Hodgers Antonio · Nationalrat · 2012-12-04
Hodgers Antonio · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2012-12-04
Wortprotokoll
A première vue, cette initiative populaire de l'UDC peut paraître séduisante: dans un pays où le peuple se prononce sur tout et sur rien, comment ne pas le laisser choisir son gouvernement? Cependant, si l'on approfondit un peu la réflexion, on se rend compte que c'est une fausse bonne idée. Pourquoi?
Tout d'abord, notre fédération de cantons et l'histoire si particulière de notre pays impliquent que l'autorité exécutive suprême - le Conseil fédéral - représente le délicat équilibre sur lequel la Suisse est construite. Sans cela, c'est notre cohésion nationale qui serait menacée. Or, autant les 246 grands électeurs qui composent l'Assemblée fédérale peuvent avoir une vue d'ensemble des sensibilités régionales, autant la population n'a que très peu connaissance des réalités politiques des différentes régions du pays. [PAGE 1992]
Si le Conseil fédéral était élu par le peuple, cela pourrait avoir pour conséquence que les minorités linguistiques, notamment, se sentent flouées par le résultat d'une telle élection. Même si l'initiative prévoit une clause sur la représentation latine, le fait que le mode d'élection soit basé sur une seule circonscription nationale implique de facto que ce seront les citoyens alémaniques qui choisiront les représentants romands et tessinois.
Ensuite, ce qu'il faut aujourd'hui au Conseil fédéral, ce n'est pas plus de légitimité, mais plus de collégialité. Or, avec une élection générale tous les quatre ans, les membres du Conseil fédéral risquent de passer plus de temps en campagne électorale qu'à s'occuper des affaires départementales ou gouvernementales. Cette dynamique électorale pourrait également provoquer de plus importantes ruptures de la collégialité, car chaque conseiller fédéral candidat serait tenté de donner des gages aux électeurs de sa propre sensibilité au lieu de représenter fidèlement les positions gouvernementales. L'on répond souvent à cet argument que cette situation existe dans les cantons et que cela se passe très bien. Certes, mais la comparaison n'est pas concluante. Faire campagne dans un canton, territorialement et culturellement plus compact, n'est pas la même chose que faire campagne au niveau suisse: la pression des médias y est beaucoup plus importante et les moyens déployés seraient bien plus conséquents.
Enfin, une telle campagne électorale sans règles sur la transparence et le financement des partis serait la porte ouverte à toutes les dérives que permet l'argent. Les candidats soutenus par les plus grands lobbies auraient beaucoup plus de chances que les candidats issus des mouvements populaires. Cette discrimination, déjà existante aujourd'hui d'ailleurs, se trouverait renforcée et serait néfaste à notre démocratie.
En conclusion, je vous invite à recommander au peuple et aux cantons le refus de cette initiative populaire.