Rossini Stéphane · Nationalrat · 2001-06-08
Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2001-06-08
Wortprotokoll
Il y a, dans le débat sur le bien-fondé de l'institution militaire en Suisse, bien évidemment une dimension privilégiée de politique de sécurité. Une politique de sécurité certes complexe, mais que l'on met désormais à toutes les sauces, la dynamique des conflits armés traditionnels ne devenant qu'un élément parmi d'autres de cette large discussion, qui plus est un élément mineur puisque, dans cette logique, il faut bien avouer que notre pays ne compte plus d'ennemis.
De plus, le développement du contexte politique, mais également du contexte socioéconomique, rend la probabilité de conflits traditionnels encore moins plausible. Quant aux autres perspectives de positionnement de l'armée suisse aux frontières de notre territoire, elles devront s'inscrire dans un tout autre registre qui fait référence à la fois à son ouverture politique et à ses capacités de coopération politique et civile essentiellement.
Fort de ces considérations générales et contextuelles, ce débat devient, en plus d'un débat sur la politique de sécurité, un débat démocratique sur les priorités politiques à privilégier pour notre pays, par voie de conséquence un débat sur l'allocation des ressources en matière justement de politique publique. C'est là, de mon point de vue, que le bât blesse.
En effet, après "Armée 95", voici "Armée XXI". "Armée XXI" est un modeste lifting inscrit dans une continuité historique, alors qu'il faudrait une rupture fondamentale dans l'approche de notre armée et de ses perspectives de développement. "Armée XXI" découle de la réflexion de ceux qui ont continué, au cours des années nonante, de construire dans nos vallées des ouvrages militaires d'un autre âge, à coups d'investissements par centaines de millions de francs, les armements étant sans relation avec les dangers futurs, ou pire encore, pour des soldats qui n'existent plus, les travaux à peine terminés. [PAGE 627]
L'armée va donc continuer de jouer à la guéguerre dans les Alpes, générant, quoi qu'on en dise, des conflits récurrents, par exemple avec l'économie touristique et pour des effets sans commune mesure avec ses inconvénients, et ce alors que d'autres vantent et s'efforcent de vanter les mérites du développement durable. Le maintien de l'armée aboutit aussi à un programme d'investissements disproportionné qui choque la population à qui on supprime des bureaux de poste, à qui on réduit des rentes de veuves ou à qui on supprime des prestations de l'assurance-chômage. Par conséquent, ce qui est entrepris et ce qui nous est promis cimente le statu quo, statu quo relevant par ailleurs d'un passé révolu, comme l'ont développé tout à l'heure Mme Garbani et M. Cuche notamment.
Devant si peu de leadership créatif, face au gaspillage de ressources financières publiques rares donc limitées qui en résulte, une large partie de la population - qui va bien au-delà de nos concitoyennes et concitoyens qui ont signé cette initiative populaire - exprime à la fois son mécontentement et sa frustration, car elle ne comprend pas, elle ne comprend plus, et je m'en fais ici le relais.
En disant oui à cette initiative populaire, nous entendons reconsidérer la politique envisagée et manifester la nécessité d'établir des priorités, de véritables priorités dans l'utilisation des deniers publics. La réalité vécue n'est en effet plus admissible. Nous voulons une politique de sécurité en adéquation avec la Suisse de demain, et non avec la Suisse d'hier.