Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2012-06-05
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-06-05
Wortprotokoll
Selon d'aucuns, les chances de voir aboutir l'initiative populaire "pour une poste forte" sont minces. Mais nous voulons y croire. Nous voulons y croire, car cette initiative représente une vision ambitieuse de ce que devrait être un service public de qualité, proche des gens, un service où le principe intangible de service universel conserverait toute sa signification: un maillage fin du réseau postal couvrant l'ensemble du territoire, des prestations de qualité, un personnel compétent et formé, un accès facile pour tous les usagers dans la proximité, des recettes à la hauteur des besoins, alimentées - en plus des rentrées traditionnelles issues du monopole des lettres par exemple - par les bénéfices d'une banque postale.
Les chances de voir aboutir cette initiative sont, disions-nous, minces, car entre-temps le Parlement a accepté en 2010 une nouvelle législation postale, législation dont l'ordonnance d'application devrait entrer en vigueur dans quelques mois. Cette ordonnance respecte globalement l'accès au service universel en matière de prestations postales et le trafic des paiements est clairement réglementé. Mais certains points cruciaux de l'initiative, en particulier la banque postale et l'objectif d'un réseau d'offices de poste exclusivement exploités par du personnel de la Poste n'y figurent pas. Les auteurs de l'initiative peuvent cependant se targuer d'avoir exercé une influence décisive sur le retrait du projet de libéralisation complète de la Poste. Ce premier succès est essentiel.
Le point de l'initiative qui semble poser problème réside à l'article 92 alinéa 5 lettre b, soit l'instauration d'une banque postale, pièce maîtresse de l'initiative. En effet, en cette période où la concurrence, la rentabilité et les restructurations sont érigées en dogme, maintenir en l'état un service universel, véritable, proche des gens, desservant l'ensemble du territoire suisse, même les régions les plus reculées, a un coût.
Les bénéfices attendus de cette banque postale serviraient justement à financer les surcoûts liés au maintien d'un service public de qualité à l'ancienne. A l'ancienne, car dans les faits, on assiste jour après jour, mois après mois, en sourdine, au démantèlement de notre bonne vieille poste dans l'indifférence générale: fermeture de petits bureaux, multiplication des agences installées dans des commerces ou des administrations - ce qui pose des problèmes en termes de sécurité et de confidentialité -, remise en question récurrente de la desserte à domicile dans les fermes éloignées par exemple, réduction d'emplois, restructurations - la dernière en date dans le secteur logistique -, retard dans la distribution du courrier - distribué régulièrement l'après-midi dans certains petits villages -, objectifs pour le personnel sans cesse revus à la hausse - à l'origine d'un stress certain au sein du personnel.
Revenons un instant à la banque postale. Personne ne semble vouloir d'une banque supplémentaire. Les tenants du libéralisme adorent se réclamer du sacro-saint droit à la libre concurrence pour autant qu'il ne leur fasse pas d'ombre.
Je vous enjoins de soutenir cette initiative populaire pour exprimer votre soutien à une poste forte, à un service public de qualité, universel, au service des gens dans les villes comme dans les campagnes les plus reculées. Une poste partout et pour tous, c'est l'une des clés, à côté des transports publics et de l'accès à l'école, permettant de favoriser le maintien d'habitants dans nos campagnes. Ces besoins essentiels expliquent les revendications et l'opposition viscérale à toute idée de démantèlement exprimée dans ma région, le Jura. En effet, nous voyons peu à peu, impuissants, la vie quitter nos villages. Mais nous refusons cette fatalité. Voter oui à l'initiative fait partie de ce combat. Plus que d'autres, nous avons besoin du service postal universel et de la vie dans nos villages.