Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2001-06-14
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2001-06-14
Wortprotokoll
Ce rapport soulève toute une série de questions, mais je voudrais m'arrêter plus particulièrement sur l'une, à savoir la lutte contre la pauvreté.
"Rasez les Alpes qu'on voie la mer", disaient autrefois les jeunes Zurichois. Aujourd'hui, j'ai envie de dire: "Rasez les Alpes qu'on voie le Sud", et ce que je vois n'est pas très réjouissant. Dans les 49 pays les plus pauvres de la planète, 630 millions de personnes vivent avec un revenu de moins de 235 dollars par an, l'espérance de vie est de 51 ans, un enfant sur dix meurt avant l'âge de dix ans. Les plus pauvres parmi les pauvres sont encore et toujours les femmes. Tout cela, le rapport le reconnaît et le dit.
Mais ce qu'il dit moins, c'est que les choses n'évoluent pas dans le bon sens. Depuis 1990, le flux de capitaux d'investissements vers les pays les moins avancés a chuté de 39 pour cent en termes réels par habitant; l'aide au développement a régressé de 45 pour cent. Sur l'ensemble des pays en développement, la dette extérieure s'élève aujourd'hui à 2500 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu'au début des années quatre-vingt. L'année dernière, le tiers monde a remboursé 250 milliards de dollars, alors qu'ils ne recevait que 32 milliards de dollars d'aide publique. C'est finalement un mécanisme de transfert de richesses du Sud vers le Nord: c'est scandaleux et désespérant.
Qu'est-ce que le rapport dit que la Suisse peut faire? Pas grand-chose. Pourtant, la Suisse n'est pas plus mauvaise que les autres pays industrialisés. Elle est même parfois meilleure, même si elle n'a pas toujours atteint le 0,4 pour cent du produit intérieur brut dans l'aide au développement. Le problème, c'est que le rapport ne donne pas vraiment l'impression que la Suisse est prête à faire face à ces grands défis.
Quand je lis à la page 252 du rapport que la globalisation et la mondialisation de l'économie peut élever le niveau de vie ou réduire les inégalités, quand je lis à la page 256 que la préservation des ressources naturelles, la préservation de la couche d'ozone ou le contrôle des OGM ont permis quelques succès - c'est vrai que le rapport a été écrit avant les déclarations de W. Bush -, je me dis qu'on n'a pas la même appréciation de la réalité.
Ce qui est dit dans ce rapport est certainement juste. Mais il ne met pas en relation la cause avec l'effet, à savoir que cette politique d'intérêts que constitue la politique extérieure, selon les termes mêmes du Conseil fédéral, est directement responsable de la pauvreté, des migrations et des guerres.
En mars, à Lugano, j'ai demandé au Conseil fédéral pourquoi il n'était pas venu à Porto Alegre. Il m'a répondu qu'il n'avait pas été invité. Mais à Porto Alegre, personne n'était invité! Aujourd'hui, on ne peut plus se permettre d'attendre d'être invité pour participer à la construction d'un monde nouveau. Or, quand je lis ce rapport, j'ai le sentiment d'entendre une musique classique de bonne facture, de Mozart ou de Haydn. Alors qu'à Porto Alegre, c'était plutôt une symphonie de Beethoven avec ses accents pathétiques, sa fougue mais aussi ses hymnes à la joie.
Selon le Conseil fédéral, la politique extérieure suisse est visionnaire. Moi, je voudrais qu'elle soit parfois plus réaliste et déterminée. L'exigence de Porto Alegre et du mouvement des peuples pour construire un autre monde concerne moins l'humanitaire que l'économique. La domination du premier par le second est un problème récurrent pour la politique extérieure suisse, auquel ce rapport n'apporte pas vraiment de solutions. Le fait que le 90 pour cent de la masse financière en mouvement dans le monde concerne des transactions spéculatives, et non plus des échanges de produits ou de services, est une réalité économique qui impose une autre lecture que l'humanitaire sur la dette du tiers monde et la pauvreté.
Enfin, la fuite des capitaux, notamment en provenance d'Afrique subsaharienne, dont on estime qu'ils représentent le 70 pour cent de la richesse privée, interpelle notre politique du secret bancaire avant l'aide au développement. La crise, aujourd'hui, de notre autorité de contrôle pour le blanchissage d'argent sale montre que notre réponse est encore fragile.
J'en arrive à la conclusion. Par certains côtés, ce rapport pourrait apparaître comme un aimable exercice de style. Je ne voudrais pas qu'il le soit. D'un autre côté, il est clairvoyant, il fourmille de volonté, de bonnes intentions. Les Verts approuvent tout particulièrement les intentions exprimées de volonté d'ouverture et de participation, notamment à l'ONU. C'est pour cette raison que les Verts prendront acte de ce rapport en l'approuvant.