Recordon Luc · Ständerat · 2011-06-06
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2011-06-06
Wortprotokoll
Cela a été dit à foison: cette proposition est particulièrement malvenue sur le plan tactique. Il est évident qu'elle est de nature à fâcher inutilement des gens avec qui nous entretenons les liens les plus étroits et dont nous avons besoin autant que possible d'une certaine bienveillance. Les questions fiscales ont été citées, les mesures d'accompagnement dans le domaine du marché du travail également. Mais rappelez-vous aussi une situation pas si lointaine et non spécifiquement européenne où nous avons été fort heureux d'obtenir finalement certaines sympathies en Europe: c'est la crise libyenne, qui n'est pas très lointaine, je crois, dans nos esprits. Alors évidemment, donner le coup de pied de la mule du pape aux gens dont nous avons besoin de recevoir une certaine sympathie, c'est particulièrement malvenu.
Mais ce n'est pas là l'essentiel de mon propos. Je crois qu'on n'a pas relevé jusqu'à maintenant dans ce débat à quel point la construction européenne était un édifice extrêmement précieux, pour lui-même et pour nous aussi. Il faut rappeler inlassablement quand même que, depuis 66 ans, il y a eu des efforts constants: la réconciliation franco-allemande, la Communauté européenne du charbon et de l'acier, puis le Traité de Rome, etc., et aussi, en parallèle, les institutions du Conseil de l'Europe, où nous sommes très actifs.
Or toute cette construction européenne produit des bénéfices extraordinairement grands et qu'on ne voit finalement plus tellement on s'y est habitué, ne serait-ce que par le glacis protecteur que cela nous offre, ne serait-ce que par le fait que l'activité économique a pu se déployer parmi quelques pays autour de nous, et puis, finalement, s'étendre progressivement à l'entier des pays de l'Europe, dans un climat de prospérité. Nous sommes probablement les principaux bénéficiaires de cette prospérité, à un coût extrêmement modeste. Cela, il faut peut-être quand même s'en souvenir.
Et cela ne tombe pas du ciel; cette construction exige un effort constant. Tout à l'heure, dans un autre débat, le président du Tribunal fédéral a dit: "L'indépendance des juges et des jugements, c'est un combat continué, toujours renouvelé." Eh bien, la construction européenne n'est pas gravée une fois pour toutes dans le marbre. Des empires se sont effondrés; elle pourrait s'effondrer elle aussi.
Je trouve donc tout à la fois vil et particulièrement peu intelligent - pour nos propres intérêts tout simplement - de porter une atteinte parfaitement inutile, cela a été dit, un peu infantile, à la construction européenne. J'ai rarement vu dans ce Parlement, je dois le dire, une telle "Sainte-Alliance" entre le manque d'élégance et le manque de clairvoyance.