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Hêche Claude · Ständerat · 2011-09-22

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-09-22

Wortprotokoll

Je ne vais pas relancer le débat de fond. Vous connaissez ma position sur l'effectif de l'armée, les nouveaux avions de combat et le plafond des dépenses annuel. La question qu'il faut se poser est la suivante: ne pensez-vous pas que ce dossier présente un goût d'inachevé? Ne pensez-vous pas que l'on esquive le vrai débat et que l'on focalise l'enjeu de la bataille politique sur des questions, permettez-moi l'expression, de taille de l'uniforme? Combien d'hommes, combien d'avions de combat, et à quel prix? La réponse de la majorité est la suivante: 100 000 soldats, 22 nouveaux avions de combat et 5 milliards de francs par année.

Pensez-vous que cette bataille autour des chiffres clarifie véritablement le rôle et les missions de l'armée de demain? Car, à l'avenir, la faculté de réagir en fonction de l'évolution des menaces, aériennes par exemple, dépendra avant tout de la capacité de notre pays à collaborer efficacement au-delà de ses frontières. Ce manque d'orientation de notre armée se traduit également dans le dernier rapport complémentaire sur l'armée demandé par la commission soeur du Conseil national et daté du 16 août dernier. On nous indique qu'entre 2012 et 2015, des programmes d'armement pourront être supprimés afin d'acheter de nouveaux avions de combat, alors qu'on nous a dit, et on a insisté sur ce point, que ces programmes étaient indispensables, par exemple pour la logistique. On ne peut dès lors empêcher que l'achat de nouveaux avions de combat soit prévu dans un arrêté sujet au référendum, ce qui permettrait au peuple de se prononcer.

Au passage, je relèverai également qu'il y a très clairement une mise à l'écart du Conseil fédéral qui n'est pas judicieuse, je dirai même dangereuse. On se lance dans des options financières sans laisser le Conseil fédéral définir où il va trouver cet argent. On lui a donné un carton rouge, alors qu'il n'a pas commis de faute sérieuse.

Fort de ce constat, je vais tout à l'heure soutenir la proposition de la minorité Bieri, au chiffre IIbis, afin justement de permettre au Conseil fédéral de revenir dans la partie.

Toutefois, la minorité Bieri ne donne malheureusement aucune garantie que la population aura l'occasion de donner son avis. C'est pourquoi je propose, au chiffre II lettre c, d'ajouter une deuxième phrase pour que le plafond de dépenses soit fixé dans un arrêté sujet au référendum. Car, vu les enjeux financiers, politiques et sociaux, il est inacceptable que la population n'ait pas son mot à dire. Il est impératif de demander à nos concitoyens et à nos concitoyennes à quel prix notre pays doit défendre son espace aérien et, surtout, où l'argent doit être pris.

Malgré les explications - très bonnes - du président de la commission, qui peut dire où nous allons trouver les 600 millions de francs supplémentaires par année pour financer notre armée? Il semble clair - et je me réfère aussi à l'appel lancé par certains membres du Conseil fédéral - que l'augmentation du budget ne pourra se faire sans des coupes douloureuses dans d'autres domaines. Il faudra s'attendre à des réductions dans l'agriculture, les transports publics, la formation et la coopération au développement, alors qu'il s'agit de l'avenir de la planète et de nos enfants.

La politique nous demande de peser les intérêts. A qui profitera notre décision? Qui devra consentir à faire des sacrifices? Avec l'option qui se dessine dans ce dossier, les perdants seront nettement plus nombreux que les gagnants. C'est contraire, selon moi, au bon sens. Vu les enjeux, il faut donner au Conseil fédéral le temps d'élaborer un mode de financement adéquat et supportable pour les autres activités de l'Etat et donner l'occasion au peuple de se prononcer sur les options et les moyens déterminant sa sécurité. Notre meilleure arme, c'est sans aucun doute notre démocratie.

Je vous invite donc à soutenir ma proposition de minorité.