Lexipedia

John-Calame Francine · Nationalrat · 2011-06-09

John-Calame Francine · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2011-06-09

Wortprotokoll

Entre une Union européenne qui rechigne à suivre la voie bilatérale sans reprise automatique des acquis communautaires et une population suisse plutôt hostile à une adhésion à l'Union européenne, nos relations avec notre principal partenaire économique s'avèrent laborieuses et sujettes aux blocages de part et d'autre. Et voilà que, pour corser le tout, certains souhaitent mettre un terme à la libre circulation des personnes et contingenter les frontaliers, ce qui aurait bien sûr pour conséquence, si cette option était approuvée par le peuple, d'activer la clause guillotine qui lie nos différents accords avec l'Union européenne.

Le Conseil fédéral essaie de rassurer les eurosceptiques en disant qu'il n'y aura pas de reprise automatique des acquis communautaires. Ceux-ci seront évalués et, le cas échéant, repris sur une base volontaire clairement assumée. Tout est donc dans la nuance. Un choix librement consenti est acceptable, même si ce sont les circonstances qui nous l'imposent.

La libre circulation des personnes a participé à notre essor économique de ces dernières années. Les personnes qui viennent travailler en Suisse sont particulièrement bien formées et occupent des postes à responsabilité dans les domaines de la finance, des assurances, mais aussi dans ceux de la santé et de l'enseignement. Notre Parlement a mis en place un cadre efficace pour permettre l'essor de notre économie et dont nous bénéficions tous. Il est vrai que la main-d'oeuvre étrangère entre en concurrence avec la main-d'oeuvre indigène; mais si nous, comme parlementaires, avons fait notre travail en proposant cette ouverture envers la main-d'oeuvre européenne, il n'en reste pas moins que nous n'avons aucun pouvoir pour influencer la politique des ressources humaines des entreprises.

Il est donc de leur responsabilité de faire en sorte que la main-d'oeuvre indigène ne soit pas discriminée pour des raisons d'âge, de nationalité ou autres. Pour contrôler que la libre circulation ne nuise pas à la main-d'oeuvre indigène, il est indispensable de renforcer les mesures d'accompagnement qui permettent de lutter contre les abus de certains employeurs, de faire la chasse aux faux indépendants et de vérifier le niveau des salaires afin d'éviter le dumping salarial.

Ne pas pouvoir retrouver du travail après une période de chômage à cause de son âge, de son manque d'expérience, ou être obligé d'accepter n'importe quel salaire ou des emplois intérimaires précaires, ce sont là les craintes clairement exprimées par la population suisse. La classe moyenne de notre pays perd petit à petit de son pouvoir d'achat, certainement pas à cause des étrangers, comme on veut bien nous le faire croire, mais bien à cause de la hausse continue des primes des caisses-maladie et des montants des loyers qui augmentent. Les étrangers ont souvent servi de boucs émissaires, car il est bien utile et pratique de pouvoir désigner des responsables à nos maux et trouver des réponses à nos peurs.

Nous devons rester extrêmement attentifs, car la situation peut effectivement se détériorer très rapidement, notamment dans les régions frontalières. Rendre de force obligatoire certaines conventions collectives de travail, étendre leur champ d'application et définir un salaire minimum sont des mesures concrètes qui pourraient rassurer certainement cette population qui craint pour son avenir. [PAGE 1024]

Mesdames et Messieurs les employeurs, l'avenir des Bilatérales est entre vos mains. Quant aux Verts, ils continueront à soutenir la libre circulation des personnes.