Polla Barbara · Nationalrat · 2001-06-20
Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-06-20
Wortprotokoll
Je m'exprime ce matin non seulement au nom du groupe libéral, mais aussi au nom de M. Guisan. Et je peux vous dire que quand deux médecins sont d'accord, c'est que le diagnostic est vraiment juste!
Le groupe libéral est très partagé devant l'initiative parlementaire Suter. Il paraît normal de répondre à la demande des médecins-assistants d'être considérés comme des travailleurs, disons, presque comme les autres, et donc d'être protégés, eux aussi, par la loi sur le travail.
Travailler quelque 66 heures par semaine, c'est beaucoup, c'est probablement trop, même en période de formation. Il est vrai que les longues gardes ne sont pas idéales pour la vie privée. Bien sûr, le manque de sommeil affaiblit les capacités cognitives; il paraît donc logique que les patients et, derrière eux, les organisations de patients demandent à être soignés par des médecins frais et dispos. Comme le dit le rapport de la commission, aucune raison matérielle ou juridique impérative ne s'oppose à ce que la loi sur le travail s'applique désormais également aux médecins-assistants.
Les conséquences financières négatives pour les cantons, évoquées par la minorité de la commission et par la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sanitaires, ne tiennent pas la route face aux demandes des médecins-assistants et des patients. De plus, la diminution du temps de travail en heures va déjà avec un allongement de la durée de travail intrahospitalier en années. Si, de mon temps lointain, la majorité des médecins-assistants travaillait un maximum d'heures pendant un minimum d'années en milieu intrahospitalier, pour s'installer dès qu'ils arrivaient au top de l'acquisition de leurs connaissances, aujourd'hui les médecins-assistants restent plus longtemps dans ce milieu et appliquent les connaissances qu'ils ont acquises dans l'entreprise-hôpital.
Toutes ces raisons nous font donc pencher en faveur de l'initiative Suter. Et pourtant. Et pourtant je me souviens, lorsque j'étais assistante, de toutes ces heures travaillées avec bonheur - le bonheur d'apprendre. Car il n'y a pas de miracle: on apprend à soigner en soignant; on apprend à opérer en opérant; on apprend à prendre en charge les angoisses nocturnes en travaillant la nuit.
Je me souviens, des souvenirs beaucoup plus proches, de mes propres assistants et assistantes, des assistantes souvent enceintes, du plaisir de soigner ensemble, d'enseigner, de partager des connaissances pendant de longues journées, des week-end entiers et des nuits blanches. Et je ne suis pas certaine que les médecins-assistants qui demandent le soutien de l'initiative Suter aient vraiment réalisé ce que pourrait bien signifier l'assujettissement - et c'est à dessein que j'utilise ce terme pénible - à la loi sur le travail. Car nous sommes de ceux qui pensent que la médecine est un art et que, comme pour toute forme d'art, la subordination aux règles de l'Etat - aussi bonnes fussent-elles, ces règles de l'Etat - ne peut qu'altérer la qualité de l'art. Et quand certains parlent de la fin du calvaire des assistants, je réponds que de pouvoir faire le travail que l'on aime est probablement ce qu'il y a de plus proche du bonheur. Et en disant cela, je cite, en fait, Rita Levi Montalcini, prix Nobel de médecine. Et quand certains parlent de l'abus de substances X, Y, Z lié à l'excès de travail par les médecins-assistants, je réponds que c'est probablement bien plutôt la dévalorisation de la profession médicale et la crainte de l'avenir de cette profession qui sont en cause, plutôt que la quantité de travail irrémédiablement liée à notre magnifique profession.
Alors, bien sûr, certains disent que les médecins-assistants qui voudront encore travailler 100 heures par semaine, parce qu'ils estiment que c'est bien, parce qu'ils ont cette soif, cet idéal d'apprendre, pourront toujours le faire. Mais ils seront alors dans l'illégalité, ou plutôt ils mettront l'institution dans l'illégalité, comme je l'ai fait à l'époque, quand j'ai recommencé à travailler cinq jours après la naissance de ma dernière fille. A l'époque, heureusement, nul n'en avait cure, de cette illégalité-là. Mais aujourd'hui, comment décider raisonnablement de mettre en place une loi qui pousserait dans l'illégalité les hôpitaux qui toléreraient cette volonté, voire cette folie d'apprendre et de se former le mieux possible, et non seulement les hôpitaux publics, mais aussi et surtout les hôpitaux privés? Le choix est cornélien.
Mais les médecins-assistants savent de quoi ils parlent. Ils parlent de leurs conditions de travail, aujourd'hui, et si aujourd'hui ils préfèrent la douceur du petit chocolat anti-stress qu'ils nous ont distribué à l'arrivée dans ce Parlement à l'ascèse de l'apprentissage d'un art difficile, nous ne pouvons pas leur donner tort. Nous pouvons même espérer que la diminution du temps de travail aura un effet sélectif sur les [PAGE 839] tâches administratives non formatives, au profit justement de la vraie formation. Nous ne pouvons pas rester sourds à leur voix, ni à celle des patients, pour des raisons de principe, et encore moins pour des raisons financières.
C'est la raison pour laquelle, même si le groupe libéral pense que nous faisons probablement une erreur, nous préférerons le bénéfice du doute et nous nous prononcerons en faveur de l'initiative Suter, en espérant que l'avenir ne nous donnera pas tort d'avoir fait ce choix.