Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2011-03-17
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-17
Wortprotokoll
Alors que le siège de Benghazi par les troupes de Kadhafi a lieu en ce moment, nous nous trouvons ici à nous "prendre la tête" sur la question de savoir comment il faut interpréter l'un ou l'autre des passages de ce rapport. Je crois que l'essentiel, en cet instant, est surtout d'avoir une pensée pour celles et ceux qui cherchent à retrouver la liberté en Libye. Permettez-moi quelques remarques. Au cours de cette session, nous avons eu à traiter, lors de la première semaine, l'aide publique au développement, avec le crédit-cadre complémentaire pour mettre finalement en oeuvre l'objectif d'atteindre 0,5 pour cent du revenu national brut d'ici 2015. Nous avons également évoqué les garanties pour les contributions extraordinaires et ordinaires au Fonds monétaire international. Nous avons, hier, évoqué la problématique des soulèvements populaires en Afrique du Nord. Aujourd'hui, nous avons évoqué la question de la sécurité. Et nous avons également évoqué, la semaine passée, le rapport sur la politique extérieure 2010.
En d'autres termes, la problématique de la politique étrangère de la Suisse a été au coeur de nos débats pendant cette session. C'est dire l'importance que la politique extérieure revêt dans nos débats politiques, même quand ceux-ci portent sur la politique intérieure. Mais c'est dû, aussi et surtout, à l'ampleur des enjeux internationaux dans notre politique. C'est la conséquence de la mondialisation, de l'ouverture de la Suisse, des questions migratoires et de la pluralité de problématiques qui traversent aujourd'hui l'ensemble des pays.
Il n'aura échappé à personne qu'à chaque fois qu'un vote devait avoir lieu, les clivages se marquaient avec force et les majorités n'étaient jamais acquises d'avance. Elles se sont faites sur certains objets, à deux ou trois voix d'écart. La construction de majorités pour chaque objet politique est une particularité de notre système politique. Toutefois, cette particularité ne permet pas d'assurer une prévisibilité et une lisibilité de notre politique extérieure lorsque celle-ci concerne les questions des bons offices, de la promotion des droits de l'homme, du développement, de la promotion économique, de la fiscalité, de la sécurité et de la défense ou de la sécurité collective. La stratégie ou la ligne d'action sont toujours remises en question lors des débats sur les rapports, sur les budgets, sur les crédits-cadres ou lors de crédits ad hoc, et la situation n'est jamais stabilisée.
Quand bien même nous avons voté pour que les crédits alloués à l'aide publique au développement atteignent 0,5 pour cent du revenu national brut d'ici à 2015, nous aurons encore cinq votes au minimum pour que cet objectif soit atteint: budget 2012, budget 2013, budget 2014, budget 2015, crédits-cadres, sans compter les votes sur la levée du frein aux dépenses. Ce sont autant de batailles politiques en perspective. Mais cette répétition de batailles partielles aura également lieu pour l'engagement de la Suisse en matière de bons offices, pour la politique de promotion de la paix et des droits de l'homme. Ce sera encore le cas en matière de défense collective. Nous avons connu cela avec Navfor Atalanta; cela se répète chaque fois qu'il faut renouveler le mandat de la Swisscoy au Kosovo et pour chaque programme d'armement. Il en est ainsi lors des débats sur les crédits-cadres pour la promotion de la paix, comme je l'ai dit.
Ce qui manque manifestement, c'est un consensus politique minimum en matière de politique extérieure, un consensus minimum autour de trois points: les objectifs diplomatiques, les objectifs de développement et les objectifs de sécurité collective; un consensus sur un compromis politique qui puisse stabiliser les orientations stratégiques de notre politique extérieure, qui permette à la Suisse, comme cela se produit dans d'autres pays européens, d'assurer une continuité, notamment en matière de développement et de sécurité collective, alternance politique ou, chez nous, changement de la cheffe ou du chef de département, voire de la majorité au Conseil fédéral, mis à part, et d'éviter la répétition perpétuelle dans cette enceinte du même débat et des mêmes votes incertains à chaque objet.
La responsabilité de la construction politique de ce consensus n'incombe pas en priorité au Conseil fédéral, mais à notre Parlement et aux partis politiques qui mettent au centre de leur programme l'ouverture de la Suisse sur le monde. Le Parti socialiste et son groupe aux Chambres fédérales sont prêts à s'engager dans cette voie.