Amaudruz Céline · Nationalrat · 2011-12-22
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2011-12-22
Wortprotokoll
Autant le dire d'emblée, je suis non fumeuse, je ne travaille pas pour l'industrie du tabac et je ne suis pas hypocondriaque.
Un Suisse sur trois fume et un Suisse sur deux a fumé au cours de sa vie, selon les données de l'Office fédéral de la statistique, et il serait scientifiquement établi que la fumée passive pourrait être nocive pour la santé lors d'expositions prolongées.
Doit-on pour autant, en vertu du sacro-saint principe de prévention, s'en prendre une nouvelle fois aux libertés résiduelles de nos concitoyens fumeurs, pour satisfaire aux conditions, au discours et aux diktats alarmistes d'une armée d'hygiénistes et de "préventocrates" agissant en bande et souvent par métier?
La loi fédérale actuelle sur la protection contre le tabagisme passif restreint et réglemente déjà passablement la liberté d'action des fumeurs, puisqu'elle impose, depuis le 1er mai 2010, de ne pas fumer dans les espaces accessibles au public. Cette loi a l'avantage de respecter la minorité des fumeurs et leur droit à consommer, doit-on le rappeler, un produit légal. Elle laisse aussi la possibilité aux cantons d'édicter des règles plus contraignantes, ce que le canton dont je viens a fait usage en adoptant en 2009 des mesures particulièrement liberticides à l'endroit des fumeurs. A Genève en tout cas, le législateur s'est montré beaucoup plus préoccupé par l'abolition de la fumée passive que par les dégâts réels et concrets causés par la prolifération des coups de couteau et des décès liés aux agressions, ce qui en dit long sur la pertinence du débat actuel.
Qui est mieux placé que vous pour savoir que la réglementation fédérale actuelle n'est pas le fruit d'une concertation bâclée mais l'aboutissement d'une réflexion de longue haleine, puisque c'est vous-mêmes qui l'avez voulue, définie et adoptée? Cependant, cet aboutissement mécontentera toujours les plus radicaux des esprits antifumée, qui tenteront sans discontinuer d'imposer au législateur d'aller encore plus loin, sauf si un message clair leur est donné aujourd'hui, et c'est ce que j'appelle de mes voeux.
Faut-il aujourd'hui céder aux appels des sirènes puritaines, qui cherchent à tout prix à stigmatiser et à attiser une culture de haine envers les fumeurs parias?
L'exemple de la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis nous démontre au contraire que l'interdiction n'amène jamais rien de bon et qu'il vaut mieux réglementer sans proscrire et prévenir plutôt que punir.
Jusqu'à présent, la loi fédérale semblait convenir à tous les cantons. C'était hélas sans compter sur l'intervention jusqu'au-boutiste de la Ligue pulmonaire suisse, pour qui le mieux est l'ennemi du bien. J'en veux pour preuve les mesures successives prises pour dissuader le fumeur, qui doit débourser en 2011 près du triple de ce qu'il payait il y a quinze [PAGE 2250] ans pour acquérir son paquet de cigarettes. Le seul effet de cette mesure a été d'ouvrir la porte de la Suisse aux importations parallèles et à l'écoulement de produits de contrebande, dont le contenu peut s'avérer bien plus nocif que celui qu'on tente aujourd'hui d'éradiquer de nos commerces et de nos lieux. Interrogez nos gardes-frontière: ils vous diront qu'il n'y a pas que la cocaïne et le haschich qui s'écoulent illégalement au travers de nos frontières, mais également d'importantes quantités de tabac toxique de contrebande!
Les taxes sur le tabac, ne l'oublions pas, permettent à la Confédération de réaliser une recette de quelque 2,2 milliards de francs chaque année. L'Office fédéral de la santé publique consacre 1,44 million de francs aux campagnes de prévention contre toutes sortes de dangers auxquels nos concitoyens sont invités à renoncer, qui vont de la fumée aux plaisirs de la table, pour les amener à vivre dans l'ennui le plus total, mais assurément en parfaite santé.
L'initiative de la Ligue pulmonaire suisse va dans le même sens, sauf qu'au lieu de suggérer un comportement donné, elle cherche à l'imposer de force en réglementant la vie de nos concitoyens à l'instar des routes qu'ils empruntent tous les jours. C'est à se demander si les ayatollahs de nos estomacs et de nos poumons ne réclameront pas qu'un jour, chacun soit soumis à son dix-huitième anniversaire à un examen théorique et à un examen pratique pour obtenir le permis de vivre en société!
La ligue pulmonaire affirme que dans un café-restaurant fumeur, le taux de poussières fines est jusqu'à 30 fois plus élevé que dans un établissement non-fumeur. La Ligue pulmonaire suisse compte-t-elle bientôt interdire les pizzas au feu de bois ou la fondue au fromage pour bannir toutes les particules fines de notre environnement? Nul besoin d'être un scientifique pour savoir que les établissements se servant de réchauds à alcool à brûler, ou disposant des bougies, imposent également à leurs clients des particules fines, sans doute plus dangereuses encore que celles qui résultent de la combustion de l'herbe à Nicot. Devrons-nous pour autant les proscrire ou devrons-nous souffler nos bougies d'anniversaire en plein air pour éviter tout risque de déperdition pulmonaire chez les invités? Devrons-nous décorer le sapin de Noël avec des bougies électriques? S'en prendra-t-on finalement au traditionnel feu du 1er août qu'il faudra remplacer par des ampoules LED "made in China"?
Voilà pourquoi le groupe UDC vous recommande de proposer au peuple et aux cantons le rejet de cette initiative populaire. Je vous invite à en faire de même.