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Marra Ada · Nationalrat · 2013-04-15

Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-04-15

Wortprotokoll

La politique familiale en Suisse est pauvre, très pauvre: rien n'est fait pour encourager les familles à avoir des enfants. Si nos assurances sociales sont garanties et que la plupart des parlementaires dans cette salle toucheront leur rente AVS, c'est grâce aux étrangers qui arrivent dans notre pays. Après plus de cinquante ans de lutte, l'assurance-maternité est enfin appliquée: la mère se voit verser un salaire durant quatorze semaines après l'accouchement. Puis, plus rien, ou presque, avec les seules allocations familiales. Une famille doit faire des choix cruciaux alors que son bébé n'a que trois mois. Elle doit même les faire avant la naissance de l'enfant, parfois avant même que la femme ne soit enceinte, car il y a des listes d'attente pour trouver des places en garderie.

Mais toutes les familles ne sont pas à égalité pour ce qui est de leur situation économique. La plupart des familles suisses n'ont pas d'autre choix que de devoir gagner deux salaires pour qu'elles puissent vivre, d'autres sont des familles monoparentales, d'autres encore aimeraient voir grandir quelques années leurs enfants, indépendamment de leur revenu.

Les mentalités ont changé; ce n'est plus uniquement à la femme de s'occuper des enfants, les hommes veulent s'impliquer dans cette belle responsabilité. Les solutions que nous devons trouver pour la politique familiale doivent d'une part être empreintes de modernité et d'autre part tenir compte des réalités économiques des familles.

Le parti de droite UDC a toujours refusé toute solution moderne dans la politique familiale, que ce soit par exemple la solution du congé parental, l'augmentation des allocations familiales, l'incitation des cantons à augmenter leur offre de places en garderie ou la solution de mettre sur pied des prestations complémentaires pour les familles. Et aujourd'hui, il présente une initiative cynique: cynique, parce que, après s'être opposé à toute amélioration pour les familles et parfois les avoir empêchées, il se pare d'un discours libertaire disant qu'il faut valoriser les personnes qui restent à la maison pour garder leur enfant.

Comment le font-ils? En défiscalisant une partie du revenu des parents. Or, si le Parti socialiste suisse et la gauche en général se sont toujours engagés en faveur des familles, le groupe socialiste ne pourra pas soutenir cette fausse bonne solution que nous propose l'initiative. Oui, il faut soutenir les familles modestes dont l'un des conjoints reste à la maison notamment parce que, après calcul, les parents constatent que la garderie leur reviendra plus cher que si l'un des deux restait à la maison. Il faut soutenir aussi ces familles de la classe moyenne qui aimeraient également voir grandir leurs enfants au début de leur vie. [PAGE 556]

Cependant, l'initiative populaire de l'UDC ne peut pas être soutenue, car elle va aider quasi uniquement les familles aisées. Elle va laisser sur le carreau les familles où résident les 250 000 enfants qui vivent dans une famille précarisée. Car, enfin, que propose l'initiative? Des dégrèvements fiscaux. Toutefois, lorsqu'on a un petit revenu, non seulement le dégrèvement fiscal sera peu important, mais surtout il y aura une inégalité criante entre les familles qui doivent gagner deux salaires pour joindre les deux bouts et qui ont des frais de garde pour acquisition du revenu et donc moins à disposition à la fin du mois, et les familles composées d'un couple aisé qui, avec un seul salaire et un même revenu, n'a pas de frais de garde à payer à la fin du mois.

Oui, en Suisse, il y a encore du travail à faire pour aider les familles - toutes les formes de famille - et il clair qu'il faut aider les familles modestes qui aimeraient voir aussi grandir leurs enfants. C'est pourquoi des solutions existent: augmenter les allocations familiales, introduire des prestations complémentaires en faveur des familles, garantir des congés parentaux beaucoup plus longs. Mais n'allons pas introduire des solutions pour celles et ceux qui en ont le moins besoin: il y a tellement à faire pour les familles de la classe moyenne et pour les familles modestes, qui doivent être soutenues dans ce qu'elles peuvent ou ne peuvent pas choisir.

C'est pour toutes ces raisons que le groupe socialiste vous invite à recommander de rejeter cette initiative populaire et à soutenir les propositions qu'il fera par la suite en reprenant d'anciennes propositions ou en en faisant de nouvelles déjà annoncées dans la presse. Ces propositions ont pour but de réduire la paupérisation des familles et de mettre celles-ci en situation de pouvoir réellement choisir leur mode de vie familial, comme peuvent le faire les familles des classes les plus aisées, grandes gagnantes au cas où cette initiative serait acceptée. S'il n'y a pas à stigmatiser ces familles, il y a toutefois un besoin d'aider celles qui en ont réellement besoin.

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