Baettig Dominique · Nationalrat · 2010-06-17
Baettig Dominique · Nationalrat · Jura · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2010-06-17
Wortprotokoll
Beaucoup de choses, beaucoup d'arguments pour et contre ont déjà été exposés, je vais donc éviter de présenter une intervention redondante.
Je déclare mes intérêts. Je porte plusieurs casquettes dans cette affaire: je suis tireur sportif, chasseur et aussi médecin psychiatre; je suis aussi confronté à la question des soins psychiatriques, à la question du suicide et à sa prévention. J'ai eu la chance et l'honneur il y a quelques années de participer à un programme de prévention du suicide avec [PAGE 1110] Caritas, ce qui me donne vraiment une vision assez large de la problématique. Je ne suis donc pas directement concerné par cette initiative, ce qui ne m'empêchera pas de dire tout le mal que j'en pense.
Il s'agit d'une initiative émotionnelle. Bien sûr, chaque suicide est de trop, chaque acte de violence est de trop. Un certain nombre de choses peuvent être faites pour prévenir le suicide, mais je ne suis pas sûr que le fichier central ou que des interventions bureaucratiques restrictives suffisent à se mettre à l'abri du suicide. Pour moi, les auteurs de l'initiative confondent des choses par rapport au suicide par arme à feu: ils confondent les causes et les moyens.
On développe une hostilité ou une crainte par rapport à l'arme alors qu'elle n'est que le moyen utilisé dans un processus qui n'est que rarement impulsif, ce que je peux confirmer en ma qualité de médecin psychiatre. L'usage d'une arme à feu sur un coup de tête est un mythe, c'est extrêmement rare. La plupart des gens qui se suicident obéissent à un scénario qui est souvent déjà préparé des années à l'avance. Les idées de suicide sont déjà construites des années à l'avance, et il y une sorte d'accumulation entre des événements et des facteurs facilitateurs. Il ne faut jamais oublier la problématique du licenciement, des difficultés psychosociales, qui sont les déclencheurs de suicides. Il y a les questions de la consommation d'alcool et de la dépression qui doivent aussi être traitées. On ne saurait donc dire que l'on diminuera le risque de suicide en restreignant l'accès facile aux armes, parce que les processus de suicide se construisent pendant des années. Il faut aussi savoir que celui qui veut se suicider de manière violente, c'est-à-dire en ne se laissant que peu de chance de survie, a toutes sortes d'autres alternatives à sa disposition: la pendaison, la précipitation dans le vide ou encore d'autres moyens violents qui ne lui laisseront que peu de chance de survie. Il n'a que l'embarras du choix.
Mais bien sûr, on s'en prend aux armes. C'est normal. Je comprends que les proches de quelqu'un qui s'est suicidé avec une arme à feu qu'il a trouvé soient en colère. Mais, comme ils ne peuvent pas s'en prendre à la personne qui s'est suicidée, ils préfèrent s'en prendre, de manière irrationnelle, aux armes sans que cela permette un jour, de mon point de vue, de diminuer le risque. Je pense que la prévention du suicide est l'affaire des professionnels, des médecins, mais aussi des proches. Il appartient aussi aux proches, lorsque quelqu'un va mal, de repérer des signaux de dysfonctionnement ou de souffrance psychique et éventuellement d'intervenir, d'en parler à la personne qui est en danger ou d'avertir d'autres proches. Je crois que sortir de l'indifférence, oser intervenir, oser appeler au secours est quelque chose qui est plus utile dans la prévention du suicide que d'imposer des contraintes bureaucratiques à des tireurs sportifs ou autres.
Finalement, je pense que la véritable cible de l'initiative ce sont les acheteurs ou les détenteurs d'armes pour des motifs autres que le tir sportif, à savoir pour des motifs de sécurité. Avoir une arme chez soi, c'est quand même aussi une manière de pouvoir un jour garantir sa propre sécurité. Si l'initiative est adoptée, les gens qui agiront comme ça seront criminalisés puisqu'ils ne sauraient démontrer l'utilité d'un achat d'arme. Ils ne sauraient pas non plus démontrer qu'ils sont capables de s'en servir. Donc ce que l'on veut, c'est s'attaquer à un symbole.
Pour moi, la confiance du gouvernement envers le peuple suisse, en lui laissant la possibilité d'avoir des armes à la maison, est vraiment un signe de respect et de démocratie. De manière un peu provocante, j'ai parfois l'impression que l'accès aux armes est finalement le dernier droit de l'homme et de la femme suisses, parce qu'il y a aussi des femmes qui tirent et qui sont capables de maîtriser les armes à feu.
C'est une initiative qui part de bonnes intentions, mais qui passe à côté du sujet et qui va simplement compliquer l'existence d'un certain nombre de gens, sans garantir, en aucun cas, une diminution des suicides, ni par arme à feu, ni par quelque autre moyen que ce soit. C'est la raison pour laquelle je vous demande donc de rejeter cette initiative inappropriée.