Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2012-03-15
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-03-15
Wortprotokoll
Les rapports récents entre la Libye et la Suisse se sont révélés pour le moins tumultueux ces dernières années. L'Histoire nous gratifie parfois d'agréables surprises quand des dictateurs qui paraissaient indétrônables sont contraints de mordre la poussière. Qui aurait misé un kopeck le 1er janvier 2011 sur le scénario incroyable qui a embrasé le monde arabe et entraîné, entre autres, la chute du dictateur Kadhafi?
Tout au long de ces événements, notre pays a cherché à maintenir sa présence sur le sol libyen en fonction des circonstances. Après l'inévitable fermeture de l'ambassade suisse fin février 2011 en raison des combats, un bureau chargé de l'aide humanitaire a été dès que possible ouvert à Benghazi, en zone libérée, afin de répondre aux besoins humanitaires de la population. Dès juillet, on est passé à un bureau de liaison permettant d'assurer une présence politique jusqu'à la réouverture de l'ambassade à Tripoli à l'arrêt des combats.
La présence helvétique sur le sol libyen a été adaptée en fonction de l'évolution du conflit. A l'heure de la reconstruction de la nouvelle Libye, la Suisse doit rester plus que jamais présente. Durant cette phase essentielle de restauration de l'Etat et de pacification, la Suisse doit soutenir activement le processus de transition qui a débuté. Mais, dans les circonstances actuelles que l'on peut aisément imaginer, cette démarche n'est pas dénuée de risques. C'est tout l'objet de ce débat.
Dans un pays déchiré et partiellement détruit par la guerre civile qu'il vient de traverser, dans un Etat dont le grand défi est de restaurer l'unité et la paix, de désarmer et de pacifier, comment peut-on attendre, alors qu'il est en gestation, que cet Etat réponde aux exigences de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et qu'il soit en mesure d'assurer la protection efficace des ambassades sises sur son territoire? [PAGE 469]
Le principe de subsidiarité doit clairement s'appliquer en l'espèce pour protéger efficacement le personnel de notre représentation diplomatique. Ce choix initial d'une entreprise privée pour assumer cette tâche est discutable, mais nous devons l'interpréter comme une solution au pied levé adoptée dans l'urgence, pour une courte période transitoire.
En tous les cas, on peut relever un manque d'anticipation, éventuellement de coordination, car notre armée dispose des moyens et du personnel nécessaires à cet effet, et une base juridique - l'article 69 alinéa 2 de la loi sur l'armée - le permet. Alors à l'avenir, si un tel cas de figure se représente, pourquoi ne pas envisager d'emblée l'engagement de notre armée? L'envoi d'un contingent de militaires suisses, professionnels et spécialisés en la matière, pour protéger l'ambassade de Tripoli et surtout ses occupants aux conditions fixées dans son message par le Conseil fédéral, recevra l'appui du groupe socialiste. Nous soutiendrons donc l'entrée en matière.
En conclusion, nous souhaitons que la Libye se reconstruise dans un esprit de paix, de tolérance, de respect des droits démocratiques et des personnes, et que les années sombres du règne de Kadhafi ne deviennent rapidement plus qu'un vieux souvenir. Plus largement, nous appelons de nos voeux un avenir radieux pour le peuple libyen aussi bien que pour d'autres peuples de la région, en Syrie tout particulièrement.