Marra Ada · Nationalrat · 2012-09-27
Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-09-27
Wortprotokoll
Le titre de mon intervention pourrait être: "Non, l'initiative 1:12 n'est pas naïve, inapplicable ou folle", parce que c'est ce que tenteront de démontrer tout au long de ce débat ceux qui tiennent à leurs privilèges.
D'après un sondage de la semaine dernière dans un quotidien romand, le peuple suisse estime que les hauts salaires doivent être plafonnés. Certains voudraient un montant limite, d'autres un système. C'est là précisément toute l'astuce de l'initiative de la jeunesse socialiste. Elle instaure un système, à savoir une meilleure répartition de l'argent en circulation dans les entreprises pour rétribuer chacun des acteurs qui fait fonctionner la firme.
Les critères aujourd'hui pour fixer les salaires des managers sont très éloignés de la réalité. Qu'est-ce qui justifie un salaire de 1 ou 2 millions de francs, pour ne pas tomber dans la caricature et citer le directeur de Novartis avec ses 15 millions? Leurs compétences? Les top managers des banques nous ont démontré le contraire. Ils ont mis la planète entière dans la gonfle. Les pertes mondiales s'évaluent en milliers de milliards de dollars. Pourtant, année après année, ils continuent à s'attribuer une part des bénéfices.
Alors j'explique ainsi la réaction des sondés de la semaine dernière. Les gens veulent deux choses: la justice et la décence. La justice afin de revaloriser le salaire de tous les collaborateurs d'une entreprise en imposant un ratio, et la décence, car cela permettra de rendre réels les salaires parfois astronomiques de certains dirigeants dont les gens ne se représentent même plus ce que cela signifie. Car l'effet attendu de cette initiative est simple: ramener vers le bas les plus hauts salaires et augmenter les plus bas.
Pour mémoire, si entre 2002 et 2007 le salaire des managers a augmenté de 80 pour cent, celui des employés, lui, a augmenté de 2,3 pour cent. Cela fait des années et des années que toutes les tentatives de régulation des rémunérations ont échoué. Le milieu des affaires nous avait promis parfois une autorégulation. Il a fallu attendre l'initiative d'un chef d'entreprise, aujourd'hui conseiller aux Etats, et sur laquelle nous voterons en mars 2013, pour que la politique réagisse enfin et lui oppose un contre-projet indirect. Toutefois, dans les deux cas, on ne parle "que" des salaires des hauts dirigeants, avec en arrière-plan d'ailleurs une lutte d'influence entre actionnaires et patrons.
Avec l'initiative "1:12 - Pour des salaires équitables", ce n'est pas une guerre des pauvres contre les riches, ou de prise de pouvoir de riches contre riches. Au contraire des deux projets que je viens de citer, cette initiative implique tous les acteurs d'une entreprise. Elle prend en compte ce qui en fait son sel, les employés. Elle valorise toutes les personnes qui font prospérer une entreprise. Elle tente la réconciliation entre les acteurs d'une fracture dans la société.
Dans un système qui est devenu fou, l'initiative "1:12 - Pour des salaires équitables" tente de ramener de la crédibilité, de la rationalité et de la solidarité. Et cela d'une façon tout à fait réelle, à savoir en laissant une totale liberté quant aux montants globaux, mais en prévoyant une meilleure répartition de la richesse. Elle a pour but par conséquent de revoir les critères qui fondent une part importante de la politique salariale des entreprises par un système simple, crédible, et compréhensible.
Au nom du groupe socialiste, je vous invite à recommander d'accepter cette initiative et de suivre en ce sens la minorité.