Nidegger Yves · Nationalrat · 2013-06-20
Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-06-20
Wortprotokoll
En moins de sept mois, 136 000 citoyens suisses ont signé l'initiative populaire sur laquelle le Parlement se penche depuis ce matin pour lui apporter une réponse. Et ce nombre-là, dans un laps de temps aussi bref, démontre déjà qu'il existe une préoccupation importante au sein de la population, qui reconnaît le problème du caractère trop massif de l'immigration par rapport à ce qu'un petit pays, en comparaison avec ses voisins, peut absorber sans que le choc soit trop douloureux.
J'entends depuis ce matin des réponses données par le Parlement à ces 136 000 citoyens - qui préfigurent la position de centaines de milliers d'autres qui voteront en faveur de cette initiative -, réponses qui se réfèrent à une série de dogmes assez peu créatifs et trop souvent entendus. Il y en a trois principaux, auxquels je souhaiterais tordre le coup, si possible, dans les quelques minutes qui me sont imparties, étant précisé que répondre par des dogmes, de la part d'un Parlement, à une préoccupation citoyenne, n'est pas forcément la réponse la plus attendue ni la plus efficace.
Le premier dogme est l'idée que si la migration est nécessaire en raison du fléchissement de notre démographie et de notre économie surdimensionnée, la forme de la libre circulation absolue, telle qu'elle a été instaurée dans l'Union européenne, serait la seule forme autorisée et que toute restriction serait comme un crime de lèse-circulation, quelque chose de scandaleux en soi. Or nous savons très bien que, depuis les années 1970, notre économie est surdimensionnée et a fait appel à de nombreux travailleurs étrangers avec des systèmes de contingents, et que ce n'est pas la libre circulation des personnes qui a inventé la possibilité d'ouvrir la barrière; il n'y a pas besoin de l'inventer, car la barrière se lève à chaque fois qu'on le veut. Ce que la libre circulation des personnes a apporté, ce n'est pas une possibilité d'engager des travailleurs étrangers, mais une interdiction de baisser la barrière, même lorsque le flot se fait trop important et que ses inconvénients se font trop douloureux.
Bien sûr, les contingents impliquent un système de contrôles et d'autorisations. Je suis heureux de voir que toute la gauche veut lutter aujourd'hui contre la bureaucratie sur ce seul point, tout en rappelant néanmoins que les mesures d'accompagnement préconisées à gauche, à savoir un syndicaliste derrière chaque travailleur et un policier derrière chaque employeur, peuvent présenter aussi une certaine lourdeur bureaucratique et des coûts qui ne sont pas supportables.
Le deuxième dogme, c'est celui qui voudrait que les emplois poussent comme des champignons sous les pas des migrants lorsque ceux-ci traversent la frontière, évidemment dans le sens Europe-Suisse, parce que apparemment le phénomène ne se produit pas lorsqu'on traverse la frontière dans l'autre sens. Si les emplois poussent effectivement comme des champignons de notre côté de la frontière, ce n'est pas à cause de l'arrivée de migrants, c'est parce que les conditions-cadres, et en particulier le droit du travail qui est plus souple, le droit fiscal qui est moins terroriste et la faculté des entreprises à se financer par un système bancaire qui jadis fut prospère, attirent les emplois et les entreprises. C'est ensuite, bien évidemment, que les migrants arrivent. Renverser la cause et la conséquence, on l'a entendu plusieurs fois ce matin, n'est pas véritablement très éclairant.
Le troisième dogme, c'est celui du PIB - mon préopinant l'a abordé tout à l'heure -, qui est présenté comme la mesure de toute chose. Une croissance du PIB apporterait nécessairement la preuve qu'une politique est intelligente, efficace et satisfaisante. Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que si l'on passe de 7 millions à 8 millions d'habitants, la seule consommation de ces nouveaux habitants booste le PIB, que les infrastructures qui sont en retard et qui doivent être construites au pas de charge augmentent le PIB. Mais des tas de choses moins plaisantes augmentent aussi le PIB: la construction de nouvelles prisons, l'engagement de nouveaux policiers, les systèmes d'alarme dont il faut maintenant s'équiper dans toutes les maisons. Le remplacement des objets qu'on vous vole à cause des vagues de cambriolages, parce qu'il n'y a plus de frontières, augmente aussi le PIB. Le PIB n'est pas la mesure de toute chose et n'est certainement pas suffisant pour évaluer le contentement de la population. Il y a des tas de choses non désirables qui augmentent le PIB, les amendes de parking par exemple.
Il faudrait instaurer une notion de "qualité de vie intérieure nette" plutôt que de "produit intérieur brut" pour véritablement répondre aux 136 000 citoyens qui, en sept mois, ont apporté leur signature à cette initiative pour que le Parlement se prononce à son sujet, et j'espère qu'il le fera de façon éclairée.