglés par la question des vacances. De mon point de vue, les initiatives qui nous sont soumises se présentent au fond comme des ordonnances. On y prescrit un remède de manière péremptoire; on dit la dose de vacances qui est nécessaire; on dit comment il faut la répartir, si possible par tranches de deux semaines, comme si cela allait régler les problèmes, comme si cela allait régler la vie de famille.

Le vrai problème, c'est la solidarité, c'est le protectionnisme, c'est l'effort, c'est faire face au principe de la mondialisation, lutter contre la désindustrialisation, garantir l'autonomie alimentaire.