Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2011-12-22
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-12-22
Wortprotokoll
Parler de tabagisme est toujours quelque chose de sérieux. Le tabac est en effet le seul produit en vente libre dont on sait qu'il va réduire la durée d'existence d'un de ses consommateurs sur deux. C'est ainsi.
Je suis médecin généraliste et donc régulièrement confronté aux dégâts, aux souffrances, aux vies brisées par les effets du tabac: artères bouchées, poumons détruits par l'emphysème et bien entendu cancers. Je respecte le libre choix de chacune et de chacun de fumer. C'est son libre arbitre, je le respecte. Mon rôle de médecin est d'accompagner, d'aider sans juger jamais, mais je ne peux admettre qu'une personne non fumeuse puisse voir sa santé altérée par la fumée des autres.
Le tabagisme passif, longtemps contesté par les doutes entretenus par l'industrie du tabac, existe et son existence est scientifiquement démontrable. Parmi les marqueurs du tabagisme, le plus classiquement cité est la cotinine, un des métabolites de la nicotine, dosable dans les urines. Ce test est par exemple utilisé par les assureurs-vie pour s'assurer qu'un proposant à une assurance-vie ne fume pas. Plusieurs études ont démontré clairement des résultats positifs pour la cotinine dans les urines chez les personnes soumises au tabagisme passif, par exemple les conjoints des fumeurs ou des employés non fumeurs travaillant dans des restaurants fumeurs.
Les conséquences sur la santé du tabagisme passif sont multiples. Fort heureusement moins fréquents et souvent de gravité moindre par rapport aux fumeurs actifs, les risques encourus par les victimes du tabagisme passif n'en sont pas moins de même nature: des maladies cardiovasculaires - affections coronariennes en tête -, des problèmes respiratoires tels la broncho-pneumopathie chronique obstructive, des cancers bien entendu.
La fréquence des cancers bronchiques chez les non-fumeurs exposés au tabagisme passif est plus élevée que chez les personnes non fumeuses non exposées de l'ordre de 30 pour cent, c'est inacceptable. Et que dire des enfants avec des poumons fragiles, en pleine période de croissance, emmenés régulièrement par leurs parents dans des lieux publics enfumés?
Vous comprendrez que sans être intransigeant, tout en respectant le droit de chacune et de chacun de fumer selon son choix, je ne peux transiger sur le tabagisme passif. L'initiative apporte une protection claire et efficace contre ce tabagisme passif avec à la clé, en prime, une réduction du risque également pour les fumeurs actifs. Là où l'on a opté pour des mesures claires en la matière, en Suisse et à l'étranger, presque du jour au lendemain, on a assisté à une réduction de la fréquence des accidents coronariens de l'ordre de 20 pour cent.
Pour moi le choix est clair: cette initiative permet de protéger la santé de centaines de travailleuses et de travailleurs et, plus largement, de l'ensemble de la population. Par ailleurs, dans la très large majorité des cas, là où des mesures strictes ont été instaurées, les clients des établissements publics devenus sans fumée s'en sont rapidement accommodés.
Je vous invite à recommander au peuple et aux cantons d'accepter l'initiative.