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Comte Raphaël · Ständerat · 2011-09-14

Comte Raphaël · Ständerat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2011-09-14

Wortprotokoll

La crise économique qui frappe le monde, et tout particulièrement certains pays de la zone euro, a des conséquences pour la Suisse. C'est une preuve, une nouvelle preuve si besoin était, que notre pays n'est pas un îlot protégé au milieu du monde, mais que tout ce qui s'y passe a des répercussions jusque chez nous. Nous avons la chance de vivre une situation financière bien meilleure que celle de nombreux autres pays. Cette chance, nous avons su la provoquer, par une gestion rigoureuse des deniers publics. La Suisse produit des excédents budgétaires, alors que d'autres pays vivent des situations financières beaucoup plus difficiles, avec des restrictions souvent sans précédent.

Cette situation prouve à quel point la politique suisse, qui n'est pas toujours extrêmement spectaculaire, n'en est pas moins efficace. Nous n'avons pas besoin, comme d'autres pays, de faire des programmes de coupes budgétaires alors que c'est justement maintenant que nous avons besoin d'investir. Nous pouvons non seulement renoncer à un certain nombre d'économies - nous avons pu renoncer à un programme de consolidation proposé par le Conseil fédéral; mais nous pouvons même mieux faire: nous pouvons investir là où nous estimons que c'est nécessaire pour faire face à la crise. Nous en avons les moyens et c'est un élément extrêmement positif. Nous ne faisons pas de grandes promesses en politique suisse, même à l'approche d'élections fédérales. Nous préférons une politique beaucoup plus raisonnable, qui porte ses fruits.

Mais il est vrai que cette politique a son revers de la médaille. Le fait que nous ayons une bonne situation financière - cela a été rappelé par le président de la commission - a aussi un certain nombre d'effets sur notre monnaie. Le fait qu'on ait confiance en la Suisse fait qu'on a confiance également en sa monnaie et ça renforce quelque peu nos difficultés sur le plan économique.

Pour faire face à la crise que nous connaissons, l'Etat ne peut naturellement pas réaliser des miracles. Finalement, cet exercice que nous faisons est un grand exercice d'humilité - cela a été rappelé. L'essentiel des mesures, en tout cas les mesures les plus efficaces, sont entre les mains non pas de l'Etat, des Chambres fédérales, mais bien de la Banque nationale. Et les causes de la crise nous dépassent largement et sont comme une fatalité. Nous devons en tenir compte si demain un pays telle la Grèce venait à connaître une situation de faillite. Nous n'avons aucun moyen d'agir là-dessus et cela aura aussi des répercussions pour notre pays. C'est donc finalement aussi une bonne occasion de se rappeler que si nous pouvons faire un certain nombre de choses pour atténuer les effets de la crise, nous avons des moyens d'action qui sont limités.

Le Conseil fédéral a annoncé la mise à disposition d'un montant de 2 milliards de francs laissant ouverte la question des mesures qui seraient proposées. Sans être aussi dur que, je crois, Monsieur Jenny sur la manière dont le Conseil fédéral a géré sa communication, il est vrai qu'il paraîtrait important à l'avenir d'être attentif à ce point-là et de ne pas annoncer nécessairement des chiffres extrêmement précis sans préciser les mesures qui seront prises. Cela donne un peu l'impression qu'on ne sait pas exactement où l'on veut aller alors que finalement les mesures proposées sont bonnes, mais d'un montant un peu moins élevé. A l'avenir, il serait sans doute utile de commencer par définir les mesures, d'évaluer leur coût et de présenter ceci à la population en une seule fois. Les mesures qui sont proposées par le Conseil fédéral sont pertinentes - je ne vais pas les énumérer, mes préopinants l'ayant déjà fait.

Je souhaite insister sur la mesure du chômage partiel qui est particulièrement attendue dans un certain nombre d'entreprises. Venant d'une région où l'industrie d'exportation est particulièrement développée, je peux attester ici que cette mesure est attendue et qu'elle pourra constituer un moindre mal si la situation économique venait à se dégrader fortement au cours des prochains mois.

Outre leur caractère concret, les différentes mesures ont un aspect politique qui constitue un signal politique extrêmement fort. Elles ont un effet psychologique important puisqu'en montrant le fait que l'Etat est prêt à agir, nous renforçons la confiance dans les mesures prises également par la Banque nationale suisse. Nous appuyons ces mesures et le fait de montrer que les différents acteurs dans ce dossier sont tous unis pour faire face à la cherté du franc ne peut que renforcer leur efficacité. Nous ne pouvons pas tout faire au niveau de l'Etat, mais il y a au moins une chose que nous pouvons faire: c'est dire que nous sommes là, que nous sommes prêts à faire face à cette crise, à en diminuer les effets et, surtout, que nous sommes prêts à le faire maintenant. [PAGE 780]

En plus de ces mesures à court terme, il va de soi qu'un certain nombre de mesures à long terme devront être prises, car la crise que nous connaissons n'est sans doute pas passagère. De nombreux indices peuvent laisser à penser qu'elle sera plutôt durable, ce qui renforce la nécessité de prendre des mesures sur le long terme. Nous aurons des discussions sur la fiscalité des entreprises, la question de la bureaucratie, la formation, la sécurité, les infrastructures. Toutes ces mesures sont indispensables pour que nous puissions faire face à une crise qui durera peut-être plus longtemps que prévu. Cela a aussi été mentionné: le cours imposé de 1,20 franc pour 1 euro est un moindre mal, mais si nous voulons que la situation s'améliore, le cours du franc suisse devra naturellement être plus élevé, ce qui sera sans doute très difficile vu la situation actuelle.

Enfin, j'exprime encore un regret, celui que certaines revendications des milieux de l'hôtellerie et de la restauration n'aient pas été mieux prises en compte. Nous aurons l'occasion d'en débattre dans la discussion par article.

Pour conclure, nos entreprises n'attendent pas de nous des miracles, mais elles ont besoin aujourd'hui d'un signal politique clair pour que nous puissions préserver nos emplois. La situation économique incertaine rend nécessaire l'adoption de mesures - un excès de prudence vaut mieux qu'une confiance excessive et mal placée.

Ce sont les raisons pour lesquelles je vous invite à adopter les propositions de la commission et aussi à envoyer un signal très clair à l'autre chambre, dont la commission a fait preuve de beaucoup plus de scepticisme face aux mesures proposées. Il conviendra donc aussi de convaincre l'autre chambre et un vote clair au niveau de notre conseil serait sans doute un bon signal vis-à-vis du Conseil national.