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Fournier Jean-René · Ständerat · 2011-06-01

Fournier Jean-René · Ständerat · Wallis · Fraktion CVP/EVP/glp · 2011-06-01

Wortprotokoll

Le rapport sur l'armée 2010 mérite toute notre attention tant il est déterminant pour notre institution militaire dans les décennies à venir. Il est dans l'ordre des choses que l'armée d'un pays neutre coûte plus cher que l'armée d'un pays profitant d'une alliance militaire. En effet, l'armée d'un pays neutre doit fournir à sa population l'éventail complet des prestations de sécurité, alors que l'armée d'un pays profitant d'une alliance militaire peut compter sur les prestations de sécurité fournies par l'alliance et économiser ainsi des moyens importants.

Or, que s'est-il passé avec l'armée suisse ces treize dernières années? Pour le savoir, je vous invite à utiliser le moteur de recherche Google. Et j'invite particulièrement Messieurs Zanetti et Hêche à le faire, eux qui, dans leur comparaison internationale entre l'armée suisse et les armées des pays voisins du nôtre, mélangent allègrement les pommes et les poires pour finalement convertir le tout en tomates pour notre armée! Je vous propose donc de taper dans Google "dépenses militaires par rapport au produit intérieur brut". Vous tomberez immédiatement sur un graphique qui définit par une courbe l'évolution des dépenses militaires par rapport au produit intérieur brut par pays dans le monde de 1998 à 2010. Et là, sans surprise, vous découvrirez que la Suisse, avec 0,8 pour cent, se situe tout en bas du graphique, bien après tous les pays qui nous entourent, bien après la France avec 2,4 pour cent, l'Allemagne avec 1,4 pour cent, l'Italie avec 1,7 pour cent, mais également bien après les pays neutres, comme l'Autriche ou la Norvège, avec 1,5 pour cent. Evidemment, il y a bien quelques pays derrière la Suisse, par exemple un pays ruiné comme l'Islande ou un pays en ruines comme Haïti.

C'est dans la chute continue de la courbe des dépenses militaires depuis 1998 - bien sûr, cette chute est due aux économies imposées à l'armée pendant toutes ces années -, dans les abysses de l'irresponsabilité, qu'il faut chercher les réponses aux questions que pose la situation désolante dans laquelle se trouve aujourd'hui notre armée. Une armée qui a passé d'une armée entièrement équipée de 600 000 hommes à une armée de 180 000 hommes, dont 60 000 de réserve; une armée dont seulement 30 pour cent des unités sont équipées; une armée dont les cadres, toujours loyaux et toujours très engagés, sont profondément démotivés; une armée qui ne peut garantir notre souveraineté aérienne que durant quelques semaines et, pire encore, qui ne peut remplir ses obligations de police aérienne en faveur de la sécurité du trafic aérien privé que durant quelques heures de bureau!; une armée enfin qui dispose d'un parc d'infrastructures largement surdimensionné mais obsolète et qui n'a plus été entretenu depuis des dizaines d'années - on a entendu le rapport fait tout à l'heure sur l'immobilier militaire: pour ce qui concerne des installations qu'on devra encore utiliser dans le futur, il faudrait 4 milliards de francs pour les assainir et les remettre à jour.

Et, malheureusement, il faut bien le constater, la décision du Conseil fédéral portant sur une nouvelle définition du profil des prestations confiées à l'armée - prestations encore mieux définies et plus complètes que par le passé, mais à réaliser avec une armée réduite à 80 000 hommes et ne disposant que de 4,4 milliards de francs de budget - consacre la tendance de ces dernières années, qui peut se résumer [PAGE 397] de la manière suivante: toujours plus de missions, avec toujours moins de moyens! Cette décision pourrait signifier ni plus ni moins que le début d'une agonie encore plus courte de notre institution militaire.

De cette armée, qui ne pourrait remplir ses missions de base que durant deux mois, qui ne peut pas assurer la pérennité de notre système de milice, qui ne peut pas garantir la relève, qui est qualifiée d'inefficiente dans des documents reçus du DDPS, de cette armée-là, dis-je, je ne veux pas! Et surtout pas pour 4,4 milliards de francs: 4,4 milliards de francs, c'est bien trop cher payé pour une armée inefficiente!

C'est la raison pour laquelle je soutiendrai la proposition de la minorité I (Maissen), qui prône une armée de 120 000 hommes, une armée entièrement équipée, une armée qui aura les moyens de remplir ses missions et de les remplir dans la durée, une armée qui retrouve sa fierté de pouvoir servir correctement le pays, une armée qui rassure et inspire la confiance à l'intérieur, une armée qui est crédible et qui inspire le respect à l'extérieur, et tout cela pour un coût qui permet encore à la Suisse de "caracoler" en queue du classement mondial en ce qui concerne les dépenses militaires.

Pour ma part, je ne désire pas "la meilleure armée du monde"; une armée efficiente et crédible, taillée sur mesure pour notre pays et sa population, me suffit amplement.

En ce qui concerne l'acquisition du nouvel avion de combat, j'ai retiré ma motion 10.3724, "Avions de combat. Une décision pour 2011", en commission, car je me rallie à la proposition de la majorité de la commission au chiffre IIbis lettre a, que je trouve conséquente et responsable.

Je vous demande donc d'entrer en matière sur l'arrêté relatif au rapport sur l'armée 2010 et de soutenir la proposition de la minorité I.