Cuche Fernand · Nationalrat · 2001-06-08
Cuche Fernand · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2001-06-08
Wortprotokoll
C'est en écoutant le CD remis gracieusement par la députation tessinoise l'autre jour - je l'en remercie au nom du groupe écologiste - que j'ai apporté les dernières notes et les dernières retouches à l'intervention de ce matin. C'est peut-être une simple coïncidence, ou un choix délibéré, pour aborder l'initiative populaire qui nous parle de paix, de coexistence pacifique, de réduction des injustices pour prévenir des conflits. Une initiative qui obéit aux principes de la démocratie, du respect des droits de l'homme et de la gestion non violente des relations entre les hommes, entre les peuples.
Alors que la réforme de notre armée monte en puissance, selon la terminologie militaire, avec la perspective d'un équipement high-tech visant l'interopérabilité, nécessitant un programme d'armement de 30 milliards de francs pour les 15 prochaines années - c'est une proposition -, les signataires de cette initiative, plus de 100 000 personnes, essentiellement des jeunes évidemment pacifistes, reposent la question de la nécessité de l'armée, de la nécessité d'entretenir une armée pour essayer de résoudre les conflits. Quelquefois, les militaires eux-mêmes sont pris d'élans pacifiques. Il y a quelques années, le commandant de corps Carrel déclarait notamment, au sujet des Forces aériennes: "Les échanges d'idées et d'expériences avec des armées de l'air étrangères n'ont pas de prix." De retour de la première "Global Air Chief's Conference" à Las Vegas, le même commandant déclarait: "Les exposés" - donc, de ses collègues et le sien aussi - "reflétaient tous une volonté marquée en faveur de la solidarité et de la coopération internationale entre tous les partenaires. Il émanait l'idée directrice suivante de cette réunion: nous avons le privilège d'exceptionnellement bien nous comprendre car avec l'aviation, nous avons une passion commune et en quelque sorte une patrie supranationale. Nous devrions mettre cette caractéristique à profit pour le bien du monde."
Son homologue russe avança même que, si des chefs de forces aériennes dirigeaient le monde, il n'y aurait plus de guerres. Nous pouvons dire que, au travers de l'initiative, nous partageons en quelque sorte les mêmes objectifs, à savoir bien se comprendre, donc s'écouter, fraterniser, avoir une passion commune, une patrie supranationale, et mettre cette caractéristique à profit pour le bien du monde. Nous partageons aussi l'envolée du chef des Forces aériennes de l'époque qui avaient pour mission d'éviter les guerres, à la différence toutefois notoire, fondamentale, que ces objectifs louables, partagés en tout cas au niveau des intentions et des discours, doivent être réalisés, dans le cadre de l'initiative qui nous est proposée, sans l'armée, en tout cas telle que nous la concevons encore aujourd'hui traditionnellement.
Mais l'initiative reconnaît que le contexte actuel nécessite quand même une disponibilité militaire. Nous n'avons pas une perception idéaliste ou idéalisée des relations entre les hommes et entre les peuples. Cette force d'intervention militaire ou cette compétence devrait s'inscrire, comme Mme Garbani l'a dit tout à l'heure, dans le cadre d'interventions concertées, décidées démocratiquement pour maintenir la paix.
Le département, le Conseil fédéral, le Conseil des Etats, une écrasante majorité de la Commission de la politique de sécurité de votre Conseil refusent la stratégie proposée par les initiants. Le refus, en novembre 2000, de l'initiative populaire en faveur d'une redistribution des dépenses, a carrément dopé l'état-major de notre armée, qui nous propose un plan d'armement high-tech, attractif pour nos futurs soldats, dissuasif pour des voisins mal intentionnés, voraces, accapareurs, un armement moderne pour soutenir nos industries de pointe et, pour les plus audacieux, il faut encore renforcer l'interopérabilité de nos troupes. En fait, la réforme qui nous est proposée, et nous aurons l'occasion d'en reparler dans ce plénum, nous invite à suivre l'évolution technologique sans remettre en cause la tradition d'une défense territoriale et de l'espace aérien.
C'est-à-dire, concrètement - j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer lors de la votation d'un budget d'armement -, nous restons accrochés à l'idée qu'il nous faut un blindé derrière chaque bosquet, derrière chaque haie. Je tiens à rappeler que la nouvelle politique agricole veut non seulement maintenir les bosquets existants, mais si possible les multiplier et développer les haies. C'est vous dire la perspective d'équipement qui nous attend. Et il nous faut, bien sûr aussi, un espace aérien sous haute surveillance. On parle même de la nécessité de redresser la barre des investissements.
