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Schwaab Jean Jacques · Nationalrat · 2001-06-08

Schwaab Jean Jacques · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2001-06-08

Wortprotokoll

Je fais partie des socialistes apparemment peu nombreux, en tout cas peu représentés jusqu'à maintenant à cette tribune, qui sont acquis à la défense nationale. Cela ne signifie pas que je considère que la force soit une solution, mais, au contraire, qu'elle n'est toujours qu'un moindre mal et, encore, lorsque je dis "moindre", c'est vraiment avec beaucoup de réserves, et qu'elle ne doit être utilisée que comme dernier moyen, comme ultima ratio. On se souvient dans quelles conditions le Parti socialiste s'est rallié à la défense nationale, à la suite de quel débat houleux et difficile, mais surtout jamais définitivement terminé, parce que jamais résolu non plus, cet éternel et cornélien dilemme entre la force et la violence ou, au contraire, la non-violence, ce dilemme de la défense légitime contre le pacifisme.

Mais si, à gauche aussi, on trouve des représentants qui sont d'accord avec le maintien d'une armée, ça n'est pas un accord naïf, c'est un accord extraordinairement critique, sur lequel nous devons nous entendre pour une armée qui soit respectueuse, d'abord, des principes démocratiques et qui applique, en premier lieu, un très strict respect des missions qui lui sont assignées, mais aussi une proportionnalité très stricte des moyens à mettre en oeuvre.

L'expérience militaire, pour ceux qui ont fait du service, comme on dit chez nous, montre que l'armée est le lieu privilégié d'un certain nombre de dérives dans la confusion, par exemple, de l'intérêt de certains ou de certaines classes de la population avec l'intérêt général, de dérives, aussi, avec une certaine arrogance contre toute critique, que l'on trouve volontiers parmi les responsables de notre armée et qui découle, du moins j'en ai le sentiment, d'une absence de doutes de ces militaires. On s'en rend compte lorsqu'on annonce, à quelques jours de discuter de l'initiative dont nous parlons aujourd'hui, sans sourciller, 30 milliards de francs d'investissements pour ces prochaines années, précisément au moment où, comme l'a rappelé M. Rossini tout à l'heure, on coupe dans l'AVS, dans l'assurance-chômage et dans combien d'autres domaines encore.

Un autre exemple est donné par cette qualification définitive d'idéalisme des pacifistes que l'on trouve dans l'exposé des motifs du Conseil fédéral. [PAGE 630]

Or, aujourd'hui, les doutes sont plus nécessaires que jamais, parce que bien sûr la situation stratégique et politique a changé, tout le monde l'a dit. C'est donc le moment ou jamais de se poser de vraies questions sur le sens, la mission et les moyens d'une défense militaire. Cette réflexion, qui est indispensable, ne doit pas se limiter à celle des casques à pointe du landerneau militaire, puisqu'il s'agit non pas de convaincre ceux-là qu'ils ont raison, mais bien toutes les couches de la population que le GSsA n'a peut-être pas, lui, tout à fait raison. Pour cela, vous devrez prendre en compte aussi les avis critiques qui émanent de la gauche et ne plus considérer que les socialistes qui s'opposent à cette armée ne sont, finalement, que quantité négligeable. Alors, "Armée XXI" sera une bonne occasion de montrer que vous avez cette volonté, Monsieur le Conseiller fédéral. Ceux qui refusent l'initiative populaire aujourd'hui auront, à mon sens, une légitimité accrue pour participer pleinement à ces discussions, tout comme d'ailleurs ceux qui aujourd'hui ou demain diront oui à l'envoi de troupes armées à l'étranger, eux aussi avec de nombreuses réserves.

Nous attendons clairement que ces avis soient écoutés. C'est la contrepartie de notre refus de cette initiative. Puis, à défaut, Monsieur le Conseiller fédéral, il y aura certainement une nouvelle initiative. On a rappelé tout à l'heure que les mentalités avaient évolué - je crois que c'est M. Zäch qui l'a dit - et qu'au fond la deuxième initiative du GSsA ne fait plus scandale. Peut-être que la troisième, si l'on n'écoute pas les critiques, ne fera pas de scandale, mais fera un tabac.

Voilà, les choses sont dites. C'est dans ces conditions, avec ces réserves que, personnellement, je dirai non à l'initiative.