On repart donc pour un tour, au minimum de 15 à 20 ans, en se fixant les mêmes objectifs, en refusant d'avoir une réflexion fondamentale sur les missions nouvelles de l'armée ou la nécessité de modifier considérablement notre perspective.
L'initiative tombe à point nommé et a heureusement le mérite de relancer une réflexion fondamentale concernant la protection de la population, la promotion et le maintien de la paix au niveau international. Elle nous invite à prendre le risque de choisir prioritairement des moyens civils. Le groupe écologiste partage cette orientation, à savoir de mener des actions civiles pour prévenir les conflits et tenter de les résoudre.
Je vais essayer de donner quelques exemples concrets qui permettraient à la Suisse d'avoir un engagement audacieux, [PAGE 621] innovateur, qui irait dans le sens de la prévention des conflits et d'une tentative de résolution pacifique des conflits.
Nous savons tous, et c'est partagé par l'ensemble de gens conscients que nous sommes, que, pour que les peuples puissent vivre en paix, la première condition qui doit être réalisée, c'est que les gens puissent accéder à l'eau, à l'alimentation, à la formation, à la culture, aux soins de santé. Or, nous sommes bien obligés de constater qu'aujourd'hui, à la surface de la planète, ces objectifs ne sont pas atteints - loin de là! Il faut aussi que les droits fondamentaux de la personne dans sa liberté d'expression, dans sa liberté d'association, soient reconnus.
Nous pourrions, en dopant les budgets de la coopération, qui est déjà active sur le terrain, multiplier les interventions, les renforcer dans le cadre d'une stratégie de maintien et de renforcement de la paix. Nous pourrions aussi être beaucoup plus actifs en ce qui concerne les efforts nécessaires de déminage. Selon la Commission d'étude pour les questions stratégiques, le rapport Brunner, il est mentionné que le fléau des mines antipersonnel frappe de nombreux pays qui ne peuvent s'en débarrasser, parce qu'ils sont démunis financièrement et techniquement.
Heureusement, la Suisse a déjà pris des initiatives dans ce sens: c'est la signature de la Convention d'Ottawa; c'est aussi une diplomatie relativement offensive au niveau des organisations internationales pour faire respecter cette convention. Nous pourrions faire plus au niveau du terrain, en particulier dans les programmes de déminage. Ce qui est symptomatique aussi de la non-priorité donnée à des actions à l'extérieur qui pourraient, dans les semaines ou les mois qui viennent, soulager ou empêcher que des gens sautent sur des mines.
Dans le même temps, nous avons, sur 380 chars Leopard, 148 qui sont sur les plots, c'est-à-dire remisés. Ce n'est pas une opération simple à réaliser. Elle coûte des millions par année et on espère que ces chars vont pouvoir devenir encore opérationnels dans les années à venir. C'est donc dire que nous avons les moyens matériels, nous avons les équipements, nous avons les intelligences pour intervenir dans le cadre de l'initiative, mais nous ne voulons pas, en tout cas aussi dans le projet "Armée XXI", nous en donner les moyens.
Nous pensons aussi qu'en matière de sécurité internationale, la problématique des énergies est devenue majeure. Si nous y envisageons que l'ensemble des habitants de cette planète revendiquent de façon légitime l'accès à une consommation d'énergie raisonnable, eh bien, il nous faudra inévitablement investir, et de façon massive et prioritaire, dans les énergies renouvelables.
Et lorsque les opposants à cette initiative déclarent que le génie militaire permet de développer le génie civil et de développer les technologies et nos industries, je pense et nous pensons, dans le groupe des Verts, que l'option de développer la recherche, l'application et la commercialisation de technologies en matière d'énergies renouvelables constituent, pour les années, les décennies qui viennent, assurément un marché prometteur.
Pour ces différentes raisons et au vu des quelques exemples évoqués brièvement, le groupe écologiste, à l'unanimité, soutiendra cette initiative populaire, dans la perspective brièvement évoquée. Si, par surprise, quelques collègues de cet hémicycle pouvaient nous suivre, ce serait pour nous une façon de terminer la première semaine de cette session d'été de façon brillante et sécurisante.